Trains de nuit: y aura-t-il vraiment une dizaine de lignes en 2030?

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L’inauguration du premier train de nuit Paris-Nice ce 20 mai en gare d’Austerlitz à 20h52 se fera en grande pompe. A bord de l’Intercités : le Premier ministre Jean Castex, le PDG de la SNCF, Jean-Pierre Farandou et Christophe Fanichet, le PDG de SNCF Voyageurs. Leur arrivée à Nice est prévue aux alentours de 9 heures le lendemain matin, après un arrêt technique à Lyon, puis des arrêts commerciaux à Marseille-Blancarde, Toulon, les Arcs-Draguignan, Saint-Raphaël Valescure et Cannes-Antibes.

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Après des années d’abandon, le gouvernement a donc décidé de relancer les liaisons ferroviaires nocturnes. Mais à quel rythme ? Car si un service de Paris à Tarbes est prévu à la fin de l’année, la carte des trains de nuit reste encore bien vide. Au total, on compte quatre liaisons, en intégrant les deux itinéraires déjà existants : Paris/Briançon (Hautes-Alpes) et Paris/Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales). En 1981, 550 gares étaient desservies par au moins un train de nuit !

Une dizaine de trains à l’horizon 2030

La non rentabilité et le manque de fréquentation des trains de nuit ont longtemps été les arguments phares de la SNCF et de l’Etat pour justifier leur abandon progressif. Or depuis 2020,

le discours politique a changé, notamment du fait de la prise en compte des enjeux environnementaux et de la nécessité de créer une solution de report à l’aérien. En début d’année, Jean-Baptiste Djebbari, le ministre délégué chargé des Transports, avait annoncé la création d’une dizaine de lignes nocturnes à l’horizon 2030 en France.

Il précisait également que le financement des deux nouvelles lignes Paris-Nice et Paris-Tarbes se ferait avec les 100 millions d’euros dédiés au plan de relance ferroviaire. Soit 50 millions d’euros pour le rafraîchissement de cinquante et une voitures de nuit et 50 autres millions pour l’accueil des voyageurs et l’adaptation des ateliers. Mais pour les autres lignes, il devait y avoir un débat budgétaire. Or, pour l’heure, rien à l’horizon.

1,5 milliard d’euros et 5 millions de voyageurs par an

Une étude préliminaire réalisée en décembre 2020 pour le compte du gouvernement dans le cadre de la Loi d’orientation des mobilités (LOM) est sur le bureau du ministre. Diffusée en début de semaine par la lettre spécialisée Mobilettre, elle chiffre à 1,5 milliard d’euros la création d’un réseau dense pouvant transporter plus de 5 millions de voyageurs par an. Parmi les lignes étudiées : Dijon-Marseille, Bordeaux-Marseille, Paris-Toulouse, Tours-Lyon. Mais aussi des liaisons internationales : Paris-Madrid, Paris-Barcelone, Paris-Berlin-Vienne, Paris-Hambourg-Copenhague-Malmö.

Pour les dessertes internationales, “une approche partenariale avec les acteurs des pays limitrophes est à privilégier”, précise l’étude de la DGITM (Direction générale des infrastructures, des transports et de la mer). Notamment avec des opérateurs comme les chemins de fer autrichiens ÖBB, dont la vingtaine de lignes exploitées sous la marque Nightjet se révèle être un véritable succès avec ses 1,8 million de voyageurs par an.

Or, contrairement à la France, les Autrichiens investissent depuis 2016 pour la relance du rail de nuit. “Au-delà des bonnes intentions, le financement sera-t-il à la hauteur pour permettre la relance d’un véritable réseau qui connecte l’ensemble des régions entre elles et vers l’Europe ?” s’interroge le collectif “Oui au train de nuit”, pour lequel il devient urgent de lancer une commande de trains de nuit neufs, avec une large gamme de niveaux de conforts pour tous les usagers.

Une inquiétude partagée par Bruno Gazeau, président de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports : “On a de l’ancien matériel, avec les couchettes qu’on connaît, six lits ou quatre lits. On n’a pas le matériel avec les douches, le wifi…,” rappelle-t-il.

Les auteurs de l’étude remise au gouvernement estiment le besoin du parc à 600 voitures et chiffrent assez précisément leur coût unitaire :  2 millions d’euros pour les voitures-lits, 1,5 million pour les voitures couchettes et restaurants et 1,2 million d’euros pour les voitures avec seulement des places assises. 

Des tarifs de 25 à 250 euros

Grâce à cette offre rénovée, il serait possible “d’atteindre des taux d’occupation de l’ordre d’au moins 60%, estime l’étude, à l’instar de ce qu’affichent les trains Nightjet. Avec une gamme de tarifs entre 25 euros pour les prix réduits en place assise à 200-250 euros pour les prestations wagon-lit premium”. A titre de comparaison, les tarifs du Paris-Nice, dont les voitures ont seulement été “rafraîchies” par la SNCF, les billets sont proposés à partir de 19 euros en siège incliné, 29 euros en couchette de seconde classe et 39 euros en couchette de première.

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