TRUMP et les droits de douanes : Une guerre paradoxale

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douane_ipSous couvert de protéger les entreprises américaines contre les effets de la mondialisation, la guerre des droits de douane risque de renforcer les champions de la mondialisation !

Depuis maintenant plus d’un mois les Etats Unis ont déclenché une guerre des droits de Douane sans précédent. A une augmentation unilatérale des droits de douane de 25% et 10% sur les importations d’acier et d’aluminium décidée par l’administration américaine, l’Europe puis la Chine[1]ont répondu par une augmentation depuis le 22 juin de 25% et 10% sur certains biens (beurre de cacahuète, bourbon, certains produits en acier…). Pour mémoire, jusqu’alors, les conflits entre l’UE et les US en étaient restés à quelques plaintes auprès du règlement des Différends de l’OMC, et à l’application de mesures antidumping (ex : Antidumping UE sur le photovoltaïque suivi de l’antidumping chinois sur les vins de Bordeaux).  

Une guerre dont il est déjà possible de prévoir trois enseignements inattendus :

Premier enseignement : Une guerre aux effets équivoques

Pour sauvegarder et/ou faire renaitre un outil industriel américain moribond, TRUMP a posé comme postulat qu’il fallait le protéger et que la meilleure protection était une augmentation sans précédent des droits de douane.

Concrètement, pour l’exemple et avant les récentes fortes fluctuations du marché, cela va faire passer la tonne d’acier chinois d’environ 480€/tonne à 600€/tonne et donc rendre la tonne d’acier américaine moins chère d’environ 45€/tonne que celle de ses principaux concurrents. Il est donc permis de penser que cette décision va favoriser l’industrie de l’acier américaine.

Mais la protection de l’acier américain risque d’affaiblir une autre partie du tissu industriel américain.

Prenons l’exemple d’une PME américaine classique et dont le modèle industriel est totalement construit sur un sourcing mondialisée. Comme suite à l’augmentation du prix de l’acier, elle va certes acheter de l’acier américain, mais son coût de  matière première va dans un premier temps augmenter, sans compter les fluctuations du cours et pour reprendre l’exemple ci-avant, de 75 €/tonne. Dans un second temps son sourcing étant à 50% chinois et européen pour le reste de la fabrication des (produits) ; son coût de matière première 120€/tonne pour cette partie. En quelques mois, son coût de matière première va donc augmenter de plus de 20%, ce qui se qui se traduira par une combinaison de ces deux facteurs : baisse des marges, hausse des prix pour la PME US.

Au nom de la protection de l’acier/ aluminium US, la mesure risque de renchérir les coûts de production d’une multitude de produits made in USA et détruire des emplois existants pour en créer des hypothétiques non qualifiés.  

Second enseignement : Une guerre aux effets incertains.

Il serait prétentieux de tenter de tirer un cas général de la mesure car il y a autant de situations qu’il y a de supply chain et de groupes industriels. Néanmoins 3 scénarios peuvent être envisagés :

1er scénario : Le scénario inattendu : À l’exemple de la célèbre marque de moto américaine HARLEY DAVIDSON, l’entreprise délocalise une partie de sa production sans que l’on sache si ce choix est conduit par une crainte des augmentations de coût de sourcing international et qui ne peut être remplacé par un sourcing US ou par la crainte des taxes européennes.

2ème scénario : Le scénario des chevaux de Troie : Nombre de grandes entreprises ont organisé un multi-sourcing pour ne pas être dépendante d’un accident de production dans une de leurs usines. Dès lors, un vendeur UE présent sur le marché US sera tenté par augmenter les volumes de production de sa filiale tunisienne non taxée en lieu et place de son usine chinoise. On assistera donc à  un effet de translation mais pas relocalisation aux USA comme espéré par TRUMP !

Troisième enseignement : A moyen et long terme, les gagnants seront les entreprises les plus mondialisées.

Tel est le paradoxe des mesures TRUMP, il est certain qu’à terme ce sont les entreprises les plus mondialisées qui souffriront le moins -voire profiteront – de ces mesures protectionnistes, car ce sont les seules à même de mettre en œuvre des actions concrètes.

Elles pourront alors décider de modifier leur supply chain, en choisissant parmi leurs fournisseurs ceux qui sont capables de vendre des matières premières ou des semi-finis avec des origines non visées par les surtaxes. Ces entreprises auront d’ailleurs besoin pour ce faire d’une vision claire de l’origine de leurs produits, ce qui passe le plus souvent par une bonne connaissance de l’origine des matières premières. Le sujet est particulièrement complexe et nécessite le plus souvent pour les entreprises l’appel à des experts.

Il est intéressant de noter que les opérateurs les plus affûtés en la matière vont même jusqu’à modifier la conception de leurs produits pour une recherche des classements douaniers non visés.

Enfin, dans un monde du prix de transfert, l’entreprise tentera d’optimiser la valeur en douane des produits pour moins de droits, mais là encore, gare à l’amateurisme, il s’agit ici d’une affaire d’experts, qui sauront jongler avec des concepts en fort mouvement.  

Ceux qui savent le commerce international et la Douane aujourd’hui sont armés. Pour les autres, il n’est pas trop tard, mais l’horloge tourne. Les échanges internationaux changent, mais surtout au détriment des opérateurs non structurés à l’international !

[1] Chiffres à mettre en balance

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