Porsche aide les réfugiés à mettre le pied à l’étrier

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Certains réfugiés en rêvaient, Porsche l’a fait ! Le constructeur a en effet mis en place un programme d’intégration destiné aux migrants récemment arrivés sur le territoire allemand. Chacun pourrait y trouver son compte : les immigrés bénéficient ainsi d’une formation, voire même à terme d’un emploi, tandis que Porsche pourrait ainsi faire face aux sérieuses difficultés de recrutement de main d’oeuvre qui pointent déjà ici ou là en Allemagne. Âgés de 16 à 38 ans, les 13 participants sont originaires d’Érythrée, d’Irak, d’Iran, d’Afghanistan, du Pakistan et de Syrie.

Après un afflux massif de réfugiés en Allemagne en 2015, Porsche a lancé en mars dernier un programme d’intégration en vue de « montrer la culture d’accueil allemande et permettre aux gens de s’établir le plus vite et le mieux possible », indique pour sa part Norbert Göggerle, directeur de la formation professionnelle technique du constructeur. Cette période leur aura permis de découvrir plusieurs métiers en vue de pouvoir accéder à une formation d’apprentis. Certains pourront ainsi bénéficier d’un apprentissage de 3 ans au sein du constructeur en vue notamment de devenir mécatronicien, formation qui débutera dès le mois de septembre prochain. D’autres particulièrement intéressés par le travail du cuir pour l’aménagement intérieur des voitures, suivront une formation supplémentaire d’un an chez Porsche avant d’y devenir apprenti.

Sélectionnés parmi une centaine de candidats, ils ont reçu pendant cinq mois des cours d’allemand, des enseignements sur la culture du pays – histoire, formalités administratives, fonctionnement d’une entreprise – ainsi des enseignements techniques variés. Cerise sur le gâteau : une rémunération de 250 euros par mois a été attribuée à chaque personne. L’accent aura été mis en particulier sur l’apprentissage de l’allemand, la plupart des immigrés ne pouvant que très difficilement s’exprimer dans cette langue à leur arrivée.

La démarche de Porsche est loin d’être dictée par un intérêt purement humanitaire, l’Allemagne devant faire face à un besoin croissant de main d’oeuvre qualifiée dans certains secteurs, tels que la sous-traitance automobile, alors que le population vieillit.

En retour, le constructeur accueille des personnes d’une motivation « extrêmement forte ». Si Porsche leur a clairement indiqué que l’idée n’était pas de leur offrir un emploi mais qu’il s’agissait de les aider à mettre le pied à l’étrier en Allemagne, les nouveaux arrivants ont eu à cœur de se donner à fond, espérant que cette attitude leur ouvre la voie vers une qualification supplémentaire voire même une embauche. Au final, la grande majorité des 13 participants va rester chez Porsche, pour une formation pluridisciplinaire, un apprentissage ou bien directement un poste en CDI à la production.

De nombreuses entreprises, de taille diverse, ont mis en place des initiatives pour faciliter l’accès des réfugiés au marché du travail. Néanmoins, nombre d’entre elles butent sur la lourdeur des procédures administratives, l’obstacle de la langue ou des qualifications insuffisantes. Sur l’année scolaire 2014/2015, seules 3% des entreprises qui forment des apprentis comptaient des réfugiés parmi eux.

Porsche lancera en décembre prochain une deuxième édition de son programme d’intégration, pour une durée de 10 mois et avec 15 participants. Programme dont le coût n’a pas été révélé.

Un exemple qui tombe à pic alors que la chancelière allemande, Angela Merkel, entend mobiliser les entreprises allemandes pour gagner la bataille de l’intégration et par delà les élections, alors que conformément à son souhait, son pays a ouvert les portes en grand aux réfugiés.

Selon Bild Zeitung, la chancelière entend désormais mettre les bouchées doubles et tente de mobiliser le patronat. D’après le quotidien, une réunion serait ainsi prévue en septembre prochain avec les dirigeants de plusieurs grands groupes allemands.

Opel et Volkswagen, le groupe Siemens, le chimiste Evonik, ainsi que le groupe énergétique RWE, qui ont tous testé l’embauche de réfugiés, souhaitent présenter à Angela Merkel les résultats de cette expérience mais également leurs doléances.

L’Allemagne a de forts besoins en main-d’oeuvre, notamment dans les régions riches du pays où règne le plein emploi. Si les réfugiés pourraient combler ce déficit mais leurs qualifications ne répondent pas actuellement aux critères très exigeants du marché du travail allemand, et la langue de Goethe ne leur est que très peu familière.

Plus d’un million de migrants sont entrés en Allemagne l’an passé et le gouvernement fédéral souhaite que le plus grand nombre puisse avoir accès au marché de l’emploi. Le mois dernier, le rapportait qu’au mois de juin, les 30 plus grandes sociétés de l’indice allemand Dax n’avaient employé que 54 réfugiés, dont 50 pour la seule société de logistique Deutsche Post. Le ministre de l’Economie Sigmar Gabriel avait déjà appelé en juillet les grandes entreprises allemandes à faire plus en faveur des réfugiés.

Sources : Porsche, RFI, Frankfurter Allgemeine Zeitung, Bild

Elisabeth Studer – 15 août 2016 – www.leblogfinance.com

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