Rachat d’Alstom : quand Sarzoky voulait en faire un géant du nucléaire avec Bouygues et Areva … pour mieux en prendre la tête ?

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Alors que le potentiel rachat d’une partie des activités d’Alstom par le groupe américain General Electric provoque la colère voire les craintes de nombres politiques, profitons des propos du leader de Debout la République, Nicolas Dupont-Aignan pour remettre un tantinet les pendules à l’heure. En revenant un instant sur la stratégie menée par Nicolas Sarkozy en la matière il y a encore quelques mois, laquelle semblait certes de prime abord de protéger Alstom … mais son but pouvant être ni plus ni moins de préserver ses intérêts – personnels – et ceux de ses « proches » tels que Martin Bougues, tout en offrant en contrepartie à l’Allemagne la primauté sur EADS.

Alors que le conseil d’administration d’Alstom se réunit dimanche en vue de discuter d’une offre de rachat de 13 milliards de dollars (9,4 milliards d’euros) de ses activités du secteur de l’énergie par le géant américain, précisons tout d’abord que le gouvernement a insisté sur la vigilance avec laquelle il promet de gérer le dossier.

Tandis qu’ Arnaud Montebourg doit en parallèle rencontrer le président de General Electric,  Nicolas Dupont-Aignan a déclaré pour sa part que si le ministre de l’Economie Arnaud Montebourg ne prenait pas une décision de « blocage immédiat de ce hold up »  il « perdait toute crédibilité ». Pour lui, l’objectif de GE est « de prendre les brevets et ensuite de les rapatrier aux Etats-Unis ». Il estime ainsi que « General Electric défend les intérêts des Américains ».

Il affirme par ailleurs haut et clair : « ce qui est en jeu c’est l’avenir de l’industrie française ». Ajoutant «  on peut dire ce qu’on veut de Sarkozy mais en 2004 il avait sauvé Alstom ».

Mais les choses pourraient ne pas être aussi si simples …

Il est somme tout intéressant de reprendre la stratégie que semblait vouloir mettre en oeuvre Nicolas Sarkozy en le domaine en mai 2008.

Selon le Financial Times, en date du 19 mai 2008, Nicolas Sarkozy aurait souhaité « marquer son règne » par la constitution d’un géant du nucléaire français, bâti autour d’Areva. Il se serait alors heurté pour ce faire à l’Allemagne, et plus particulièrement à la chancelière allemande Angela Merkel, laquelle ne semblait alors aucunement disposée « de prime abord » à ce que l’allemand Siemens lâche du lest sur le dossier.

Mais c’est sans compter sur la « force de persuasion » du Président français et de ses influents « amis », tels que Martin Bouygues et Arnaud Lagardère, pour proposer un deal dont le principal élément serait de « troquer » aéronautique (EADS/Airbus) contre nucléaire. Histoire également (ou principalement ?) qu’aucun obstacle ne vienne désormais freiner les « ambitions » de Bouygues en la matière ?

– Vers un Areva français contre un EADS allemand ?

Selon le Financial Times – en conformité avec son approche « interventionniste » – Nicolas Sarkozy aurait eu alors pour objectif de faire de la France le champion inégalé du nucléaire en Europe. Mais un tel projet supposait une gigantesque remise à plat du secteur industriel à une échelle qui n’avait plus été observée depuis la vague de nationalisation du début des années 80, lors de la présidence de de François Mitterrand, faisait néanmoins remarquer le journal anglo-saxon, non sans quelque ironie.

Le Financial Times affirmait alors que le « pragmatique Mr Sarkozy » semblait préparer un « deal » avec les Allemands selon lequel la France renoncerait – en faveur de l’Allemagne – à son ambition quasi-séculaire de devenir un leader européen de l’industrie aéronautique, Berlin acceptant en retour de revenir sur ses propres ambitions dans le domaine nucléaire.

En pratique, affirmait à en mai 2008 le journal, cela signifierait que les Allemands obtiendraient le leadership sur EADS en contrepartie de la mainmise du groupe nucléaire public français Areva sur la participation de l’allemand Siemens.

Si, affirmait le FT, il ne s’agirait que d’un éventuel scénario circulant dans les hautes sphères du pouvoir, l’affaire aurait été assez sérieuse pour inquiéter la communauté aéronautique française, et tout particulièrement les syndicats.

– Participation d’Alcatel-Lucent dans Thales dans la balance ?

Confirmant des rumeurs parues dans la presse, le FT précisait alors également que l’Elysée envisageait de faire vendre à EADS la participation qu’Alcatel-Lucent détenait dans Thales. L’opération aurait eu pour « mérite » de rassurer l’Allemagne face aux « risques » de voir émerger un nouveau concurrent de taille dans le secteur de l’industrie de défense, en cas de rapprochement entre Thales et Safran. Lequel verrait son « avenir » compromis par la prise de contrôle partielle d’EADS.

Cette « concession » française aurait eu pour but de convaincre Angela Merkel de ne plus s’opposer au projet de fusion Alstom-Areva, laissant ainsi le champ libre à un rapprochement entre le groupe nucléaire français et Alstom …. et un éventuel accord entre Areva et Bouygues.

– Voie royale pour Bouygues vers une fusion Alstom/Areva ?

« La balle est dans le camp du gouvernement », déclarait alors, Patrick Kron, le PDG d’Alstom, dans un entretien au Journal des Finances, à propos d’une possible fusion avec Areva. D’après un article du Canard Enchaîné, le dossier de la privatisation d’Areva avait alors été rouvert à la demande de l’Elysée. Le projet avait été mis en sourdine en septembre 2007, avec les premières conclusions des conseils mandatés par l’Etat, McKinsey et HSBC, relativement pessimistes sur les bienfaits potentiels d’un mariage entre Alstom et Areva.

Etat, pour sauver les apparences, 18%, le reste étant placé en Bourse ». Areva et Alstom seraient chacun valorisés au même montant de 20 milliards d’euros, constituant ainsi « un cadeau implicite de près de 3 milliards d’euros à Bouygues », estimaient pour leur part les analystes de CM-CIC Securities.

– Sarkozy alors favorable à une fusion Areva/Alstom/Bouygues pour en prendre la tête ?

Petit arrangement entre amis me direz-vous ? Pas seulement, puisque l’ambition ultime de Nicolas Sarkozy ne semblait pas être tant de sauver Alstom des mains étrangères … mais bien de se préparer une place au soleil … en tant que PDG du nouvel ensemble …

L’énergie déployée alors par Nicolas Sarkozy en vue de la création d’un géant mondial du nucléaire civil contrôlé par son « frère » Martin Bouygues permettant avant tout de satisfaire ses intérêts personnels et non ceux de la France, le but étant semble-t-il d’en prendre la tête.

Quant on connaît par ailleurs les accointances – ou plutôt même les liens familiaux – qui lient Nicolas Sarkozy et le monde de la finance US et des fonds de pension américains aussi sulfureux que Carlyle, via son demi-frère Oliver Sarkozy, il n’est pas interdit de penser que les Etats-Unis n’auraient pas été totalement défavorables au fait qu’un de leurs « alliés » se hisse au sommet du géant du nucléaire français ainsi constitué.

Rappelons à toutes fins utiles qu’au printemps 2008, Olivier Sarkozy, le demi-frère de Nicolas (ils ont le même père, Pal Sarkozy) a été embauché par Carlyle, en tant que codirecteur des services financiers du groupe. Le cofondateur de la compagnie se félicitant à cette occasion du fait qu’Olivier Sarkozy ait « un réseau et une carrière incroyables », lesquels  devaient aider « Carlyle à capitaliser sur les bouleversements dans le secteur des services financiers et d’étendre »  sa « présence sur cette partie importante et croissante de l’économie mondiale ».

VSD indiquait alors fort discrètement (voire fort courageusement …?) que « dans les milieux de l’intelligence économique, la nouvelle avait fait l’effet d’une petite bombe, connaissant la nature et l’histoire du fonds d’investissement, réputé pour être l’un des bras armés de la politique intrusive des États-Unis dans les économies européennes. »

Le journal rappelant alors que Carlyle avait notamment eu comme administrateurs John Major (ancien premier ministre britannique), James Baker (ancien secrétaire d’État américain), George Bush père (ancien directeur de la CIA et ex- président des Etats-Unis), Frank Carlucci (ancien directeur de la CIA et secrétaire à la Défense américain).

Sources : Financial Times, Canard Enchaîné, VSD, AFP

Elisabeth Studerwww.leblogfinance.com – 26 avril 2014

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