L’action 2CRSi a perdu près de 50 % le 2 novembre, à environ 11 euros, après la publication de résultats annuels inférieurs aux objectifs et l’annonce par son commissaire aux comptes, EY, qu’il ne serait pas en mesure de certifier les comptes de l’exercice clos le 30 juin 2026. Le titre, qui n’avait pas pu coter en début de séance face à l’afflux d’ordres de vente, avait déjà reculé de 18,2 % le vendredi précédent. Le fabricant strasbourgeois de serveurs informatiques à haute performance a ainsi vu sa valeur boursière divisée par deux en deux séances.
Une séquence ouverte par un vendeur à découvert
| Date | Événement | Effet sur l’action |
|---|---|---|
| 18 juin 2026 | Rapport du vendeur à découvert américain Grizzly Research accusant le groupe d’avoir présenté une croissance trompeuse via des parties liées non divulguées ; la société conteste et demande la suspension de sa cotation | -43,05 %, à 25,40 euros |
| 23 juillet 2026 | Publication d’un chiffre d’affaires annuel de 416,2 millions d’euros | – |
| 29 octobre 2026 | Publication des conclusions de l’expert indépendant mandaté par la société | -18,2 % le 30 octobre |
| 30 octobre 2026 | Publication des résultats annuels et annonce de l’impossibilité de certifier par EY | – |
| 2 novembre 2026 | Première séance après les résultats | Près de -50 %, à environ 11 euros |
Des résultats en forte hausse mais sous les objectifs
Le groupe affiche une croissance soutenue, portée selon lui par sa gamme de serveurs Godì 1.8 et par la demande d’infrastructures dédiées à l’intelligence artificielle et au calcul à haute performance.
| En millions d’euros | 2024-2025 | 2025-2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 220,7 | 386,5 | +75 % |
| EBITDA | 5,6 | 34,2 | x 6,1 |
| Marge d’EBITDA | 2,5 % | 8,8 % | +6,3 points |
| Dotations aux amortissements et provisions | 4 | 15 | – |
| Résultat net part du groupe | 2,1 | 17,0 | x 8 |
| Trésorerie nette | – | 6 | – |
Le résultat net a bénéficié d’un taux d’imposition proche de 10 %, et celui de l’exercice précédent intégrait un résultat exceptionnel de 1,4 million d’euros. Le chiffre d’affaires reste inférieur à l’objectif de plus de 400 millions d’euros fixé en mars et aux 416,2 millions publiés en juillet, et l’EBITDA ressort 1,8 million d’euros sous la cible annoncée. La société explique l’écart par un avis juridique portant sur certaines opérations de sa filiale américaine, qui l’a conduite à annuler 32,5 millions d’euros de chiffre d’affaires, soit 37,9 millions de dollars, ainsi que les charges correspondantes, sans incidence sur la trésorerie.
Trois motifs d’impossibilité de certifier
EY, commissaire aux comptes du groupe depuis cet exercice, prévoit d’émettre une impossibilité de certifier les comptes annuels et consolidés, une opinion qui signifie que l’auditeur ne dispose pas d’éléments suffisants pour se prononcer. Il invoque trois motifs : des insuffisances du contrôle interne concernant des opérations de revente de matériel informatique enregistrées en chiffre d’affaires, les achats correspondants et les flux d’encaissement et de décaissement associés ; l’insuffisance d’éléments justifiant 15,3 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés avec des parties liées ; et des incertitudes liées à des procédures en cours aux États-Unis, dans lesquelles la filiale américaine a été sollicitée à plusieurs reprises par les autorités au cours des deux derniers exercices.
Une expertise indépendante aux conclusions contrastées
Le cabinet indépendant mandaté par la société a examiné 22 allégations de Grizzly Research. Sur la reconnaissance des revenus, il juge non fondée l’affirmation selon laquelle 2CRSi aurait fabriqué la quasi-totalité de son chiffre d’affaires par l’intermédiaire de parties liées non déclarées. Après examen de 78 % du chiffre d’affaires consolidé des trois derniers exercices, il a confirmé la réalité des encaissements et la conformité des transactions pour environ 425 millions d’euros. Il n’a pas identifié d’élément démontrant des violations délibérées de la réglementation américaine sur les exportations.
L’expert n’a en revanche pas pu conclure sur les opérations dans lesquelles des clients ont directement réglé des fournisseurs du groupe. Il fait état d’insuffisances majeures du contrôle interne, notamment d’un manque de pièces justificatives permettant de retracer certaines opérations de bout en bout, de circuits de financement atypiques et d’une visibilité partielle sur la destination finale des équipements. Selon Portzamparc, qui relève par ailleurs des résultats conformes à ses attentes, le rapport met aussi en évidence une proximité entre 2CRSi et son client NYGC, dont des obligations avaient été souscrites par une structure contrôlée par le dirigeant. Le PDG, Alain Wilmouth, a reconnu que certaines communications passées étaient imprécises et que la documentation n’était pas au niveau attendu, et annoncé un renforcement des procédures de contrôle interne.
L’objectif du milliard maintenu
La direction maintient son objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires pour l’exercice 2026-2027, accompagné d’une amélioration des marges. Elle compte sur le projet Æther Infrastructures, sur le développement des services, plus rentables, et sur la gamme Godì équipée des processeurs graphiques NVIDIA B200 et B300, puis de la future génération Rubin. Cet objectif n’intègre aucun revenu au titre du contrat-cadre de 610 millions de dollars annoncé précédemment. Le groupe fait état de fortes tensions sur l’approvisionnement de certains composants, notamment les mémoires DRAM et NAND, et entend diversifier sa clientèle pour réduire sa dépendance aux grands comptes.
