Uber plombé par son dumping social en pleine remise en cause de son business model

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Alors qu’Uber vient d’être retoqué par la justice californienne, laquelle a rejeté un projet d’accord amiable via lequel le géant des VTC escomptait mettre fin à des recours collectifs de chauffeurs, des indiscrétions révélées par Bloomberg indiquent que l’entreprise aurait perdu au moins 1,27 milliard de dollars (1,12 milliard d’euros) au 1er semestre 2016, sans compter les impôts, charges financières, dépréciation et amortissement.

Elément de taille : la majeure partie des pertes serait liée aux aides financières apportées aux conducteurs, aurait expliqué le directeur financier du groupe, Gautam Gupta, lors d’une conférence sur les comptes trimestriels.

Pour rappel, en avril dernier, Uber s’était dit prêt à payer jusqu’à 100 millions de dollars pour éviter un procès et clore deux recours, déposés en Californie et dans le Massachusetts par des collectifs de chauffeurs. Cette proposition tentait d’allécher des conducteurs – contestant leur statut de travailleurs indépendants et réclamant d’être requalifiés comme des salariés – de telle sorte qu’ils renoncent à leurs procédures.

Mais, alors que la société était prête à offrir à ses 385.000 chauffeurs affiliés une somme rondelette pour éviter de leur reconnaître le statut de salarié, un juge de San Francisco a estimé que « l’accord dans l’ensemble n’est pas juste, adéquat et raisonnable », s’appuyant sur ses motifs pour refuser la motion pour un accord préliminaire. Et remettant ainsi en cause le business model de l’entreprise.

Uber pourrait ainsi se retrouver rapidement sur la sellette, ses pertes se chiffrant à environ 520 millions de dollars sur les trois premiers mois de l’année et 750 millions de plus sur avril-juin, selon Bloomberg. Certes, son chiffre d’affaires net a atteint environ 1,1 milliard de dollars au deuxième trimestre après 960 millions au premier tandis que les réservations dépassaient cinq milliards sur avril-juin après plus de 3,8 milliards sur janvier-mars, mais à quel prix ?

Toujours selon Bloomberg, Uber, valorisé environ 69 milliards de dollars, a enregistré en 2015 au moins deux milliards de pertes. Des mauvais chiffres qui devraient faire rapidement réagir ses actionnaires tels que la sulfureuse banque Goldman Sachs et le milliardaire Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, célèbre site dédié au commerce électronique qui se lance actuellement dans le secteur automobile sous différents aspects.

Alors que le véritable dumping social réalisé par Uber plombe d’ores et déjà les comptes de l’entreprise, l’épineuse question du statut de ses chauffeurs pourrait creuser encore plus ses pertes. Car la question demeure : les chauffeurs Uber sont-ils des travailleurs indépendants sans lien de subordination avec la plate-forme qui organise leurs déplacements  ou devraient-ils avoir le statut de salariés, ce qui contraindrait le cas échéant leur employeur à payer des cotisations sociales.

A noter que l’Urssaf Ile-de-France a d’ores et déjà pris position sur le sujet. L’organisme chargée de recouvrir les cotisations sociales employeurs a engagé deux procédures contre Uber. Depuis la rentrée 2015, l’Urssaf a en effet requalifié les chauffeurs en salariés et réclame à Uber les cotisations correspondantes, lesquelles s’établissent à quelques millions d’euros.

Face au refus d’Uber de s’acquitter de telles sommes, l’Urssaf s’est tournée vers le tribunal des affaires de sécurité sociale et a transmis parallèlement au procureur de la République de Paris un procès-verbal qui accuse Uber de travail dissimulé par détournement de statut. Le parquet a donc la possibilité d’ouvrir une enquête préliminaire au pénal. Lucide, l’Urssaf ne s’attend pas à ce que ces deux affaires aboutissent avant cinq ou six ans.

Sources : Reuters, Bloomberg, Alternatives eco

 

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