Quel président pour succéder à Chavez ?

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Sauf grosse surprise, Nicolas Maduro devrait remporter le scrutin présidentiel organisé ce dimanche au Venezuela. Ainsi se réalisera le voeu de Hugo Chavez, décédé le 5 mars, qui avait désigné son ancien ministre des Affaires étrangères, devenu vice-président, comme dauphin avant de partir à Cuba traiter son cancer. Bien que moins charismatique que son mentor, cet ancien chauffeur de bus et fan de Led Zeppelin est crédité dans les sondages de 15 à 20 points d’avance sur le candidat de l’opposition, Henrique Capriles.

Héritage lourd à porter

A 51 ans, Maduro, un fidèle de Chavez – qu’il avait soutenu durant son emprisonnement après le coup d’Etat manqué de 1992 -, a battu le pavé au nom des « orphelins de la révolution bolivarienne », allant jusqu’à invoquer des liens mystiques avec « l’esprit » du Comandante réincarné en oiseau!

Encore sous le choc de la disparition de leur idole, les quelque 17 millions de Vénézuéliens issus des couches populaires sont prêts à le croire. Pour combien de temps? Car si Nicolas Maduro martèle qu’il va « respecter l’héritage et le testament du président Chavez », ce legs risque d’être lourd à porter. Après un règne qui a duré quatorze ans, les piliers du modèle chaviste sont bien fissurés.

Certes, la population est nettement moins pauvre, et les inégalités nettement moins marquées que lors de l’accession de Chavez au pouvoir, en 1999. Les aides aux plus démunis ont amélioré le niveau de vie des Vénézuéliens, au travers des misiones, ces programmes sociaux lancés en 2003 pour l’accès à l’éducation, à la médecine et au transport, notamment. Financés à grand coup d’argent public, ils pesaient, en 2012, 42% du PIB. « Le bilan social du chavisme est globalement positif, juge Noam Leandri, président de l’Observatoire pour les inégalités. Le taux de pauvreté a été divisé par deux sur dix ans [32% en 2011. NDLR] et le coefficient de Gini [indice mesurant le degré de distribution des revenus] est tombé à 0,39 [contre 0,52 au Brésil]. »

Mais ces avancées reposent essentiellement sur la rente pétrolière. Elles n’ont donc pas permis de fonder un modèle de développement économique durable, à l’inverse des politiques menées au Brésil, par exemple. « Le Venezuela est la cinquième économie d’Amérique latine, note Arturo Franco, du Centre pour le développement international de l’université Harvard. Mais, au cours des dix dernières années, elle a enregistré les pires performances en termes d’évolution du revenu par habitant [+13% en dix ans, contre +27% au Brésil. NDLR]. » Plombé par la récession mondiale en 2009, le Venezuela a également mis plus de temps que ses voisins latinos à retrouver la croissance. Sa reprise date seulement de 2011 (+4,2%).

Manque de diversification

Le grand échec économique de Chavez, que dénonce l’opposant Henrique Capriles, est l’absence de diversification. « Malgré ses promesses, Chavez n’a fait qu’accentuer l’aspect rentier qui existait avant son arrivée au pouvoir, alors que le secteur privé s’est réduit comme une peau de chagrin [40% du PIB] », pointe Carlos Quenan, spécialiste de l’Amérique latine à Natixis. Les exportations de brut, dont le Venezuela recèle les plus grosses réserves mondiales selon l’Opep, alimentent 90% de l’économie et 50% des recettes de l’Etat.

Au coeur du système: PDVSA. La compagnie pétrolière, nationalisée en 2003 et transformée en bras financier des programmes sociaux du chavisme via une nébuleuse d’une dizaine de fonds parafiscaux, connaît des difficultés. Faute d’investissements dans les infrastructures, les niveaux de production de brut n’ont pas atteint, l’an dernier, la moitié des objectifs fixés. « Caracas est désormais obligé d’importer son essence », explique le spécialiste de l’Amérique latine de Goldman Sachs à New York, Alberto Ramos.

Fuite des capitaux

Autre problème pour Nicolas Maduro: la fuite constante des capitaux, que la politique de contrôle des changes imposée depuis 2003 n’arrive pas à endiguer, et la réduction des réserves monétaires. La dévaluation de 32% du bolivar face au dollar en février a allégé la pression budgétaire qui pèse sur le gouvernement, mais son effet risque vite d’être anéanti par le haut niveau de l’inflation, à plus de 20%.

Or « tant que le cours du pétrole reste élevé, Nicolas Maduro risque de poursuivre la politique de Chavez sans opérer de vrai virage », parie Carlos Quenan. « A court terme, Maduro doit prouver qu’il a le même ADN que Chavez, renchérit Alberto Ramos. Mais à plus long terme, il risque d’être concurrencé par d’autres factions plus pragmatiques au sein du pouvoir, libérées de la présence de Chavez. »


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