Accueil›Actualités›Aides sociales : Londres ne parvient pas à freiner la dépense
Publicité
Actualités

Aides sociales : Londres ne parvient pas à freiner la dépense

Par La rédaction · 7 min de lecture
Le premier budget présenté par le chancelier de l’Échiquier John Healey, le 28 octobre, ne comportait aucune mesure destinée à contenir la hausse des dépenses sociales britanniques. Selon l’Office for Budget Responsibility (OBR), l’organisme public chargé des prévisions budgétaires, la facture des prestations sociales doit pourtant progresser de près de 100 milliards de livres d’ici à 2031-2032, pour atteindre 431,3 milliards de livres, contre 333,8 milliards en 2025-2026. Interrogé le lendemain par la BBC, John Healey a assuré qu’il y aurait « une réduction » de cette dépense, obtenue selon lui sans « coupes brutales ». Le Trésor a ensuite précisé qu’aucun calendrier n’était fixé, et Downing Street a indiqué ne pas vouloir se donner d’objectif arbitraire. Le Premier ministre, Andy Burnham, affirme que le gouvernement travaille « d’arrache-pied » sur le sujet. Les mesures détaillées sont attendues en décembre, après la publication de deux rapports, dont celui d’Alan Milburn.
Près de 100 milliards de livres de dépenses sociales en plus d’ici à 2032
Dépenses de prestations sociales au Royaume-Uni, en milliards de livres
2025-2026 2031-2032 (prévision)
Total des prestations sociales
333,8
431,3
Retraites et prestations des retraités
161,4
209,8
Universal credit
92,8
110,7
Prestations liées à la santé et au handicap
85,6
120,2
Source : Office for Budget Responsibility, prévisions d’octobre 2026, en livres courantes. Les catégories se recoupent en partie (une fraction de l’universal credit est liée à la santé) et ne s’additionnent pas.

Une dépense structurellement orientée à la hausse

Rapportées au produit intérieur brut, les dépenses sociales britanniques ont plus que doublé depuis l’après-guerre. Elles ont culminé à 12,3 % du PIB en 2012-2013, dans le sillage de la crise financière, et atteignent 11,1 % en 2026-2027, un niveau que l’OBR juge élevé au regard de l’historique. L’organisme prévoit une nouvelle progression dans les années à venir, sous l’effet du vieillissement de la population et de l’augmentation du nombre de bénéficiaires de prestations liées à la santé. Ces dernières devraient dépasser 100 milliards de livres dès 2028-2029. Le poids des transferts se lit aussi dans la répartition de la population. D’après l’Office for National Statistics, plus de la moitié des Britanniques vivent désormais dans un ménage qui reçoit davantage en prestations et en services publics qu’il ne paie d’impôts, contre environ 37 % à la fin des années 1970. La proportion dépasse 45 % parmi les personnes qui ne sont pas à la retraite. La retraite publique constitue le premier poste. Depuis 2011, elle est revalorisée selon le mécanisme du « triple lock », qui retient chaque année le plus élevé de trois indicateurs : l’inflation, la hausse moyenne des salaires ou 2,5 %. Les dépenses consacrées aux retraités doivent passer de 161,4 à 209,8 milliards de livres d’ici à 2031-2032, soit près de la moitié de la hausse totale prévue. Dans le même temps, les seuils de l’impôt sur le revenu restent gelés, ce qui accroît la pression fiscale sur les actifs.

Les allocations handicap, moteur de la hausse depuis la pandémie

Depuis la crise sanitaire, l’essentiel de la progression provient des prestations liées au handicap. Le personal independence payment (PIP), une aide non soumise à conditions de ressources destinée à couvrir les surcoûts du quotidien liés à un handicap, que le bénéficiaire travaille ou non, comptait 4,1 millions d’allocataires en Angleterre et au pays de Galles en juillet 2026, selon le ministère du Travail et des Retraites (DWP). C’est près de 50 % de plus qu’il y a cinq ans. L’Écosse, qui a remplacé ce dispositif par sa propre allocation, n’est pas incluse. Environ un adulte en âge de travailler sur dix perçoit désormais une prestation d’invalidité ou d’incapacité. Les troubles psychiatriques représentent 39 % des dossiers, loin devant les maladies musculosquelettiques. Les hausses les plus fortes concernent les troubles de santé mentale et du neurodéveloppement.
Les demandes liées au TDAH ont presque triplé en cinq ans
Évolution du nombre de bénéficiaires du PIP par affection, juillet 2021 à juillet 2026, en %
TDAH : +190 %
Troubles anxieux : +131 %
Troubles du spectre autistique : +117 %
Réactions au stress : +103 %
Maladies musculosquelettiques (générales) : +40 %
Source : ministère britannique du Travail et des Retraites (DWP), données compilées par le Financial Times. Angleterre et pays de Galles.
Ces affections sont complexes à évaluer, et le versement d’une aide financière n’agit pas nécessairement sur leurs causes. Dans une étude publiée à la mi-octobre, la Resolution Foundation, un centre de réflexion classé au centre gauche, estime qu’environ un allocataire du PIP en âge de travailler sur six, soit quelque 670 000 personnes, ne déclare aucun surcoût lié à son handicap. Elle chiffre à environ 4,4 milliards de livres par an les économies possibles d’un meilleur ciblage, tout en jugeant que l’exclusion des personnes souffrant d’anxiété, de TDAH ou d’autisme ne dégagerait pas d’économies importantes. Le flux reste soutenu. Le DWP a enregistré 240 000 nouvelles demandes de PIP au trimestre achevé en juillet 2026, même si le taux d’acceptation est revenu à 34 %, contre 41 % un an plus tôt. Les bénéficiaires restent en outre plus longtemps dans le dispositif, en partie en raison de difficultés administratives à réexaminer les dossiers, selon la Resolution Foundation.

Un périmètre d’aides qui s’élargit

L’élargissement ne se limite pas aux prestations en espèces. Depuis le 30 septembre, la carte de réduction ferroviaire réservée aux personnes handicapées, qui donne droit à un tiers de réduction sur les billets de train, est ouverte aux personnes neuroatypiques, sur présentation d’une attestation d’un professionnel de santé. D’autres dispositifs reposent sur des critères très précis, comme l’aide versée en cas de grand froid, déclenchée lorsque la température moyenne d’une zone est relevée ou prévue à zéro degré ou moins pendant sept jours consécutifs. Les leviers structurels susceptibles de freiner la demande, comme l’amélioration de l’accès aux soins, la reconversion professionnelle ou la construction de logements, produisent leurs effets à long terme. Selon le Centre for Social Justice, un centre de réflexion classé à droite, les dépenses sociales ont dépassé de 1 100 milliards de livres, en valeur de 2026, les dépenses d’investissement public entre 2006 et 2025. Dans le logement, la plus grande partie de l’aide publique finance désormais des allocations plutôt que la construction, d’après le Chartered Institute of Housing. L’OBR souligne enfin l’incertitude qui entoure ses projections. Si le nombre de bénéficiaires de prestations liées à la santé continuait de progresser au rythme observé depuis la pandémie, la facture de 2031-2032 serait supérieure d’environ 25 milliards de livres aux prévisions. Un retour aux tendances d’avant la crise sanitaire la réduirait d’environ 13 milliards.

La France, l’un des pays d’Europe où la dépense sociale est la plus élevée

Le débat britannique fait écho à celui qui entoure les comptes sociaux en France. Selon la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), les prestations de protection sociale y ont atteint 932,5 milliards d’euros en 2024, soit 31,9 % du PIB, contre 27,3 % en moyenne dans l’Union européenne. Les périmètres diffèrent toutefois : la mesure française inclut notamment les dépenses de santé, ce qui interdit une comparaison directe avec les chiffres de l’OBR. Les deux pays partagent néanmoins le même ressort principal : en France, les prestations vieillesse et survie représentent 46 % du total, et 80 % avec la santé. Comme outre-Manche, le vieillissement de la population et la revalorisation des pensions pèsent durablement sur la trajectoire des finances publiques.

Infolettre

L’essentiel, chaque matin

Un e-mail par jour : l’article à la une et les publications récentes. Désinscription en un clic.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *