Vente de navires Mistral à la Russie : les USA toussent en plein dossier GE …

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Quand géopolitique rime avec finance … A quelques jours d’une visite officielle aux Etats-Unis du ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, Washington s’inquiète du contrat passé entre Paris et Moscou pour la vente de navires militaires de type Mistral. Le tout sous fond de crise ukrainienne … et d’âpres négociations entre le géant US General Electric et le français Alstom.

Le gouvernement américain voudrait mettre la pression sur le gouvernement français qu’il ne s’y prendrait pas autrement … La remise en cause de l’accord passé entre Paris et Moscou pouvant être vue comme une menace brandie par Washington pour infléchir la position française sur le dossier Alstom.

« Nous avons de manière régulière et constante exprimé nos inquiétudes à propos de cette vente » et « nous continuerons de le faire », a en tout état de cause déclaré la secrétaire d’Etat adjointe pour l’Europe, Victoria Nuland.

Rappelons à cet égard que si un contrat de 1,2 milliard d’euros, signé en 2011, prévoit la livraison par la France à la Russie de deux navires de guerre de type Mistral, son exécution est remise en cause par l’annexion de facto de la Crimée par la Russie et les sanctions adoptées en représailles par les Occidentaux.

Selon les termes de l’accord, les chantiers navals français de Saint-Nazaire devraient livrer la le premier bâtiment, le Vladivostok, en octobre prochain. Le second navire, le Sébastopol, destiné à la Flotte russe de la mer Noire, a une date de livraison prévue fixée à fin 2015.

– La décision concernant une possible annulation repoussée jusqu’à présent en octobre –

Fin mars, Laurent Fabius avait déclaré que Paris pourrait annuler le contrat en l’absence de changement politique de Moscou vis à vis de Kiev. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait par la suite reporté la décision du gouvernement français au mois d’octobre, date de livraison prévue du premier bâtiment.

En retour, Moscou avait averti Paris qu’elle ferait « valoir ses droits jusqu’au bout en cas de rupture des accords passés », et exigerait notamment « la compensation de tous les préjudices qu’elle pourrait subir ».

– Une rupture douloureuse voire dangereuse pour l’industrie française –

Le vice-ministre russe de la Défense, Iouri Borissov, avait alors rappelé que des pénalités étaient prévues en cas de rupture du contrat, sans toutefois en citer le montant. Il avait également estimé que la rupture du contrat porterait atteinte à la réputation de la France « face à la communauté internationale ».

« Alors que la France devenue une puissance moyenne peine de plus en plus à exporter ses armements pourtant très performants pour des raisons géostratégiques, que vont penser les pays clients de l’industrie d’armement français en voyant la France rompre son engagement avec la Russie ? » avait-il indiqué.

Il est vrai qu’une décision de cet ordre éliminerait tout espoir de nouvelle signature de contrat entre Paris et Moscou, bloquant de facto l’accès à son immense programme de réarmement naval (civil et militaire), estimé à plus de 50 milliards de dollars. Une aubaine en quelque sorte pour les concurrents de l’industrie française

Rappelons également que le contrat portant sur la vente de deux BPC (Bâtiment de projection et de commandement) à la marine russe revêt un enjeu crucial tant DCNS que pour STX France, à Saint-Nazaire … basé dans la circonscription de l’ancien Premier ministre, Jean-Marc Ayrault.

Les « mésaventures » russes pourraient quant à elles refroidir quelques acquéreurs potentiels alors que Dassault tente désespérément d’obtenir une référence pour son Rafale à l’international et que les négociations en vue de la vente de 126 appareils à l’Inde sont actuellement en cours. Le tout pour un montant de 12 milliards d’euros. Pourraient également se retrouver sur la sellette plusieurs contrats en voie d’aboutir avec le Liban via un financement de l’Arabie Saoudite pour 3 milliards de dollars, tandis que les Emirats arabes unis envisagent d’acquérir deux satellites espions …

– Les Etats-Unis récalcitrant sur le dossier depuis 2010 –

En mars 2010, déjà, alors que la France venait d’annoncer qu’elle pourrait vendre à la Russie des porte-hélicoptères de classe Mistral, le secrétaire d’Etat adjoint américain James Steinberg avait déclaré aux journalistes que cette décision devait faire l’objet d’une analyse détaillée. Nous avions alors précisé qu’en cas d’issue favorable des négociations, il s’agirait de la première vente de matériel de haute technicité à la Russie par un pays membre de l’OTAN.

Si les media français semblaient alors nous laisser entendre que les meilleurs relations du monde prévalaient entre Obama et Sarkozy, James Steinberg avait tout de même suggéré « de discuter avec ses collègues français des moyens de renforcer la stabilité sur le territoire de l’ex-URSS ».

Des propos tenus alors qu’au cours d’une visite en France du président russe, Dmitri Medvedev, le 1er mars 2010, Nicolas Sarkozy, avait indiqué que les deux pays avaient entamé des « négociations exclusives » pour l’achat par Moscou de quatre Mistral. Le Président français ajoutant alors que le type de Mistral concerné était réalisé « pour les Russes sans équipement militaire ».

Une « initiative » française qui ne semblait pas trop avoir l’heur de plaire de l’autre côté de l’Atlantique … le secrétaire d’Etat adjoint américain soulignant ainsi que si certes, chaque pays était en droit de prendre seul des décisions de ce genre, il était important pour les Etats-Unis d’être sûr qu’elles étaient mûrement réfléchies. Une critique très peu voilée envers l’Hexagone …

Mieux encore, James Steinberg avait alors déclaré qu’il était « important que toutes les conséquences possibles aient été pesées ». Des remarques légèrement teintées de remontrances … Car, selon Washington, les Etats-Unis et l’OTAN devaient être impliqués dans les discussions sur ce contrat.

Si le 1er mars 2010, lors d’une rencontre avec Dmitri Medvedev à Paris, Nicolas Sarkozy avait déclaré que les porte-hélicoptères seraient livrés sans équipements militaires, le 25 mars suivant, le chef d’Etat-major général russe, Nikolaï Makarov, avait exigé toutefois que « tout le reste » – à savoir les équipements de commandement, de navigation et les armements – soit « complètement fait selon leurs normes » occidentales.

Les pays Baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) et la Géorgie avaient fait part quant à eux de leur préoccupation au sujet de l’achat éventuel par Moscou d’un bâtiment de type Mistral. Contestant le bien-fondé de cette vente du point de vue de la sécurité en Europe, ils avaient également proposé d’étudier le dossier lors d’un sommet de l’OTAN.

Sources : AFP, Ria Novosti, La Tribune

Elisabeth Studer – www.leblogfinance.com – 08 mai 2014

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