Trump remet en cause l’interdiction de l’exploitation de pétrole et gaz en Arctique

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Notre planète –  et tout particulièrement l’Arctique –  a du souci à se faire …. Le climato-sceptique Donald Trump a déclaré vendredi qu’il souhaitait favoriser l’exploration et l’exploitation offshore de pétrole et de gaz. En vue d’associer l’acte à la parole, il a parallèlement signer un décret ordonnant un réexamen des restrictions imposées par Barack Obama, notamment en Arctique.

« Notre pays a la chance d’avoir des ressources naturelles incroyables, parmi lesquelles des réserves abondantes de gaz et de pétrole offshore », a-t-il ainsi souligné, déplorant que le gouvernement fédéral ait interdit « l’exploration et la production dans 94% de ces zones ». Selon lui, une telle politique «prive potentiellement » les Etats-Unis de milliers d’emplois et de milliards de dollars de richesse » … mettant encore une fois emploi et croissance au cœur de ses propos et de sa vision pour le moins court terme. Sans n’aborder aucunement les conséquences que l’exploitation de telles ressources pourraient avoir sur l’environnement et le climat.

L’objectif du décret est « de permettre un développement responsable des zones offshore qui fera rentrer de l’argent dans les caisses de l’Etat et créera des emplois pour les employés américains, a-t-il précisé. Une manière de tenter de financer les réformes fiscales si prometteuses ?

Pour rappel, quelques semaines avant son départ de la Maison-Blanche, Barack Obama avait interdit tout nouveau forage de gaz ou de pétrole dans de vastes zones de l’océan Arctique. Il est vrai que l’ancien Président US avait fait de la lutte contre le changement climatique l’une de ses priorités, ce qui est loin d’être le cas de Donald Trump.

Barack Obama s’était alors appuyé sur une loi de 1953 (Outer Continental Shelf Lands Act) qui donne aux présidents le pouvoir de protéger les eaux fédérales de toute exploitation d’hydrocarbures. Il avait ainsi interdit de manière permanente tout nouveau forage au large de l’Alaska, bannissant de telles pratique sur plus de 50 millions d’hectares incluant toutes les eaux américaines de la mer des Tchouktches et une large partie des eaux américaines de Beaufort. Il avait également annoncé l’interdiction de tout forage dans 31 canyons sous-marins dans l’Atlantique.

Greenpeace indiquait alors : «  Par cette initiative, Obama donne l’impression de vouloir protéger le pôle Nord contre la présidence de Donald Trump. Le futur président américain est en effet un climatosceptique qui ne cache pas ses intérêts avec l’industrie des combustibles fossiles. Il a ainsi récemment nommé le CEO du géant pétrolier ExxonMobil à la tête de l’agence américaine pour l’environnement. » Tout en restant aussi lucide que déterminé en s’interrogeant ainsi  : « cette décision ne risque-t-elle donc pas de passer à la trappe dès l’année prochaine ? » Avant de conclure : « s’il est probable que Trump tente d’annuler le projet d’Obama, il devra pour cela aller en justice ou convaincre le Congrès d’adopter une nouvelle loi. Qu’il essaie seulement. En ce qui nous concerne, il devra d’abord aussi nous passer sur le corps. »

En vue de faire barrage au décret, une motion a été aussitôt adoptée dans le comté de Los Angeles, en Californie. Cet État progressiste s’oppose aux politiques de l’administration Trump sur de nombreux sujets dont l’immigration et l’environnement. « Le décret du président menace nos plages, nos ports et canaux, nous devons nous élever pour protéger notre environnement en combattant cette mesure destructrice et dangereuse », a affirmé à cette occasion Mike Bonin, membre du conseil de la vaste agglomération. Présentant la motion en urgence vendredi, évoquant les marées noires de Santa Barbara en 1969 et de Deepwater Horizon dans le Golfe du Mexique en 2010.

En octobre 2016, des organisations de défense de l’environnement avaient porté plainte contre la Norvège en vue de protester contre l’autorisation de la prospection pétrolière dans les eaux arctiques de la mer de Barents et obtenir juridiquement gain de cause. L’ONG norvégienne Natur og Ungdom (Nature et Jeunesse) ainsi que Greenpeace estiment en effet que le gouvernement norvégien a tant violé l’Accord de Paris sur le climat que la Constitution norvégienne en attribuant de nouvelles licences d’exploration dans l’Arctique.

« Nous ferons valoir que le gouvernement norvégien a une obligation de tenir ses promesses climatiques et nous invoquerons le droit du peuple à un environnement sain pour notre génération et les suivantes garanti par l’article 112 de la Constitution norvégienne », avait déclaré Ingrid Skjoldvaer, porte-parole de Natur og Ungdom, dans un communiqué commun des deux ONG. Ajoutant : « ce sera la population contre le pétrole de l’Arctique ».

La colère des deux organisations faisaient suite à l’attribution en mai 2016 de dix licences (couvrant au total 40 blocs) à 13 groupes pétroliers dont le géant norvégien Statoil, les américains Chevron et ConocoPhillips, l’allemand DEA, le japonais Idemitsu, le britannique Centrica, le suédois Lundin, l’autrichien OMV et le russe Lukoil.

Si depuis 1994 le pays scandinave n’avait ouvert aucune nouvelle région à l’industrie d’hydrocarbures, la baisse de sa production pétrolière – laquelle a été divisée de moitié depuis 2000 – et la faiblesse du cours du baril auront certainement fait pencher la balance, les revenus de l’Etat diminuant en fonction du contexte actuel.

Le ministre norvégien du Pétrole et de l’Énergie, Tord Lien, avait quant à lui indiqué dans un communiqué que l’opération « contribuera à l’emploi, à la croissance et à la création de valeur en Norvège. » …. Vaste sujet cher à Donald Trump ….

Statoil avait déclaré pour sa part envisager de commencer les forages dès l’année prochaine. « Si nous trouvons quelque chose, cela pourrait impliquer des ressources considérables », avait souligné en mai 2016 un haut responsable du groupe, Jez Averty, dans un communiqué.

Alors que l’une de ces zones est la plus septentrionale jamais ouverte à la prospection par la Norvège, les ONG s’inquiètent de sa proximité avec les limites de la banquise, barrières naturelles elles aussi sujet à discussion, comme on devait s’y attendre.

Les défenseurs de l’environnement s’interrogent sur la politique menée par la Norvège avait été l’un des premiers pays à ratifier l’Accord de Paris qui a pour ambition de limiter en dessous de 2°C, voire à 1,5°C, la hausse des températures mondiales.

« Signer un accord international sur le climat tout en permettant des forages pétroliers dans l’Arctique est un acte dangereux d’hypocrisie », avait ainsi estimé Truls Gulowsen, responsable de Greenpeace Norvège.

« Nous ne pouvons risquer un Deepwater Horizon en mer de Barents, une région à l’écosystème riche mais fragile », avait-il déjà déclaré en mai 2016, faisant référence à l’accident d’une plate-forme qui avait tué 11 personnes et provoqué une gigantesque marée noire en 2010 dans le Golfe du Mexique. « A Paris, les dirigeants du monde entier se sont engagés à maintenir la hausse des températures sous 1,5 degré », avait-t-il ajouté. Poursuivant : « si l’on veut atteindre cet objectif » fixé dans le cadre de la COP21, « on ne peut chercher du pétrole et du gaz naturel dans l’Arctique. »

Hors des glaces grâce aux influences du Gulf Stream, les eaux ouvertes à la prospection, en particulier celles proches de la Russie, sont considérées comme offrant de larges potentiels par l’industrie pétrolière, permettant l’accès à de nouvelles ressources alors que la production terrestre ne cesse de décliner depuis le pic atteint en 2000.

Le gâteau semble trop alléchant pour que pays et majors pétrolières puissent y résister …

Alors que Etats-Unis, Canada, Norvège, Russie et Danemark sont les cinq états riverains de l’océan Arctique , la zone s’avère pleine de ressources. Si pendant longtemps, elle a seulement été exploitée sur des bassins anciens, l’épuisement des gisements mondiaux rendent l’Arctique beaucoup plus attractive… D’autant plus que 23 % du PIB de l’Arctique provient du secteur pétrolier. La mer de Barents renfermerait 400 millions de tonnes de pétrole, le Bassin Timan-Petchora étant quant à lui susceptible de renfermer 700 autres tonnes, sans compter le plus important gisement, exploité par Total, au niveau de Khariaga. La zone est également source de gaz.

Sources : AFP, Statoil, Notreplanete, La Croix

Elisabeth Studer – 29 avril 2017 – www.leblogfinance.com

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