Une nouvelle génération de fonds indiciels cotés sectoriels se développe aux États-Unis : les ETF dits non plafonnés, qui donnent aux plus grandes capitalisations d’un secteur leur poids réel dans l’indice, au-delà des limites que la réglementation impose habituellement aux fonds. State Street, pionnier des ETF sectoriels, a lancé le 14 octobre quatre fonds de ce type, après Global X en juillet 2025 et VanEck en août 2025. Ces produits accroissent encore la concentration sur une poignée de valeurs, au premier rang desquelles Nvidia, Apple et Microsoft.
Des règles qui plafonnent les géants
Aux États-Unis, les règles fiscales et boursières applicables aux fonds imposent qu’aucune participation n’excède 25 % de l’actif, et que la somme des lignes représentant chacune plus de 5 % ne dépasse pas la moitié du portefeuille. Ces limites se heurtent à la taille atteinte par les plus grandes entreprises technologiques. Les cinq premières valeurs, Nvidia, Apple, Microsoft, Broadcom et Micron Technology, représentent 66 % de la capitalisation du secteur technologique du S&P 500, mais 50 % seulement de l’ETF Technology Select Sector SPDR de State Street, connu sous son code XLK, qui gère environ 115 à 126 milliards de dollars selon les sources.
Le plafonnement produit des effets mécaniques importants. Début 2024, Apple et Microsoft pesaient chacun environ 22 % de l’indice technologique de S&P Dow Jones, et Nvidia avait été artificiellement limité à environ 5 % pour respecter le plafond de 50 %. Lors du rééquilibrage de juin 2024, Nvidia, devenu plus valorisé qu’Apple, est passé à environ 21 % tandis qu’Apple tombait sous 5 %. S&P Dow Jones a depuis modifié sa méthode pour réduire les à-coups, sans supprimer le plafond.
Un fonds investi dans un autre fonds
Les nouveaux fonds contournent ces limites en plaçant une partie de leur actif dans un autre ETF, une détention qui n’est pas comptabilisée dans les plafonds de concentration, puis en complétant avec des achats directs des plus grandes valeurs.
| Fonds | Lancement | Méthode | Poids de Nvidia |
|---|---|---|---|
| State Street Technology Select Sector SPDR (XLK) | 1998 | Indice plafonné | 15,4 % |
| State Street S&P 500 Technology Market Sector SPDR (XLKM) | Octobre 2026 | Environ 66 % investis dans XLK, complétés par des actions en direct | Environ 20,9 % |
| VanEck Technology TruSector (TRUT) | Août 2025 | Gestion active, actions en direct jusqu’aux limites et environ 31 % via XLK | Environ 21 % |
| Global X PureCap MSCI Information Technology (GXPT) | Juillet 2025 | Approche propre à l’émetteur | Environ 20 % |
Pris isolément, XLKM ne détient que trois lignes directes supérieures à 5 % : Nvidia à 10,3 %, Apple à 9,8 % et Microsoft à 7,8 %. En tenant compte de sa participation dans XLK, son exposition totale à ces trois valeurs atteint environ 55 %. Le mécanisme est plus marqué encore dans d’autres secteurs : dans le fonds consommation discrétionnaire XLYM, Amazon doit représenter 43,2 % de l’exposition, contre 23,5 % dans le fonds plafonné XLY. Les fonds de State Street facturent 0,12 % par an, contre 0,08 % pour XLK.
Un marché encore marginal
Ces produits restent modestes en taille. Selon ETF.com, les fonds TruSector de VanEck, qui couvrent désormais les onze secteurs du S&P 500, totalisent environ 442 millions de dollars, dont 250 millions pour le seul fonds technologique, et les cinq fonds PureCap de Global X environ 399 millions. À titre de comparaison, la gamme d’ETF sectoriels traditionnels de State Street gérait 393,6 milliards de dollars fin août. Les flux vers l’ensemble des ETF technologiques ont atteint 42 milliards de dollars depuis le début de l’année, selon Morningstar.
Une performance qui amplifie les cycles
Ces fonds tendent à surperformer lorsque les plus grandes valeurs du secteur montent et à sous-performer dans le cas inverse. Avec les doutes croissants sur la rentabilité des investissements dans l’intelligence artificielle, Nvidia a reculé ces dernières semaines et certains fonds non plafonnés se situent désormais derrière leur équivalent traditionnel. Sur douze mois, XLK affiche une progression d’environ 25 %, contre de l’ordre de 15 à 18 % pour les fonds technologiques de VanEck et de Global X, selon les données de FactSet. VanEck souligne lui-même que ces fonds ne sont pas conçus pour constituer l’unique placement d’un investisseur. Le secteur de l’énergie a par ailleurs surperformé la technologie d’environ 25 points depuis le début de l’année, selon le Wall Street Journal.
Une structure impossible en Europe
Ce montage ne peut pas être reproduit dans le cadre européen des OPCVM, qui régit la grande majorité des ETF commercialisés auprès des particuliers en France, en Belgique et en Suisse. La règle dite 5/10/40 limite toute ligne à 10 % de l’actif et la somme des lignes supérieures à 5 % à 40 %, avec une dérogation pour les fonds indiciels qui autorise jusqu’à 20 % par émetteur, voire 35 % dans des circonstances exceptionnelles. Un OPCVM ne peut en outre investir plus de 20 % de son actif dans un même autre fonds, ce qui exclut un dispositif comparable à celui de XLKM. Les ETF sectoriels européens répliquent donc des indices plafonnés.
Les particuliers européens ne peuvent par ailleurs pas, en principe, acheter directement les ETF domiciliés aux États-Unis : le règlement européen PRIIPs impose la remise d’un document d’informations clés que les émetteurs américains ne produisent généralement pas. L’exposition des épargnants européens aux géants américains passe donc surtout par les ETF répliquant les indices mondiaux ou américains, dont la concentration sur les plus grandes capitalisations a elle-même fortement progressé ces dernières années.
