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Carte bancaire expirée : pourquoi il ne faut plus la découper

Par La rédaction · 5 min de lecture

Le réflexe consistant à sectionner une carte bancaire arrivée à échéance se heurte à l’évolution technique du support. Les modèles dotés d’un cryptogramme visuel dynamique intègrent une pile au lithium ultrafine alimentant un écran, ce qui les fait relever de la catégorie des déchets d’équipements électriques et électroniques. Les établissements émetteurs ont adapté leur documentation en conséquence.

Une consigne inscrite dans la documentation bancaire

BNP Paribas indique que l’écran d’affichage du cryptogramme dynamique est alimenté par une pile au lithium ultrafine et demande de ne pas détruire ni jeter la carte, en s’engageant à la faire dépolluer et recycler selon les normes en vigueur. L’établissement prévoit un renvoi gratuit par courrier, dans une enveloppe non affranchie adressée à la société chargée du recyclage, sans y joindre aucun autre élément. Hello bank! formule la même consigne et propose le retour dans une enveloppe prétimbrée jointe à l’avis de renouvellement, ou la remise à un conseiller en agence. Société Générale précise que la carte pourvue de cette option contient une batterie au lithium, la classe parmi les DEEE et présente le recyclage comme obligatoire, une enveloppe T accompagnant l’envoi de la carte de remplacement.

Le dispositif remplace le cryptogramme fixe imprimé au dos par un code régénéré à intervalle régulier, affiché sur un écran à encre électronique. Le module Motion Code d’Oberthur Technologies, devenu Idemia, a été déclaré conforme aux directives européennes 2011/65/UE et 2004/108/CE. L’option est facturée en supplément de la cotisation, un peu plus de dix euros par an selon Que Choisir, qui relève que l’apport de sécurité s’est réduit depuis la généralisation de l’authentification forte, les numéros de carte ne suffisant plus à valider un débit.

Un gisement de matières dispersé par la découpe

Au-delà des cartes à écran, l’ensemble du parc relève de la même logique de fin de vie. Toute carte sans contact embarque une antenne en cuivre et une puce contenant de l’or, de l’argent, du palladium et du nickel. Selon l’association professionnelle Adimas, plus de 100 millions de cartes étaient émises et en cours de validité en France en 2022, soit environ 1,4 par habitant, et la collecte de cartes entières conditionne la performance du tri des matériaux, la fragmentation compliquant la séparation industrielle du plastique et des métaux.

Le volume de déchets généré par le parc français est évalué à 400 tonnes de plastique par an, chiffre issu d’une étude Novethic de 2018 repris par plusieurs réseaux bancaires. Les filières mises en place restent partielles. Le Crédit Agricole faisait état de plus de 27 millions de cartes collectées et de 141 tonnes traitées depuis le lancement de son dispositif. La Caisse d’Épargne, associée à l’entreprise d’insertion Elise, revendique la valorisation de 98 % des composants par un procédé mécanique sans produit chimique. Les centres concernés sont agréés pour les DEEE de catégorie 6, correspondant aux petits équipements.

La propriété de la carte reste celle de l’établissement émetteur, ce qui fonde la demande de restitution et la responsabilité du traitement en fin de vie.

Une découpe qui ne neutralise pas les données

La fragmentation ne supprime pas l’exploitabilité des informations. Le numéro à seize chiffres et la date d’expiration demeurent souvent lisibles sur les morceaux, et ces éléments suffisent pour certaines opérations de paiement à distance. Les données du support physique conservent donc une valeur pour la fraude après découpe.

Ce point recoupe l’évolution documentée par l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement. Dans ses statistiques publiées le 27 janvier 2026 et portant sur le premier semestre 2025, les flux scripturaux atteignent 18 087 milliards d’euros, en hausse de 5 %, tandis que la fraude progresse de 7 %, à 618 millions d’euros. La fraude à la carte recule pour sa part de 9,8 %, à 211 millions d’euros, avec un taux ramené à 0,048 % contre 0,053 % un an plus tôt, niveau que l’Observatoire attribue au plan d’action engagé en juin 2024 sur les paiements à distance hors protocole 3-D Secure. Le même document signale la progression de la fraude par manipulation, qui affecte particulièrement les paiements à distance par carte et les virements.

Un scénario recensé exploite précisément la confiance placée dans la découpe. Un interlocuteur se présentant comme conseiller bancaire demande à sa victime de sectionner sa carte, avant l’intervention annoncée d’un coursier chargé de récupérer les fragments au domicile. La Fédération bancaire française a appelé en janvier les plateformes internet et les réseaux sociaux à se mobiliser sur ce volet d’ingénierie sociale.

En cas d’opération non autorisée, l’article L.133-18 du code monétaire et financier impose à l’établissement le remboursement immédiat des sommes contestées, sauf négligence grave du titulaire. Le délai de contestation est de treize mois à compter de la date de débit, ramené à soixante-dix jours lorsque le détournement a eu lieu hors de l’Espace économique européen. Le signalement des usages frauduleux de numéros de carte s’effectue par ailleurs sur la plateforme Perceval du ministère de l’Intérieur.

Les circuits de restitution

Trois voies sont proposées par les réseaux : la remise en agence, l’envoi dans l’enveloppe de retour jointe à la carte de remplacement, et, à défaut, le dépôt dans un point de collecte de petits appareils électriques et électroniques en magasin. La désactivation du support intervient à l’échéance, indépendamment de son état physique, l’opposition et le renouvellement relevant du contrat porteur.

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