Burkina Faso : l’armée prend le pouvoir d’un pays stratégique pour le transit de l’uranium du Niger, partenaire de l’Iran

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Simple coïncidence ? Alors qu’en novembre 2010, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, avait effectué une tournée en Afrique de l’Ouest – Burkina Faso, Ghana, Togo et Bénin –  provoquant à cette occasion  l’ire des Etats-Unis, l’armée burkinabé vient d’annoncer à l’issue d’une nouvelle journée de révolte à Ouagadougou, la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.

Simple hasard me direz-vous ? Alors rajoutons que le 7 novembre 2013, le Président nigérien, Mahamadou Issoufou, et son homologue béninois, Boni Yayi, ont signé un Mémorandum d’Entente pour la réhabilitation, la construction et l’exploitation des chemins de fer reliant Cotonou à Niamey. Tronçon intégré dans la boucle ferroviaire qui doit relier Cotonou (Bénin) à Abidjan (Côte d’Ivoire) , via Niamey (Niger) et Ouagadougou (Burkina Faso ). La boucle ferroviaire devra permettra à terme de relier le Niger au Burkina Faso et à la Côte d’Ivoire, devenant ainsi l’une des plus longues lignes de chemin de fer de la région.
A cette occasion le patron du groupe Timis qui finance l’étude de faisabilité de la voie ferrée Dori-Niamey avait indiqué que la réalisation de ce projet aura « un impact économique certain pour le Niger et les pays de la région, en facilitant l’exportation de la production agricole, du bétail et des ressources minières, ainsi que l’importation d’autres produits. »
Cela a le mérite d’être clair … Mais reprenons

– Etat d’urgence et prise de pouvoir de l’armée au Burkina

Jeudi soir, après une journée d’émeutes contre le régime de Blaise Compaoré, l’armée burkinabé a pris le pouvoir au Burkina Faso, annonçant la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale. Un organe de transition sera mis en place pour un an « en consultation avec tous les partis ». Un couvre-feu est par ailleurs imposé sur l’ensemble du territoire.

Le Burkina a basculé dans la crise avec l’annonce, le 21 octobre dernier, d’un projet de révision constitutionnelle portant de deux à trois le nombre maximal de quinquennats présidentiels.  Ce projet intervient alors que Blaise Compaoré, arrivé aux affaires il y a 27 ans, doit en toute légalité achever l’an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015).

Durant la journée, le régime avait tenté d’apaiser les tensions en annonçant l’annulation du vote du projet de révision constitutionnelle qui avait mis le feu aux poudres, le président Blaise Compaoré décrétant parallèlement l’état d’urgence.

Dans un communiqué, l’Union africaine a exprimé « sa profonde préoccupation face à la situation » et appelé au calme. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a annoncé l’envoi d’un émissaire pour tenter de mettre fin aux violences. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a pour sa part fait savoir qu’elle ne reconnaîtrait aucune prise du pouvoir par la force dans le pays.

Précisons que des manifestations d’une telle ampleur contre les autorités sont rarissimes en Afrique subsaharienne. A noter enfin que la Télévision d’Etat, la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB) a été pillée, et que les transmissions ont été coupées.

– Quand les Etats-Unis s’insurgeaient d’une discussion entre l’Iran et des pays d’Afrique de l’Ouest

En novembre 2010, à la suite de la tournée du ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki en Afrique de l’Ouest , les Etats-Unis s’étaient insurgés de l’objectif – certes non affiché par l’Iran – de s’entretenir avec les autorités du Bénin sur la possibilité de faire transiter, par le port de béninois, de l’uranium nigérien.

Selon la Lettre du Continent « Téhéran aurait promis, en contrepartie, de soutenir financièrement et logistiquement, Thomas Boni Yayi pour la présidentielle de mars 2011 ».

Susan Tuller la chargée d’affaires de l’ambassade du Bénin avait été reçue à la suite, soit le 4 novembre, par la présidence en vue d’évoquer « un précédent fâcheux pour les relations entre les deux pays si le Bénin se prêtait au jeu de Téhéran ».

A cette occasion, le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki avait déclaré que les Etats-Unis était «mécontent de l’expansion des relations entre l’Iran et les pays africains», ajoutant que si les USA avaient eu une « soif de pouvoir, » l’Iran avait quant à lui pratiqué le subtil «pouvoir de la logique. »

– Le Burkina au cœur d’une liaison ferroviaire stratégique

Mais gardons le meilleur pour la fin …. en novembre 2013, nous indiquions ici-même que si Bolloré avait perdu, en 2007, le port de Dakar au Sénégal, au profit de son concurrent Dubaï Ports World (DP World), le groupe est désormais le partenaire qualifié de « stratégique » retenu par le Bénin et le Niger pour le projet de prolongement du chemin de fer entre les deux pays. Les deux Chefs d’états avaient alors décidé de confier la gestion des travaux à une société multinationale, en lieu et place de l’Organisation Commune Bénin-Niger (Ocbn), le capital initial étant de 70 milliards F Cfa. Selon un plan d’action approuvé par les deux parties, un partenariat gagnant-gagnant sera établi entre les deux Etats – lesquels seront actionnaires à hauteur de 10% chacun – les opérateurs économiques privés de chaque pays obtenant 20%, la participation de Bolloré s’élevant quant à elle à 40%. Le groupe français étant chargé notamment de mobiliser les ressources nécessaires pour la réhabilitation de la ligne ferroviaire interrompue depuis 1936 et la réalisation de nouvelles infrastructures.

En octobre 2013, le Niger et la compagnie Pan African Minérals ont pour leur part signé un mémorandum d’entente relatif à l’exécution des travaux du tronçon Niamey-frontière du Burkina Faso, de la boucle ferroviaire ouest africaine. Cette boucle ferroviaire dont le coût s’élève à 1.000 milliards de francs CFA devra relier le Bénin à Abidjan en passant par le Niger et le Burkina Faso, soit 2.970 km de rail, dont 1.176 km de construction neuve et 1.794 km de réseau à réhabiliter.

Le ministre nigérien du Plan, Amadou Boubacar Cissé, avait souligné à cette occasion que c’était « la première fois qu’un investisseur minier accept(ait) d’entrer dans ce genre de projet ».

Le 18 octobre 2013, la Côte d’Ivoire avait annoncé pour sa part que le président ivoirien Alassane Ouattara et ses homologues Blaise Compaoré (Burkina Faso), Mahamadou Issoufou (Niger) Faure Gnassingbé (Togo) et Boni Yayi (Bénin) – soit les dirigeants de ces cinq pays du Conseil de l’Entente (une organisation de coopération régionale d’Afrique de l’Ouest) – avaient appelé le groupe français Bolloré et la société Panafrican Minerals de l’homme d’affaires australo-roumain Frank Timis, à s’associer en vue de travailler sur la réhabilitation et l’extension du chemin de fer actuel.

A cette occasion, le président burkinabé Blaise Compaoré a indiqué que le projet de boucle ferroviaire allait contribuer à renforcer l’intégration économique en Afrique de l’Ouest.  Il avait alors estimé qu’à l’heure actuelle, il était essentiel «  de fluidifier les échanges, les trafics, les mouvements des hommes et des marchandises ».

Rappelons enfin qu’en septembre 2013, oeuvrant dans le cadre du développement de son secteur minier, le gouvernement nigérien a attribué à Pan-African Minerals plusieurs permis pour la recherche d’uranium et des substances connexes dans le département d’Arlit, au Niger.
Au terme d’une convention signée entre le ministre nigérien des Mines et du Développement industriel, M. Omar Hamidou Tchiana, et le PDG de Pan-African Minerals, M. Frank Timis, la société s’engage à créer des emplois, à former des agents de l’Etat, et à financer la construction des classes et d’autres réalisations dans le domaine social, le tout pour 1,2 million de dollars.

Durant les 3 prochaines années, la société s’est par ailleurs engagée à investir un montant minimum de 20 millions de dollars US pour mener des travaux d’exploration et développer les gisements d’uranium qui auraient été découverts.

Sources : France24, AFP, Foreign Policy, MAP

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 30 octobre 2014

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