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Yen, le Japon garde la main sur le marché des changes

Par La rédaction · 6 min de lecture
Le Japon n’est pas intervenu sur le marché des changes entre le 27 août et le 28 septembre, selon les données publiées le 30 septembre par le ministère des Finances. Cette pause fait suite à une opération record de soutien au yen menée au cours de l’été, en partie coordonnée avec les États-Unis. Elle ne s’est pas traduite par une appréciation durable de la devise : le yen a enchaîné quatre semaines consécutives de baisse et s’échangeait le 12 octobre autour de 158 yens pour un dollar, à proximité du seuil de 160 que les marchés associent à un risque d’intervention.

Une intervention d’une ampleur inédite

Entre le 30 juillet et le 26 août, Tokyo a consacré 15 399,3 milliards de yens, soit environ 98,6 milliards de dollars, à des achats de yens, un record mensuel. L’opération a été déclenchée alors que la devise touchait son plus bas niveau depuis quarante ans, à 163,73 yens pour un dollar le 31 juillet. Ce jour-là, le Japon et le Trésor américain ont mené une intervention conjointe, la première action coordonnée des deux pays pour soutenir le yen depuis 1998. La ministre des Finances, Satsuki Katayama, et le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, ont l’un et l’autre indiqué être prêts à recommencer.
DateÉvénementDollar/yen
31 juilletPlus bas de quarante ans et intervention coordonnée Japon–États-Unis163,73
Mi-aoûtEffet de l’interventionJusqu’à 155,20
3 septembrePoint haut du yen sur fond d’anticipations de hausse de taux155,28
18 septembreHausse du taux de la Banque du Japon à 1,25 %Environ 157
12 octobreQuatrième semaine consécutive de baisse du yenEnviron 158
Sources : ministère des Finances japonais, données de marché.
L’opération a pesé sur les réserves du pays. Les réserves de change japonaises ont reculé de 79,6 milliards de dollars en août, à 1 208 milliards, leur plus forte baisse mensuelle jamais enregistrée, sous l’effet d’une diminution de 87,8 milliards des titres étrangers détenus. Ces mouvements alimentent l’attention des marchés obligataires américains, le Japon étant le premier détenteur étranger de bons du Trésor. Selon les analystes, la crainte de ventes japonaises de titres américains figurait parmi les motivations de la participation de Washington.

L’euro, monnaie de financement américaine

La part américaine de l’intervention a été financée et pilotée par le Trésor, la Réserve fédérale de New York agissant comme simple agent d’exécution, selon le compte rendu de la réunion de septembre de la Fed. Elle a surpris les marchés par son mode de financement : selon les analystes cités par CNBC, le Trésor aurait vendu des euros, et non des dollars, pour acheter des yens. Les interventions coordonnées sont traditionnellement financées avec des actifs en dollars, et ce choix permet d’éviter de peser sur la valeur du billet vert.

Des banques centrales en ordre dispersé

La faiblesse du yen tient d’abord à l’écart de taux avec les autres grandes économies. Le choc énergétique lié à la guerre en Iran a conduit plusieurs banques centrales à relever leurs taux en septembre, ce qui a limité le bénéfice attendu du resserrement japonais.
Banque centraleDécision de septembre 2026Taux directeur
Réserve fédéraleHausse de 25 points de base le 16 septembre, première depuis 20233,75 % à 4,00 %
Banque centrale européenneHausse de 25 points de base le 10 septembre2,50 % (taux de dépôt)
Banque d’AngleterreStatu quoInchangé
Banque du JaponHausse de 25 points de base le 18 septembre, par 7 voix contre 21,25 %, plus haut depuis 1995
Banque nationale suisseStatu quo le 24 septembre0 %, inchangé depuis juin 2025
Sources : banques centrales.
La Banque du Japon a justifié sa sixième hausse depuis la sortie des taux négatifs en mars 2024 par le risque d’un dépassement durable de son objectif d’inflation de 2 %. Elle anticipe une accélération de l’inflation sous-jacente au second semestre de l’exercice, sous l’effet du pétrole, des salaires et de la faiblesse du yen. Son gouverneur, Kazuo Ueda, a insisté sur la nécessité d’un ajustement progressif, et deux membres du conseil ont voté contre la hausse. Les analystes de Maybank estiment que rien n’indique un rythme de resserrement supérieur à une hausse par trimestre, insuffisant selon eux pour réduire l’écart de rendement qui pénalise le yen. La prochaine réunion de la Banque du Japon se tiendra les 29 et 30 octobre ; les marchés y anticipent majoritairement un statu quo.

Le franc suisse, nouvelle monnaie de financement

Le yen est historiquement la principale monnaie de financement des opérations de portage, qui consistent à emprunter dans une devise à faible taux pour investir dans des actifs mieux rémunérés. La remontée progressive des taux japonais réduit cet avantage. J.P. Morgan recommande désormais d’utiliser le franc suisse et la couronne suédoise comme monnaies de financement à la place du yen. Ce glissement tient à la position singulière de la Banque nationale suisse, qui affiche le taux directeur le plus bas parmi les grandes banques centrales. Le franc s’est déprécié depuis l’été face à l’euro et au dollar, à 0,9395 franc pour un euro et 0,8247 franc pour un dollar après la décision du 24 septembre. Cette évolution assouplit les conditions monétaires suisses sans modification du taux directeur, mais renchérit les importations : la BNS a relevé ses prévisions d’inflation jusqu’en 2028, et certains économistes n’excluent plus une hausse de taux en décembre ou en mars.

Une menace d’intervention toujours présente

Les autorités japonaises maintiennent la pression verbale. Satsuki Katayama a jugé fin septembre que la sous-évaluation du yen posait problème et indiqué que Tokyo agirait de nouveau si nécessaire, en étroite coordination avec Washington. Les spéculateurs anticipent cette éventualité : selon la Commodity Futures Trading Commission, ils détenaient au 6 octobre une position nette acheteuse de 62 300 contrats à terme sur le yen, soit l’équivalent d’environ 779 milliards de yens. Les données sur les interventions d’octobre seront publiées par le ministère des Finances à la fin du mois.

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