De l’éolien au solaire : comment le net zéro transforme l’économie britannique

L’économie net zéro du Royaume-Uni sous-tend désormais les emplois de 1,1 million de travailleurs britanniques, qui génèrent ensemble 105 milliards de livres sterling en valeur ajoutée brute (VAB) pour l’économie nationale. C’est ce que révèle un rapport publié début juin 2026, commandé par l’Energy and Climate Intelligence Unit (ECIU) et dont l’analyse a été conduite par CBI Economics et The Data City. Il s’agit du quatrième rapport annuel de cette série consacré à l’étendue et à la nature de l’économie net zéro au Royaume-Uni.

Ces chiffres représentent près de 4 % de la production économique nationale du pays. Pour situer l’ampleur du phénomène, les 23 500 entreprises actives de l’économie net zéro ont directement contribué à hauteur de 36,7 milliards de livres sterling à l’économie britannique, ce qui représente 1,3 % du VAB total du Royaume-Uni — un niveau supérieur à celui du secteur de la R&D scientifique et à celui de l’architecture et du génie civil.

Un multiplicateur économique significatif

Pour chaque livre sterling de valeur économique créée directement par les entreprises net zéro, 1,85 livre supplémentaire est générée dans l’ensemble de l’économie britannique via les chaînes d’approvisionnement et les dépenses des ménages. Ce ratio illustre la densité des interconnexions sectorielles de cette filière avec le reste du tissu productif national.

Chaque salarié du secteur net zéro génère 119 300 livres sterling par an pour l’économie au sens large, soit environ 1,5 fois la moyenne nationale — et ce, dans un contexte de stagnation persistante de la productivité au Royaume-Uni. Ce différentiel de productivité se traduit directement dans les rémunérations : les travailleurs de ce secteur perçoivent en moyenne 43 000 livres sterling par an, soit environ 11 % de plus que la moyenne nationale établie à 39 000 livres.

L’emploi direct dans les activités net zéro — telles que l’installation de panneaux solaires, l’isolation thermique des logements, la fabrication d’éoliennes et la production de véhicules électriques — s’établit à 308 000 postes. En intégrant les chaînes d’approvisionnement associées et les industries de soutien, ce chiffre monte à 1,1 million d’emplois.

Un pipeline d’investissement de 455 milliards de livres sterling

Le rapport identifie un pipeline d’infrastructures d’énergie renouvelable de 455 milliards de livres sterling (soit 612 milliards de dollars) représentant 262 GW de capacité, nécessitant une activité de construction soutenue à travers tout le territoire britannique. Les deux tiers de ces projets se trouvent déjà en phase active ou en construction, ce qui en fait un indicateur tangible de la dynamique à court et moyen terme du secteur.

Ce pipeline comprend des projets d’éolien offshore, de solaire, d’hydrogène et de stockage d’énergie, des segments dont la croissance est directement alimentée par les objectifs gouvernementaux de décarbonation du réseau électrique d’ici 2030 et d’atteinte du net zéro d’ici 2050.

L’économie net zéro est l’un des secteurs industriels les plus productifs et les plus géographiquement distribués du Royaume-Uni, selon la CBI. Louise Hellem, économiste en chef de la confédération, a déclaré : « Ce qui est remarquable, ce n’est pas seulement l’échelle, mais l’étendue. L’activité liée au net zéro est intégrée dans l’énergie, la fabrication, la construction, l’ingénierie et les services professionnels, avec une présence dans chaque nation et chaque région du Royaume-Uni. »

Une géographie industrielle qui dépasse Londres

Selon le rapport, 96 % des 22 700 entreprises net zéro sont des PME, ce qui constitue un marqueur structurel important sur la nature diffuse et profondément enracinée de cette filière. Le rapport, officiellement lancé à Hull, a identifié six « hotspots économiques » dépassant le milliard de livres sterling, répartis sur l’ensemble du territoire britannique, notamment dans la ceinture centrale écossaise, le West and North Yorkshire et le North Wales and Cheshire.

Si les contributions absolues les plus importantes sont concentrées dans les grands centres économiques tels que Londres et le Sud-Est, l’importance relative du net zéro est la plus élevée dans les régions industrielles et à forte activité énergétique, notamment l’Écosse, le Yorkshire and the Humber, le Pays de Galles et les East Midlands.

La région du Yorkshire and the Humber, qui s’étend de l’East Yorkshire au nord du Lincolnshire, soutient plus de 79 000 emplois net zéro, le secteur vert générant 4,4 % du VAB local total. En Écosse, des hotspots spécifiques ont été identifiés, comme le Perth and Kinross, où plus d’un dixième de l’économie locale — soit 12 % — est lié au net zéro, en raison de la proximité de grands actifs de production d’énergie renouvelable, notamment des centrales hydroélectriques et des parcs éoliens terrestres à grande échelle.

L’énergie renouvelable, pilier central

L’énergie reste le socle de l’économie net zéro britannique et sa principale source d’activité d’investissement. La production d’énergie renouvelable est le sous-secteur le plus important, avec plus de 8 000 entreprises opérant à travers le pays. Le basculement vers une énergie produite localement et à faibles émissions de carbone est de plus en plus considéré comme crucial non seulement pour la décarbonation, mais aussi pour renforcer la sécurité énergétique et réduire l’exposition aux marchés volatils des combustibles fossiles.

Darren Davidson, vice-président de Siemens Energy pour le Royaume-Uni, a illustré cette dynamique industrielle : « La transition énergétique n’est pas seulement essentielle pour l’avenir du Royaume-Uni — elle crée déjà des emplois qualifiés, attire des investissements et revitalise des communautés dans tout le pays. »

Une trajectoire de croissance soutenue

Ce rapport est le quatrième d’une série produite par l’ECIU et CBI Economics examinant les effets économiques de la transition net zéro. Les études précédentes avaient conclu que l’économie net zéro britannique avait progressé à une vitesse environ trois fois supérieure à celle de l’économie britannique dans son ensemble. La nouvelle édition a eu recours à une nouvelle méthodologie, rendant les comparaisons d’une année sur l’autre difficiles, bien que les auteurs estiment que la direction de la progression reste claire, le secteur connaissant une croissance rapide.

Louise Hellem a souligné que, si le paysage politique national et international a connu des évolutions significatives depuis la dernière édition de ce rapport, le récit économique, lui, est demeuré constant — et se renforce désormais. Elle a précisé que la capacité à convertir les pipelines d’investissement en projets réalisés, à développer les compétences nécessaires et à créer un environnement stable pour l’investissement des entreprises sera déterminante pour évaluer la valeur que le Royaume-Uni sera en mesure de capturer.

La transition vers le net zéro remodèle la structure de l’économie britannique. Ce qui avait commencé comme un défi de décarbonation a évolué en une transformation économique d’envergure systémique, influençant la façon dont l’énergie est produite, dont les industries fonctionnent et dont l’activité économique est localisée.

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