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Le superéthanol E85 à 0,90 euro fait s’envoler les demandes de boîtiers

Par La rédaction · 5 min de lecture

La hausse des prix à la pompe liée au conflit au Moyen-Orient a relancé la demande de conversion des véhicules essence au superéthanol E85. Le litre de gazole a atteint en moyenne 2,41 euros le 20 septembre, un record, et le SP95-E10 2,22 euros. Sur les relevés des 22 et 23 septembre issus du flux officiel des prix des carburants, l’E85 s’affichait en moyenne à 0,90 euro le litre, contre 2,15 euros pour le SP95-E10, carburant le plus vendu en France.

Un carburant moins exposé au cours du pétrole

Le prix moyen pondéré de l’E85 publié chaque semaine par la direction générale de l’énergie et du climat est passé de 0,75 euro le 27 février à 0,87 euro le 28 août 2026. La progression de 12 centimes est près de trois fois inférieure à celle du SP95-E10 et plus de quatre fois inférieure à celle du gazole sur la même période, selon la Collective du bioéthanol, qui regroupe l’interprofession de la betterave et du sucre et le syndicat Bioéthanol France.

Deux facteurs expliquent cette moindre sensibilité. Le superéthanol contient entre 60 et 85 % de bioéthanol selon la saison, produit à partir de betteraves et de céréales, la part d’essence fossile restant minoritaire. Il bénéficie par ailleurs d’une fiscalité nettement allégée par rapport aux essences classiques, la taxe intérieure de consommation qui lui est appliquée étant plusieurs fois inférieure.

Le calcul de rentabilité du boîtier

Pour rouler à l’E85, un véhicule essence non compatible d’origine doit recevoir un boîtier de conversion homologué, posé par un installateur habilité. Le coût d’installation s’échelonne selon les motorisations, l’association 40 millions d’automobilistes évoquant des offres promotionnelles à 500 euros et un plafond autour de 1 000 euros, d’autres relevés faisant état de devis jusqu’à 1 600 euros sur certaines injections.

L’éthanol contenant moins d’énergie que l’essence, le moteur en consomme davantage, de l’ordre de 20 à 30 % selon les études, dont celle de l’IFPEN pour l’ADEME. Un calcul de Selectra fondé sur les prix des 22 et 23 septembre, une consommation de 6 litres aux 100 kilomètres et un boîtier à 700 ou 1 000 euros aboutit à un amortissement entre 12 000 et 17 000 kilomètres, soit 11 à 16 mois pour un conducteur parcourant 13 000 kilomètres par an. Bioéthanol France chiffre l’économie annuelle à 841 euros sur ce kilométrage par rapport au SP95-E10. En 2025, avec un E85 à 0,73 euro en moyenne contre 1,69 euro pour le SP95-E10, le syndicat évaluait le gain réalisé à 705 euros.

Cette équation dépend entièrement de l’écart de prix entre les deux carburants. Un retour du SP95-E10 vers 1,75 euro allongerait sensiblement la durée d’amortissement.

Une aide régionale ciblée

La Région Sud a rouvert son chèque transition bioéthanol, d’un montant de 250 euros. L’aide est réservée aux foyers non imposables, versée une fois par foyer, pour un boîtier homologué posé par une entreprise habilitée avec une facture acquittée entre le 27 juin et le 30 octobre 2026. Les demandes sont ouvertes jusqu’au 30 octobre, sur présentation de la carte grise mise à jour. Avec ce chèque, l’amortissement descend entre 7 700 et 12 800 kilomètres selon le calcul de Selectra.

Le cadre réglementaire impose plusieurs formalités. Le dispositif est réservé aux voitures particulières et camionnettes à motorisation essence, hybride ou bicarburation, compatibles avec le SP95-E10 et conformes au minimum à la norme Euro 3, les diesels étant exclus. Le propriétaire dispose d’un mois pour faire modifier son certificat d’immatriculation, la mention du carburant passant de « ES » à « FE ». L’installation d’un boîtier non homologué est passible d’une contravention de troisième classe. Le règlement européen 461/2010 interdit par ailleurs au constructeur de conditionner la garantie à un entretien dans son réseau, la charge de la preuve d’un lien entre le boîtier et une panne lui incombant.

Un parc encore limité

Selon la Collective du bioéthanol, 418 000 automobilistes roulent à l’E85 en France, dont 259 000 équipés d’un boîtier et 159 000 disposant d’un véhicule flex d’origine, à rapporter à environ quinze millions de véhicules éligibles selon le fabricant FlexFuel Energy Development. Près de 900 millions de litres d’E85 ont été distribués en 2025, et le superéthanol représente désormais 33 % de l’éthanol consommé dans les essences. Fin 2025, 4 023 stations, soit 42 % du réseau, proposaient ce carburant. La filière relevait toutefois un ralentissement des conversions en 2025, avant le rebond actuel : elle fait état d’appels trois fois plus nombreux en moyenne auprès des garagistes agréés depuis l’été.

Le bilan environnemental fait l’objet d’évaluations divergentes. La filière avance une réduction moyenne de 50 % des émissions nettes de CO2 par rapport à l’essence fossile. L’ONG Transport et Environnement retient une fourchette de 10 à 40 % une fois intégrées les émissions liées aux importations, rappelant que 48 % des volumes de bioessence consommés en France en 2024 provenaient de matières premières agricoles étrangères, selon le service statistique du ministère de la Transition écologique, et que la betterave ne représentait que 5,8 % des matières premières utilisées, le maïs et le blé dominant.

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