La dynamique des défaillances d’entreprises en France a atteint un niveau inédit en 2025, frôlant un seuil jamais observé jusqu’ici. D’après les données diffusées par le cabinet Altares, 69.957 procédures collectives ont été ouvertes sur l’ensemble de l’année, incluant les sauvegardes, les redressements judiciaires et les liquidations. Ce volume marque une progression annuelle de 3,1 % par rapport à 2024, confirmant la persistance de tensions structurelles au sein du tissu productif national.
Cette évolution s’inscrit dans une configuration économique caractérisée par des indicateurs contrastés. La stabilisation de l’inflation n’a pas suffi à compenser une activité économique peu dynamique, tandis que les contraintes budgétaires pesant sur les finances publiques ont limité les marges de manœuvre des pouvoirs publics. À cela s’ajoutent des facteurs exogènes, notamment les incertitudes liées à l’environnement international, qui ont contribué à renforcer la prudence des acteurs économiques. Les petites et moyennes entreprises, déjà exposées à l’augmentation durable des charges opérationnelles, ont été particulièrement affectées par la hausse cumulative des coûts énergétiques, du transport et de certaines matières premières.
L’analyse trimestrielle fait apparaître une situation nuancée. Entre octobre et décembre 2025, 19.024 procédures collectives ont été recensées, un volume sans précédent pour un quatrième trimestre. Ce chiffre élevé s’accompagne toutefois d’un ralentissement notable du rythme de progression. Sur cette période, l’augmentation du nombre de défaillances est restée inférieure à 2 %, à +1,7 %, après des variations beaucoup plus marquées lors des exercices précédents. À titre de comparaison, la hausse avait dépassé 10 % à la fin de 2024, tandis que les derniers mois de 2023 et de 2022 avaient enregistré des bonds respectifs de 38 % et 48 %.
La répartition des décisions judiciaires met en lumière des évolutions différenciées selon la nature des procédures. Au cours des trois derniers mois de l’année, près de deux tiers des jugements prononcés ont conduit à des liquidations judiciaires immédiates. Cette proportion, évaluée à 66 %, représente une diminution de 1,3 % par rapport au trimestre précédent, pour un volume avoisinant 12.500 dossiers. Sur l’ensemble de l’exercice, les liquidations affichent une augmentation modérée de 0,9 %, suggérant une relative stabilisation après plusieurs années de hausse soutenue.
À l’inverse, les redressements judiciaires ont connu une progression plus marquée sur la fin de l’année. Le quatrième trimestre a enregistré une hausse de 8,6 % de ce type de procédures, traduisant une volonté accrue de certaines entreprises et juridictions de privilégier la poursuite de l’activité lorsque les perspectives de restructuration apparaissent encore viables. Les sauvegardes, quant à elles, restent marginales dans l’ensemble des dispositifs mobilisés, confirmant leur utilisation limitée dans les situations de difficulté avancée.
La situation des entreprises de taille intermédiaire et des PME demeure un point d’attention majeur. En 2025, 236 structures relevant de ces catégories ont fait l’objet d’une défaillance, soit une augmentation annuelle de 18,6 %. Ce segment concentre des enjeux significatifs en matière d’emploi, compte tenu de son poids dans l’économie française. Les tensions observées sur ces entreprises ont des répercussions directes sur les bassins d’activité régionaux, en particulier dans les zones fortement industrialisées.
L’examen sectoriel révèle une exposition accrue de certaines branches. L’industrie manufacturière concentre à elle seule 21 % des défaillances recensées, confirmant les difficultés persistantes rencontrées par les acteurs industriels face à la contraction de la demande, à la volatilité des coûts de production et aux défis liés à la transition énergétique. Les activités sociales et les services administratifs aux entreprises figurent également parmi les secteurs les plus touchés, reflétant une pression accrue sur les modèles économiques dépendants de la commande publique ou des arbitrages budgétaires des entreprises clientes.
À l’opposé, le secteur de la construction montre des signes d’amélioration relative. Le nombre de procédures y progresse à un rythme plus modéré, suggérant une certaine capacité d’adaptation après une période marquée par le ralentissement de l’immobilier et la hausse des taux d’intérêt. Cette évolution contraste avec la situation d’autres segments, encore confrontés à des ajustements prolongés.
