Turquie : barrage maritime contre Chypre, vers un nouveau conflit gazier ?

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Où l’on reparle de Chypre et de la Turquie et de l’épineux dossier gazier qui les oppose sur fonds d’immenses ressources énergétiques au large de l’île chypriote et d’Israël …

Le site internet Politis indique en effet qu’un navire de guerre en provenance de le partie occupée de Chypre a fait barrage la semaine dernière à un bateau italien, à proximité de la zone économique exclusive (ZEE) de la République de Chypre où se déroulent des explorations de gaz naturel.

Le navire italien Odin Finder, qui devait participer à une opération d’immersion de fibres optiques sous-marines reliant Chypre et d’autres pays de la Méditerranée, a en effet été bloqué par le vaisseau turc, l’obligeant au final à se retirer.  Un acte que Nicosie s’est empressé de dénoncer auprès des ambassades américaine et italienne.  Le quotidien précise par ailleurs qu’il s’agit du troisième incident de ce type depuis trois mois.

Alors que la Turquie est la proie de querelles intestines,  rappelons que le pays  est doté d’enjeux cruciaux dans le domaine énergétique. Les deux aspects pouvant être fortement liés.

– Quand la Turquie s’opposait à Chypre sur l‘épineux dossier du gaz de Leviathan

Rappelons à toutes fins utiles qu’en septembre 2010, le Premier ministre turc déclarait à Al Jazzera, que la Turquie ne laisserait pas Israël jouir seule du gaz exploité dans les eaux chypriotes. Ce dernier jugeant « provocatrice » l’exploration au voisinage du gisement très prometteur de Léviathan.
Parallèlement le Premier ministre Recep Erdogan menaçait d’envoyer sa flotte au voisinage du site aux frontières controversées, annonçant qu’il pourrait fournir une escorte navale à ses propres bâtiments d’exploration en Méditerranée chargés d’effectuer des forages sur des gisements d’hydrocarbures au large de la côte nord de Chypre.

Quelques jours auparavant, lors d’une conférence de presse, le Premier ministre turc avait réitéré l’opposition de son pays aux zones économiques exclusives fixées en 2010 dans le cadre d’un accord entre Chypre et Israël.

«Nous avons des approches différentes en matière de zones économiques exclusives dans la région telles qu’elles ont été annoncées. Sur ce point, et s’agissant de l’armée, nous surveillerons cette région avec l’aide d’avions, de frégates et de vedettes lance-torpilles» avait-il prévenu.
Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, réagissait ainsi aux propos du président chypriote Demetris Christofias, lequel venait d’annoncer que les forages débuteraient prochainement au large des côtes sud-est de Chypre.

Le gouvernement chypriote grec, seul à ce jour à être reconnu par la communauté internationale, avait alors débuté des travaux d’exploration sur le fabuleux gisement de Leviathan, situé au large de Chypre, avec la compagnie – américaine – Noble Energy, et ce, dans le cadre d’un accord avec Israël. Rappelons à cet égard que la partie turque, située dans le nord de l’île est uniquement reconnue par Ankara.

La Turquie avait également exhorté le gouvernement chypriote grec à cesser immédiatement ses explorations de gaz et prévenu que ses propres navires d’exploration en Méditerranée pourraient être accompagnés d’escortes militaires.

» La compagnie pétrolière turque TPAO va se déployer dans les eaux au nord de Chypre en raison d’un accord entre Ankara et la partie pro-turque de Chypre sur le tracé des frontières maritimes » avait parallèlement déclaré le ministre turc de l’Energie, Taner Yildiz.
Au final, Ankara demandait alors aux responsables chypriotes de favoriser la collaboration de la Turquie, dans les projets énergétiques de Chypre.

 – Quand Chypre et Israël menaient des exercices militaires conjoints 

Mi avril, nous  évoquions ici-même  une nouvelle étape  dans l’immense conflit gazier qui menace d’éclater entre des protagonistes aussi « explosifs » que Chypre, Israël, la Turquie, le Liban, voire la Syrie et l’Egypte … à moins  que mine de rien le dossier n’ait déjà explosé , de manière insidieuse.
Alors  qu’Israël pourrait devenir le maillon fort de la survie financière de Chypre, Nicosie dépendant désormais en grande partie de la volonté israélienne d’approvisionner en gaz l’usine de liquéfaction que l’Etat chypriote projette de construire suite aux découvertes prometteuses d’hydrocarbures dans la zone off-shore  très convoitée de Tamar et Leviathan située entre Chypre et Israël, les deux pays  avaient annoncé qu’ils allaient mener conjointement des exercices militaires le 25 avril …
Nicosie avait alors indiqué que l’exercice serait axé sur la sécurité de la région de la Méditerranée orientale et celle des entreprises de gaz.

 – La Turquie : point stratégique pour exporter le gaz de Chypre

Alors que la Turquie aurait pu raisonnablement s’inquiéter de telles « manoeuvres » dans tous les sens du terme, d’autant plus qu’elle s’est jusqu’à présent opposée aux travaux d’exploration du gaz naturel menée par Chypre – en partenariat avec Israël – en Méditerranée, la donne avait semblé pouvoir changer.

Dans une annonce pour le moins inattendue, le Ministre de l’Energie turc Taner Yildiz avait en effet alors annoncé  que la Turquie considérait désormais qu’il est « possible de coopérer avec Chypre et Israël dans des projets énergétiques communs en Méditerranée » et ce « aussi longtemps que l’atmosphère politique le permettra. »
Or, si jusqu’à présent Nicosie tablait sur l’apport des ressources de gaz israéliennes pour rentabiliser la construction de son usine de liquéfaction, Israël aurait pu alors changer son fusil d’épaule. L’Etat hébreu envisageant à cette période de construire sa propre usine de liquéfaction, voire de faire transiter son gaz via pipeline à travers la Turquie ….

Ces derniers mois, Israël s’était rapproché d’Ankara de manière assez inattendue, présentant ses excuses pour la mort de neuf Turcs lors de l’arraisonnement en 2010 d’une flottille brisant le blocus de l’enclave palestinienne de Gaza.
Qui dit absence des apports gaziers d’Israël pour alimenter l’usine, signifie pour Chypre une forte dépendance à de nouvelles confirmations de réserves d’hydrocarbures dans la zone en vue d’espérer rentabiliser l’investissement. Or, l’Etat chypriote a un besoin urgent de ressources financières …
Alors que le territoire turc représentant d’ores et déjà  un point  de transit énergétique important pour le pétrole de la Caspienne et d’Irak,  Ankara a récemment consolidé sa position grâce à des accords pétroliers avec le Gouvernement Régional du Kurdistan. Au final, la Turquie représente ainsi un élément fondamental pour Israël en vue de déterminer la route la plus rentable pour exporter son gaz.
Une situation certes complexe qui  donne donc à la Turquie  une position on ne peut plus stratégique entre Chypre et Israël.  Pouvant pousser quelques puissances hégémoniques à vouloir influer sur sa politique en déstabilisant le pays

Dotée d’une économie dont la croissance est parmi les plus rapides du monde, la Turquie a des besoins énergétiques en forte hausse  et représente également de ce fait un client stable pour le gaz israélien. Au grand dam de la Russie, laquelle voit d’un mauvais œil son important client diversifier ses fournisseurs. Fait non négligeable et pouvant peser dans la balance. Une déstabilisation du gouvernement turc d’Erdogan pouvant également servir ses intérêts.

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com  – 05 aout 2013


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