Le suspense a pris fin ce mercredi 15 juillet. Sur recommandation du nouveau gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, le ministre de l’Économie Roland Lescure a officialisé le relèvement du taux du Livret A de 1,5 % à 1,7 % à compter du 1er août 2026. Le placement détenu par environ 58 millions de Français renoue ainsi avec la hausse pour la première fois depuis février 2023, après trois abaissements successifs qui avaient ramené sa rémunération de 3 % à son plancher actuel. Le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), dont le rendement est indexé sur celui du Livret A, sera porté au même niveau de 1,7 %. Le Livret d’épargne populaire (LEP) conserve pour sa part son taux de 2,5 %. Aucune démarche n’est requise de la part des titulaires : les nouveaux barèmes s’appliqueront automatiquement.
Une hausse dictée par le retour de l’inflation
Cette réévaluation résulte de l’application de la formule réglementaire, révisée deux fois par an, au 1er février et au 1er août. Le calcul combine la moyenne semestrielle de l’indice des prix à la consommation hors tabac et celle du taux interbancaire €STR de la zone euro. Selon la Banque de France, l’inflation moyenne des six premiers mois de l’année s’est établie à 1,52 % en glissement annuel, ce qui aboutit mécaniquement à un taux de 1,7 %. Le regain des prix observé depuis le printemps, alimenté par les tensions au Moyen-Orient et leurs répercussions sur les coûts de l’énergie, a porté l’inflation à 2,4 % sur un an en mai, avant un reflux à 1,8 % en juin selon l’Insee. Le ministre de l’Économie a justifié sa décision par cette poussée des prix, contenue mais réelle, et par les incertitudes géopolitiques persistantes. Fin juin, il avait déjà préparé les esprits en confirmant qu’une hausse interviendrait durant l’été. Certains scénarios évoqués ces dernières semaines tablaient sur 1,8 %, voire 2 %. Ils ne se sont pas concrétisés : le gouvernement s’en est tenu au résultat strict de la formule, sans majoration dérogatoire cette fois, à la différence de la révision de février dernier où le taux avait été arrondi à 1,5 % alors que le calcul donnait 1,4 %.
Ce que rapportera concrètement le nouveau taux
À 1,7 %, un Livret A rempli à son plafond de 22 950 euros générera environ 390 euros d’intérêts sur une année pleine, contre 344 euros au taux actuel, soit un supplément d’une quarantaine d’euros. Pour un encours de 10 000 euros, le gain annuel passe de 150 à 170 euros ; pour 5 000 euros, de 75 à 85 euros. Le nouveau barème ne s’appliquant qu’à partir du 1er août, l’effet sur l’année 2026 restera limité : un livret au plafond percevra une vingtaine d’euros supplémentaires d’ici au 31 décembre, le plein bénéfice ne se matérialisant qu’en 2027. Ces montants s’entendent nets de toute ponction : les intérêts des livrets réglementés échappent à l’impôt sur le revenu comme aux prélèvements sociaux, un avantage renforcé depuis le relèvement de ces derniers de 17,2 % à 18,8 % sur de nombreux placements fiscalisés en janvier 2026. Malgré la revalorisation, le rendement réel du Livret A demeure toutefois négatif tant que l’inflation excède 1,7 % : l’épargne de précaution continue de perdre légèrement en pouvoir d’achat, dans une moindre mesure qu’auparavant.
Le LEP maintenu à 2,5 %, un traitement de faveur pour les ménages modestes
Le sort réservé au Livret d’épargne populaire constitue l’autre enseignement de cette annonce. L’application stricte de sa règle de calcul aurait conduit à abaisser sa rémunération aux alentours de 2,2 %. Le gouvernement a préféré la stabiliser à 2,5 %, prolongeant le coup de pouce dont bénéficie ce produit : son taux dépasse désormais de 0,8 point celui du Livret A, souligne la Banque de France. L’écart de rendement demeure substantiel : 10 000 euros placés sur un LEP, montant correspondant à son plafond, rapporteront 250 euros par an, contre 170 euros sur un Livret A, pour une garantie de l’État et une disponibilité des fonds identiques. Réservé aux contribuables modestes, ce livret est accessible sous condition de revenu fiscal de référence, plafonné à 22 823 euros pour une part fiscale selon les barèmes en vigueur. Environ 12 millions de LEP sont ouverts à ce jour, alors que la Banque de France évalue à près de 30 millions le nombre de personnes éligibles. Cette revalorisation intervient après une période de désaffection marquée. Selon les statistiques mensuelles de la Caisse des Dépôts, plus de 5,6 milliards d’euros ont été retirés du Livret A et du LDDS entre janvier et mai 2026, les épargnants ayant délaissé ces supports au profit de placements jugés plus rémunérateurs, au premier rang desquels l’assurance-vie, dont l’encours a progressé de 5,7 % sur un an pour atteindre 2 162 milliards d’euros à fin mai. Le relèvement du taux au 1er août pourrait contribuer à freiner ce mouvement de sorties.
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