Les Pays-Bas  réduisent leur production de gaz pour limiter les secousses sismiques

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Voilà une information passée inaperçue ou presque, et pourtant … Le gouvernement néerlandais a récemment annoncé que la production de gaz naturel aux Pays-Bas, deuxième producteur européen, sera réduite de près de 20%. Raisons invoquées : des tremblements de terre à répétition.

En pleine polémique sur le gaz de schiste, et le combat des écologistes pour pointer du doigt les effets néfastes de la fracturation hydraulique, c’est loin d’être une anecdote, même s’il s’agit ici de gaz extrait via les méthodes conventionnelles. La nature aura donc eu raison sur la finance, l’impact des séismes étant jugé plus important que le manque à gagner de l’État.

« Le problème des tremblements de terre est un problème pour tous les Néerlandais », a déclaré à cette occasion le ministre des Affaires économiques Henk Kamp, s’exprimant dans le village de Loppersum, dans le nord des Pays-Bas, l’un des plus touchés par les tremblements de terre.

Le ministre a par ailleurs indiqué à cette occasions que la production des cinq puits situés aux alentours de Loppersum sera réduite à 80% sur les trois prochaines années, s’engageant à ce que le volume de production passe de 15 milliards de mètres cubes à 3 milliards de mètre cubes par an. Toutefois, afin de pouvoir répondre à des besoins urgents d’approvisionnement, les puits seront maintenus en activité réduite.

A l’heure actuelle, la production annuelle moyenne de l’immense champ gazier de Slochteren, la plus importante réserve de gaz naturel d’Europe occidentale située dans la province de Groningue, s’élève à 50 milliards de mètres cubes. Elle sera donc ramenée à 40 milliards de mètres cubes dès 2016, selon les engagements du gouvernement néerlandais.

Un manque à gagner non négligeable alors que selon l’agence américaine d’information sur l’énergie (EIA), le gisement concerné représente 2/3 de la production de gaz des Pays-Bas, 10ème producteur mondial, et rapporte à l’Etat néerlandais 10 milliards d’euros par an en moyenne, la production globale rapportant quant à elle 13 milliards d’euros. En 2011, les revenus du gaz avaient contribué à hauteur de 8% dans les revenus de l’État.

Précisons encore que ce champ gazier de 900 km2, exploité depuis 1963, a largement orienté la politique énergétique des Pays-Bas, lui offrant un rôle stratégique en Europe.

Selon le ministre, le manque à gagner pour l’État néerlandais, serait au final de 700 millions d’euros en 2014 et 2015 et d’un milliard d’euros en 2016. Impact financier non négligeable alors que les Pays-Bas se sont fixés pour objectifs d’économiser 6 milliards d’euros en 2014 en vue de ramener le déficit du pays sous la limite fixée par l’Union européenne.

Autres éléments à prendre en compte : l’État néerlandais participera au financement d’un fonds de compensation et de restauration de la qualité de vie de la région, à hauteur de 144 millions d’euros par an sur 5 ans. D’un total de 1,2 milliard d’euros, le fonds est également financé par la NAM, société mixte des majors pétrolières Shell et Exxon, qui gère la production de gaz.

Ces mesures gouvernementales font suite aux secousses qui touchent la région, elles-mêmes induites par la formation souterraine de poches de vide après extraction du gaz. Ces séismes qui ont causé de nombreux dégâts aux fermes ou bâtiments historiques de la région ont augmenté manière linéaire par rapport au la hausse de production du gaz. De 110 secousses enregistrées dans les années 90, 500 ont été observées entre 2000 et 2013. D’une assez faible magnitude, elles s’avèrent être très proches de la surface, et sont donc très fortement ressenties par les habitants.

Malgré plusieurs manifestations de la population locale, laquelle exigeait une forte diminution de la production ainsi que de meilleures compensations.

Des mouvements de citoyens et des responsables politiques locaux avaient néanmoins relayé dès cette époque des rapports officiels d’experts. Lesquels confirmaient que les secousses sismiques étaient bel et bien liées à l’extraction massive du gaz naturel, et qu’elles pourraient encore s’intensifier, jusqu’à atteindre quatre degrés sur l’échelle de Richter.

Mais, en février 2013, le gouvernement avait refusé de céder à la pression, estimant que cela serait « irresponsable du point de vue économique ».

Désormais, les habitants de Groningue demeurent sceptiques face aux annonce gouvernementales. «Le mal est déjà fait », « la terre continuera à trembler dans les prochains mois », estiment même certains géologues. Le Partij voor het Noorden demande quant à lui une révision de la loi minière, afin qu’un quart des revenus tirés du gaz naturel soit réinvesti dans la région.

Sources : AFP, La Croix

Elisabeth Studer – 26 janvier 2014 – www.leblogfinance.com


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