Le plafond du Livret A sera relevé en février prochain dans une fourchette comprise entre 25 000 et 30 000 euros, contre 22 950 euros aujourd’hui, a annoncé le Premier ministre Sébastien Lecornu le 3 novembre lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale. Le montant définitif sera fixé par le ministre de l’Économie, Roland Lescure, dans les prochaines semaines, à l’issue d’une dernière concertation avec les banques et la Caisse des dépôts. Le relèvement interviendrait en même temps que la révision semestrielle du taux de rémunération, actuellement de 1,7 %.
Un plafond inchangé depuis 2013
Le plafond du Livret A n’a pas évolué depuis le 1er janvier 2013, date à laquelle il avait été porté à 22 950 euros au terme d’un relèvement en deux étapes à partir de 15 300 euros. Les intérêts capitalisés peuvent porter le solde au-delà de ce montant, mais aucun versement n’est alors possible. Le livret de développement durable et solidaire, l’autre grand livret réglementé, est plafonné à 12 000 euros.
Plafond du Livret A
Montant
Variation
Jusqu’en septembre 2012
15 300 euros
–
Octobre 2012
19 125 euros
+25 %
Janvier 2013 à aujourd’hui
22 950 euros
+20 %
Février 2027 (annoncé)
25 000 à 30 000 euros
+9 % à +31 %
Sources : textes réglementaires, annonce du Premier ministre du 3 novembre 2026.
Mobiliser l’épargne pour l’investissement public
Matignon présente la mesure comme un moyen de mobiliser l’épargne des Français à travers le produit le plus connu et le plus liquide du marché. Les sommes déposées sur le Livret A financent historiquement le logement social, mais aussi des réseaux d’électricité et d’eau ou la rénovation des collèges et des lycées. Le gouvernement entend étendre leur usage au plan d’adaptation au changement climatique, pour les bâtiments publics et les infrastructures. Sébastien Lecornu répondait à une question du président du groupe LIOT, Christophe Naegelen, qui plaidait pour le lancement d’un grand emprunt national. Ces ressources transitent par le fonds d’épargne de la Caisse des dépôts, qui centralise 59,5 % des dépôts collectés sur le Livret A, le LDDS et le livret d’épargne populaire, le reste demeurant au bilan des banques. Le fonds d’épargne représentait 406,5 milliards d’euros fin 2025, selon son rapport annuel. L’encours cumulé du Livret A et du LDDS atteignait 608,3 milliards d’euros au 30 juin 2026, dont 443,7 milliards pour le seul Livret A.
Le précédent du programme nucléaire
Le gouvernement a déjà engagé l’épargne réglementée dans le financement du nouveau nucléaire. Lors du Conseil de politique nucléaire du 12 mars 2026, l’Élysée a annoncé que le prêt bonifié de l’État accordé au programme de six réacteurs EPR2, à Penly, Gravelines et Bugey, serait financé par le fonds d’épargne à hauteur de 60 % du coût total, estimé à 72,8 milliards d’euros. Le 2 novembre, un collectif d’élus de gauche, d’associations et de syndicats a demandé le retrait de ce dispositif, en estimant qu’il risquait de fragiliser le financement du logement social. La Caisse des dépôts, Bercy et le mouvement HLM n’ont publié aucun chiffrage commun sur la capacité du fonds à financer simultanément les deux priorités.
Une collecte en repli
L’annonce intervient alors que le Livret A attire moins les épargnants. Les retraits ont dépassé les dépôts de 1,52 milliard d’euros en septembre, selon les données publiées le 22 octobre par la Caisse des dépôts, malgré le relèvement du taux de 1,5 % à 1,7 % au 1er août. La concurrence de l’assurance-vie s’est renforcée : les fonds en euros pourraient servir un rendement moyen proche de 2,9 % au titre de 2026, et le secteur a enregistré sa plus forte collecte nette depuis vingt ans sur les sept premiers mois de l’année. Le taux du Livret A est révisé chaque semestre, au 1er février et au 1er août, selon une formule qui combine l’évolution des prix à la consommation et celle du taux interbancaire à court terme de la zone euro. Les intérêts restent exonérés d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Pour un épargnant au plafond, un relèvement à 30 000 euros permettrait de placer 7 050 euros supplémentaires, soit environ 120 euros d’intérêts annuels au taux actuel. Pour les banques, un plafond plus élevé se traduit mécaniquement par une centralisation accrue de dépôts auprès de la Caisse des dépôts, une ressource qui sort en partie de leur bilan. Le niveau définitif du plafond, et son éventuel accompagnement d’une modification du taux de centralisation, constituent l’enjeu de la concertation en cours. L’annonce intervient à deux jours d’une journée nationale de mobilisation sur le pouvoir d’achat, prévue le 5 novembre.
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