Pékin a ouvert le 3 octobre, une enquête antidumping visant les exportations européennes de p-nitrotoluène, un composé chimique utilisé dans les colorants, les produits pharmaceutiques, les pesticides et les pigments. Annoncée par le ministère chinois du Commerce à la suite d’une plainte de l’industrie nationale, cette procédure s’ajoute aux mesures de rétorsion réciproques entre Bruxelles et Pékin, à l’heure où le déficit commercial de l’Union européenne avec la Chine atteint un milliard d’euros par jour. Elle est intervenue quelques jours avant la rencontre entre le commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, et le ministre chinois du Commerce, Wang Wentao, à Pékin. Les dirigeants des Vingt-Sept doivent se prononcer sur les suites à donner à partir du 15 octobre.
Une enquête fondée sur une baisse de prix de 60 %
Selon le ministère chinois du Commerce, les exportations européennes de p-nitrotoluène sont restées à des niveaux élevés entre 2022 et 2025, tandis que leurs prix ont reculé d’environ 60 %. Pékin estime que ces éléments justifient l’ouverture d’une enquête au regard du droit chinois et des règles de l’Organisation mondiale du commerce. La procédure doit durer 12 mois, avec une prolongation possible de six mois, d’après Euronews. La Commission européenne a refusé de commenter.
Élément
Détail
Produit visé
P-nitrotoluène, utilisé dans les colorants, les médicaments, les pesticides et les pigments
Origine visée
Union européenne
Origine de la procédure
Plainte de l’industrie chinoise
Annonce
Samedi 3 octobre 2026
Grief avancé
Exportations élevées de 2022 à 2025, avec des prix en baisse d’environ 60 %
Durée prévue
12 mois, prolongeable de six mois
Sources : ministère chinois du Commerce, Euronews, Associated Press.
Une riposte aux procédures ouvertes par Bruxelles
Le Financial Times rapporte que l’Union européenne a ouvert la semaine précédente trois enquêtes antidumping sur des produits chimiques chinois, et qu’elle a engagé une consultation sur un nouvel instrument de diversification destiné à réduire les importations en provenance de Chine. L’exécutif européen avait déjà lancé en septembre une enquête sur les importations de polychlorure de vinyle (PVC), notamment d’origine chinoise. En août, Ursula von der Leyen avait indiqué que l’UE avait ouvert 30 enquêtes de défense commerciale en un an, soit près du triple du rythme habituel, tandis que les importations chinoises ont augmenté de 45 % en cinq ans. Emmanuel Macron et Friedrich Merz ont réclamé le 5 octobre un nouvel outil permettant de réagir rapidement, qui pourrait aller jusqu’à une coupure immédiate du marché intérieur si nécessaire, selon Euronews. Les États membres retiendraient par ailleurs des enquêtes sur le secteur chimique, qui pourraient déboucher sur des mesures de sauvegarde sous forme de quotas et de droits de douane.
Un déficit d’un milliard d’euros par jour et un délai fixé en juin
Le déficit commercial de l’Union avec la Chine s’établit à un milliard d’euros par jour, soit environ 365 milliards d’euros par an, un niveau record, et tous les États membres sont désormais en déficit avec Pékin. En juin, Bruxelles a fixé à octobre l’échéance pour obtenir des avancées concrètes. Faute de résultats, Maroš Šefčovič a évoqué un fort mouvement politique en faveur de mesures plus dures, qui seront débattues lors du sommet des dirigeants européens à Bruxelles, les 15 et 16 octobre. Parmi les demandes de l’UE figurent des quotas par produit sur les importations chinoises et une limitation des exportations chinoises, notamment de véhicules hybrides rechargeables et de certains produits chimiques, selon le Financial Times. Pékin a rejeté une proposition de restrictions volontaires d’exportations sur les véhicules électriques.
Indicateur
Niveau
Déficit commercial de l’UE avec la Chine
1 milliard d’euros par jour, soit environ 365 milliards d’euros par an
Hausse des importations chinoises dans l’UE sur cinq ans
45 %
Enquêtes de défense commerciale ouvertes par l’UE en un an
30, soit près du triple du rythme habituel
Enquêtes antidumping européennes sur des produits chimiques chinois, la semaine précédant le 3 octobre
3
États membres de l’UE en déficit avec la Chine
Tous
Sources : Euronews, Financial Times, discours d’Ursula von der Leyen (août 2026). Le total annuel est calculé par la rédaction.
Les pourparlers de Pékin : un « premier pas » et des engagements limités
À l’issue de deux jours de réunions à Pékin, les 8 et 9 octobre, Maroš Šefčovič a qualifié les résultats de « premier pas crucial » vers un rééquilibrage de la relation commerciale, en précisant qu’il ne s’agissait que d’un début. Les deux parties se sont engagées à continuer de stabiliser leurs échanges et à gérer leurs divergences dans le cadre des règles de l’OMC. La Chine doit mettre en place un « canal vert » destiné à faciliter la délivrance des licences d’exportation de terres rares et d’aimants permanents vers l’Europe. Le commissaire a assuré que l’Union n’avait jamais parlé de guerre commerciale et privilégiait la négociation. L’association des constructeurs automobiles européens, l’ACEA, a salué un accord provisoire visant à corriger les déséquilibres, après des discussions sur la réduction des entrées de véhicules hybrides chinois, tout en attendant une analyse détaillée de son contenu. Pékin, de son côté, affirme que l’Union doit affronter directement ses propres problèmes économiques et commerciaux, nie que la compétitivité de ses entreprises repose sur des aides d’État et a averti qu’elle réagirait fermement à toute nouvelle restriction visant ses produits. Les contrôles chinois sur les exportations de terres rares, instaurés l’an dernier dans le cadre de la riposte de la Chine aux mesures de Donald Trump, ont selon les responsables européens pénalisé de manière injuste les entreprises du continent. Dans le passé, la Chine a aussi cherché à influencer les gouvernements européens en ciblant des intérêts agricoles : produits laitiers, porc et cognac.
Le Royaume-Uni également sous pression
Le Financial Times a rapporté le 25 septembre que Bruxelles a averti le Premier ministre britannique, Andy Burnham, que le Royaume-Uni devrait relever ses droits de douane sur les voitures chinoises et s’aligner davantage sur la politique commerciale de l’UE s’il veut éviter des barrières « made in Europe » sur ses exportations vers le bloc. Un responsable européen a avancé que la meilleure solution serait une adhésion britannique à l’union douanière de l’UE. Londres demande pour sa part le statut de « partenaire de confiance » dans le cadre des règles « Made in EU » proposées. Bruxelles redoute un contournement de ses droits de douane par le Royaume-Uni.
Le calendrier des prochaines échéances
Date
Événement
3 octobre 2026
La Chine ouvre l’enquête antidumping sur le p-nitrotoluène européen
5 octobre 2026
Emmanuel Macron et Friedrich Merz réclament un nouvel outil de réaction rapide
8 et 9 octobre 2026
Rencontre Šefčovič et Wang Wentao à Pékin
15 et 16 octobre 2026
Sommet des dirigeants européens à Bruxelles, qui examine les résultats et d’éventuelles mesures
Janvier 2027
Visioconférence entre les deux parties
Mars 2027
Troisième réunion ministérielle des consultations sur le commerce et l’investissement
Sources : Euronews, Diário de Notícias, Associated Press.
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