Les secrets d’Art Basel, la foire suisse qui a bouté la Fiac hors du Grand Palais

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Petite foire suisse née en 1970, Art Basel a bien grandi: elle est devenue un incontournable sur trois continents.

En janvier dernier, Art Basel faisait une entrée tonitruante en France en remportant l’appel d’offres de la RMN-Grand Palais, délogeant par la même occasion la Fiac d’un créneau qu’elle occupait depuis… 1974! “Une opportunité s’est présentée, nous devions la saisir, nous avons eu de la chance”, résume sobrement Clément Delépine, directeur de la manifestation parisienne. Une chance un peu provoquée par le groupe suisse MCH, propriétaire d’Art Basel: en manifestant son intérêt pour Paris, il avait lui-même déclenché cet appel d’offres!

La marque Art Basel complète ainsi un réseau né en 1970. Cette année-là, trois galeristes, Ernst Beyeler, Trudi Bruckner et Balz Hilt, lancent la première édition d’une foire d’art dans leur ville de Bâle, en Suisse. La manifestation attire 90 exposants et s’impose rapidement par une exigence de qualité qui séduit les grandes galeries internationales, les collectionneurs et tous les curateurs (responsables de collections privées ou publiques) de la planète. La dernière édition, en juin 2022, a attiré 70.000 visiteurs. Et s’est distinguée, en plein marasme boursier, par une vente record: celle, sur le stand des suisses Hauser & Wirth, d’une monumentale Spider de Louise Bourgeois pour 40 millions de dollars (38 millions d’euros).

Miami puis Hong-Kong puis…

Mais Art Basel, c’est aussi une multinationale, depuis l’ouverture, en 2002, d’Art Basel Miami Beach, puis, en 2013, d’Art Basel Hong-Kong. Avec de gros moyens: en 2020, James Murdoch, fils du géant des médias anglo-saxons Rupert Murdoch, a mis la main sur le holding MCH, juste avant que le Covid-19 ne frappe durement le secteur événementiel et les foires d’art. Il a investi 104,5 millions de francs suisses (107 millions d’euros) et possède depuis 49% du capital. Une aubaine pour un groupe qui a dû faire face à la pandémie et n’organisera que 15 foires cette année, alors qu’il en comptait 28 en 2019. Des salons tels que Baselworld (autour de l’horlogerie) semblent pour l’instant abandonnés, et sur son site, le groupe annonce vouloir se recentrer sur les salons Art Basel.

Dans cette perspective, Paris, qui s’impose depuis quelques années comme l’une des capitales mondiales du marché de l’art, était forcément dans son radar… D’autant plus que l’investissement semble modeste: 10,6 millions d’euros sur sept ans. Avec Paris +, MCH complète un dispositif bien huilé et planétaire. Hong-Kong en mars (même si la dernière édition de 2022 a été reportée à mai et que la manifestation est toujours compliquée par des restrictions de déplacement), Bâle en juin, Paris en octobre et Miami Beach en décembre. Sans oublier, depuis cette année, l’édition d’un rapport sur le marché de l’art avec UBS. Art Basel tisse sa toile à l’échelle mondiale. Des foires qui se succèdent, couplées à une place de marché numérique: désormais, le groupe ambitionne en effet de créer une place de marché de l’art, incontournable et qui fonctionnerait 24 heures sur 24, toute l’année…

Cinquante ans pour conquérir la planète

Bâle, 1970

Trois galeristes lancent une foire d’art contemporain dans la petite ville suisse de Bâle. Art Basel s’impose rapidement, et sa dernière édition, au mois de juin, a attiré 70.000 visiteurs.

Miami, 2002

Art Basel franchit l’Atlantique et ouvre une déclinaison à Miami Beach. Là encore, le succès est immédiat.

70.000 visiteurs sont attendus pour la prochaine édition, en décembre prochain.

 

Hong-Kong, 2013

Nouvelle déclinaison à Hong-Kong, qui a attiré en 2019 jusqu’à 80.000 visiteurs, avant d’être suspendue pour cause d’épidémie de Covid et de redémarrer au ralenti en 2022.

 

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