La Commission de régulation de l’énergie (CRE) a annoncé, le 10 septembre 2026, une hausse de 6,3 % du prix repère de vente du gaz (PRVG) pour le mois d’octobre. Cet indicateur, qui sert de référence pour environ 10,31 millions de foyers français disposant d’un contrat de gaz naturel au 31 mars 2026, s’établit désormais à 182,88 €/MWh toutes taxes comprises, contre 172,05 €/MWh en septembre. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis la création de cet indicateur en janvier 2013.
Le mécanisme du prix repère de vente du gaz
Depuis la suppression des tarifs réglementés du gaz au 1er juillet 2023, la CRE publie chaque mois un prix repère destiné à orienter les consommateurs dans un marché entièrement libéralisé. Cet indicateur ne constitue pas une offre commerciale, mais une référence permettant de comparer les propositions des fournisseurs. Il se compose de trois éléments : la fourniture, qui recouvre les coûts d’approvisionnement en gaz et les frais commerciaux des opérateurs ; l’acheminement, correspondant aux tarifs de réseau et aux coûts de stockage ; et les taxes, regroupant la contribution tarifaire d’acheminement, l’accise sur le gaz naturel et la TVA. Seule la composante fourniture évolue mensuellement, les deux autres restant stables à court terme.
Cette composante fourniture repose sur une formule mathématique pondérée à 80 % par l’indice MA2, qui reflète les cotations du mois suivant, et à 20 % par l’indice QA, correspondant aux cotations du trimestre suivant. Ces deux indices sont calculés à partir des transactions enregistrées sur la plateforme européenne EEX. Le PRVG se trouve ainsi directement exposé aux variations du marché de gros européen, avec un effet de transmission rapide vers la facture des ménages.
Un impact différencié selon le type de contrat
Environ 6 millions de foyers français, soit près de 60 % des abonnés résidentiels au gaz, ont souscrit une offre indexée sur le prix repère. Pour ces ménages, la hausse d’octobre se traduira par une majoration moyenne de 5,28 € sur la facture mensuelle, le prix du kilowattheure pour le chauffage passant de 0,13441 € à 0,14489 €, selon les données publiées par la CRE. Cette progression de 7,8 % sur un mois pour la composante chauffage s’ajoute à une hausse de 7,3 % déjà enregistrée entre août et septembre.
Les 40 % de consommateurs résidentiels ayant opté pour une offre à prix fixe fin 2025 ne sont pas concernés par cette révision. Leur tarif reste bloqué pour la durée contractuelle, généralement comprise entre un et trois ans, moyennant une prime de risque intégrée au prix initial du contrat.
Une flambée liée aux tensions au Moyen-Orient
L’origine de cette hausse se trouve sur les marchés de gros européens. L’indice TTF néerlandais, référence pour le gaz sur le continent, s’établissait à 31,47 €/MWh le 27 février 2026. Il a atteint 81,91 €/MWh pour les contrats d’octobre, soit une multiplication par 2,6 en l’espace de sept mois. Cette envolée fait suite au déclenchement des hostilités entre les États-Unis et l’Iran fin février 2026, qui a entraîné un blocage partiel du détroit d’Ormuz, voie de passage stratégique pour les exportations de gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar, premier exportateur mondial de GNL.
Nicolas Goldberg, expert énergie chez Colombus Consulting et à Terra Nova, a indiqué que cette hausse résultait presque exclusivement du conflit et du blocage des routes d’acheminement du gaz. La perturbation des flux de GNL a contraint les acheteurs européens à se tourner vers des sources d’approvisionnement plus coûteuses, générant une volatilité accrue sur le marché spot à chaque annonce géopolitique.
Une facture annuelle en hausse de 10 % anticipée par la CRE
Au-delà de la seule échéance d’octobre, la CRE a formulé une projection pour l’ensemble de l’année. Si les conditions de marché demeurent globalement stables jusqu’à la fin décembre 2026, la facture annuelle moyenne des ménages pourrait dépasser de 10 % environ celle de 2025, soit une différence approximative de 120 € TTC sur l’année. Cet écart s’explique en partie par un niveau de prix particulièrement bas enregistré au début de l’année 2026, avant le déclenchement des tensions au Moyen-Orient.
Pour un foyer chauffé au gaz consommant environ 11 200 kWh par an, la facture annuelle de référence calculée sur la base du barème d’octobre atteindrait environ 2 112 €, contre 2 253 € un mois plus tôt selon les estimations sectorielles, les écarts de méthode de calcul entre organismes pouvant produire de légères variations d’un fournisseur à l’autre. Le montant de l’abonnement, fixe, reste inchangé à 360,79 € par an pour un profil chauffage et à 152,46 € pour un profil cuisson et eau chaude.
Si le TTF néerlandais constitue la référence continentale, le marché français dispose de son propre point d’observation, le PEG (Point d’Échange de Gaz), dont les cotations restent étroitement corrélées à celles du TTF grâce aux interconnexions du réseau européen. Pour les entreprises consommatrices de gaz en France, le PEG demeure l’indicateur privilégié pour évaluer les conditions d’approvisionnement nationales et servir de base à la négociation des contrats de fourniture.
