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ESMA alerte sur une correction brutale, cryptos à -28 % au premier semestre

Par La rédaction · 8 min de lecture

L’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) a publié le 10 septembre 2026 son second rapport de l’année sur les tendances, risques et vulnérabilités des marchés de l’Union européenne. Le régulateur maintient au niveau le plus élevé de son échelle les risques de marché, de contagion et opérationnels. Il décrit un écart grandissant entre des valorisations boursières soutenues et une conjoncture dégradée par la guerre au Moyen-Orient. Les cryptoactifs, eux, prolongent leur repli entamé à l’automne 2025.

Des valorisations boursières décorrélées de la conjoncture

Le rapport de l’ESMA couvre le premier semestre 2026. Les indices actions ont chuté après le déclenchement du conflit fin février, puis sont revenus à leur niveau d’avant-guerre, voire au-dessus. Sur le semestre, les actions européennes progressent de 12 %. Par pays, la hausse atteint 2 % en Allemagne, 6 % en France, 15 % en Espagne et 18 % en Italie. Selon l’ESMA, la bonne tenue des valeurs technologiques et liées à l’intelligence artificielle entretient l’optimisme des investisseurs, alors que l’inflation persiste et que la croissance faiblit.

Le régulateur estime que ce décalage accroît le risque de corrections soudaines, si les risques économiques se matérialisent ou si le sentiment des investisseurs se retourne. Dans le communiqué accompagnant le rapport, sa présidente, Verena Ross, invite les investisseurs particuliers et institutionnels à rester vigilants et à se préparer à des corrections marquées. Le risque de crédit est classé à un niveau élevé, et le risque environnemental à un niveau moyen. L’ESMA rappelle que la Commission européenne a abaissé sa prévision de croissance de l’Union à 1,1 % pour 2026 et relevé sa prévision d’inflation à 3,1 %. Elle souligne aussi que le secteur technologique représente un tiers de la capitalisation du S&P 500, contre 18 % de celle de l’Euro Stoxx 50.

Cryptoactifs : près de 2 000 milliards d’euros effacés depuis octobre 2025

La valeur totale du marché des cryptoactifs a reculé d’environ 25 % au premier trimestre, à près de 2 200 milliards d’euros fin mars. Ce niveau se situait 44 % sous le sommet d’octobre 2025. Après un rebond à 2 400 milliards à la mi-mai, le marché est retombé à 1 900 milliards fin juin, soit un repli de 28 % depuis le début de l’année. À titre d’illustration arithmétique, une baisse de 28 % aboutissant à 1 900 milliards implique une valeur d’environ 2 640 milliards au 1er janvier, soit quelque 740 milliards d’euros perdus en six mois.

Le bitcoin cède 35 % sur le semestre, contre 52 % pour l’ether, 49 % pour le XRP et 61 % pour le solana. Dans l’Espace économique européen, la valeur des fonds et produits cotés liés aux cryptoactifs est passée d’environ 18 milliards d’euros fin 2025 à 12 milliards en juin 2026, soit un recul d’un tiers. L’encours des stablecoins s’est stabilisé autour de 275 milliards d’euros. Deux émetteurs, Tether et Circle, en concentrent 82 %, une concentration que l’ESMA qualifie de vulnérabilité structurelle. Les pertes liées aux piratages atteignent environ 1 milliard de dollars au premier semestre, contre 2,3 milliards un an plus tôt.

Pour le régulateur, la chute des prix a mécaniquement réduit le poids du secteur, mais cet effet pourrait n’être que temporaire. Les liens avec le système financier traditionnel continuent de se développer, par la participation institutionnelle, les produits d’investissement, les stablecoins et l’intégration d’infrastructures fondées sur la blockchain. Faute de garde-fous réglementaires effectifs, ces connexions pourraient transmettre un choc des marchés cryptographiques au reste du système financier, selon l’ESMA.

Obligations, crédit privé et fonds immobiliers sous surveillance

Les emprunts d’État n’ont pas joué leur rôle habituel de valeur refuge pendant les tensions de mars. En mars, le rendement du titre allemand à deux ans a gagné temporairement jusqu’à 70 points de base, contre 40 pour le dix ans. La corrélation médiane entre les rendements des actions et des obligations des pays de l’Union a atteint son plus haut niveau enregistré, ce que l’ESMA interprète comme un changement systémique. Le taux de défaut des émetteurs européens à haut rendement s’élève à 1,54 % au premier semestre, contre 1,0 % en moyenne depuis 2015. Le régulateur relève aussi que plus de 3 600 milliards d’euros d’obligations d’entreprises, soit environ 28 % de l’encours, arriveront à échéance en 2027 et 2028.

Sur le crédit privé, l’ESMA décrit des demandes de retrait croissantes dans des fonds américains semi-liquides, qui limitent généralement les sorties à 5 % des encours par trimestre. Les demandes ont dépassé ce plafond à la fin des premier et deuxième trimestres 2026. Le régulateur ne constate pas de phénomène comparable en Europe, où le crédit privé pèse moins de 100 milliards d’euros tout en progressant de 14 % par an depuis 2010. Selon lui, le risque pour l’Europe tient surtout aux expositions des investisseurs européens au marché américain.

Dans l’immobilier, six fonds allemands ont suspendu leurs rachats en 2026. Le 25 mars, UBS a gelé pour trois ans au maximum les sorties de son fonds Euroinvest Immobilien, dont l’actif net atteint 400 millions d’euros. Fin 2025, les fonds suspendus représentaient 5 milliards d’euros, soit 0,5 % du secteur. Les prix de l’immobilier commercial restent inférieurs de 12 % à leur niveau de 2022 dans la zone euro.

Particuliers : plateformes numériques, produits à effet de levier et marchés prédictifs

Les plateformes exclusivement numériques ont attiré en moyenne près de 400 000 nouveaux clients par mois au premier semestre 2026 dans l’Union. En juin, les achats bruts d’actions par les particuliers ont atteint 154 milliards d’euros, dont 44 % portaient sur des titres de sociétés domiciliées aux États-Unis. L’ESMA observe que la confiance des investisseurs particuliers a fortement reculé au premier semestre, alors que le ton des réseaux sociaux sur les valeurs du Stoxx 600 est resté positif. Le régulateur y voit un signe que ces contenus ne reflètent pas nécessairement les fondamentaux.

Entre 2022 et 2025, un peu plus de 10 millions de particuliers, soit 2,6 % de la population adulte de l’Union, ont acheté ou vendu des dérivés ou des produits structurés. Parmi les transactions sur produits complexes, les CFD en représentent 35 %, les turbos 18 % et les options 13 %. Les limites de levier sur les turbos proposés aux particuliers ne s’appliquent que dans un seul État membre, les Pays-Bas. Le nombre de transactions sur turbos progresse, tandis que celui des CFD, encadrés depuis 2018, ne suit pas cette tendance.

Le rapport consacre une analyse aux marchés prédictifs. Dans une déclaration publique du 3 juillet 2026, l’ESMA avait précisé le régime applicable à ces contrats événementiels. Lorsqu’ils constituent des instruments financiers, ce sont des dérivés, qui entrent dans le champ des mesures nationales interdisant la commercialisation, la distribution et la vente d’options binaires aux clients de détail. Ces mesures sont en vigueur et la déclaration n’en crée pas de nouvelles. Les contrats qui ne sont pas des instruments financiers peuvent relever du droit national des jeux d’argent ou, sous forme de jetons, du règlement MiCA sur les cryptoactifs.

Ce que le rapport implique pour la France

La place de Paris a moins profité du rebond que ses voisines du sud de l’Europe, avec une hausse de 6 % de son indice au premier semestre. Fin mars, au plus fort des tensions, le rendement de la dette française avait progressé de 9 points de base. Sur la même période, la hausse atteignait 20 points pour l’Espagne et 29 points pour l’Italie. Au premier trimestre 2026, les entreprises françaises ont levé 4,3 milliards d’euros en émissions d’actions, l’un des trois montants nationaux les plus élevés de l’Union.

Le mouvement vers les plateformes numériques décrit par l’ESMA se retrouve dans les données de l’Autorité des marchés financiers. Selon son tableau de bord des investisseurs particuliers actifs publié en mars 2026, 559 000 nouveaux investisseurs en actions ont été recensés en France en 2025. Ils étaient 340 000 en 2024 et 217 000 en 2023. Parmi eux, 61 % étaient clients de prestataires établis dans un autre pays européen. Au quatrième trimestre 2025, l’âge moyen des investisseurs en ETF était de 38 ans, contre environ 60 ans en 2018.

L’exposition aux actions américaines constitue le principal canal de transmission identifié par l’ESMA pour les épargnants européens. Les actions américaines représentent environ la moitié des encours des OPCVM actions de l’Union, et 45 % des actifs des fonds actions de l’Union. À titre d’illustration arithmétique, un portefeuille de 10 000 euros exposé à 45 % aux actions américaines y détient 4 500 euros. Une baisse de 20 % de ces seuls titres réduirait sa valeur de 900 euros, soit 9 %, toutes choses égales par ailleurs.

Pour l’immobilier collectif, le rapport rappelle qu’une partie des fonds ouverts fonctionne en pratique comme des fonds fermés en raison des règles nationales. Selon l’ESMA, c’est le cas de la majeure partie du marché en France et aux Pays-Bas, où des exigences supplémentaires s’appliquent selon le type d’investisseur.

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil en investissement. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

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