Les grands établissements américains ferment la porte aux agents d’intelligence artificielle tiers qui se connectent aux comptes de leurs clients. Selon une enquête d’Axios, des agents non contrôlés accèdent à des comptes bancaires aux États-Unis, et plusieurs banques, dont Morgan Stanley, JPMorgan, Bank of America, Wells Fargo et Citi, bloquent ou restreignent ces accès, certaines évoluant vers une simple consultation en lecture seule. Le mouvement s’inscrit dans la séquence ouverte le 13 octobre par Jamie Dimon, le directeur général de JPMorgan, puis prolongée le 16 octobre par Charles Schwab.
Ce que rapporte l’enquête d’Axios
L’enquête décrit des agents d’IA qui opèrent à l’intérieur de comptes clients sans avoir été examinés par la banque. Le plus souvent, le client a lui-même transmis ses identifiants à l’agent, qui se connecte alors à sa place. Pour l’établissement, un tel accès est difficile à distinguer d’une intrusion : les connexions proviennent d’un logiciel, non de la personne, alors que les identifiants sont valides. Selon ce rapport, les banques cherchent à séparer l’activité autorisée par le client de l’automatisation non autorisée, et beaucoup exigent que l’utilisateur se connecte en personne. Le texte ne démontre pas que chaque interaction d’agent était malveillante, et il ne fait pas état d’une politique commune à l’ensemble du secteur. Une déclaration attribuée au contrôleur de la monnaie, Jonathan Gould, circule également dans la presse américaine, mais Reuters indique ne pas avoir pu la vérifier, et cet article ne la reprend pas.
Établissement
Position rapportée
Source
Morgan Stanley
Blocage des agents tiers
Axios, 22 octobre 2026
JPMorgan Chase
Aucun agent externe dans ses systèmes ; lecture seule de certaines données, sans envoi d’argent ni paiement de factures
Appel de résultats du 13 octobre ; CNBC ; Axios
Bank of America
Restriction des accès
Axios, 22 octobre 2026
Wells Fargo
Restriction des accès
Axios, 22 octobre 2026
Citi
Restriction des accès
Axios, 22 octobre 2026
Charles Schwab
Blocage des agents externes non autorisés ; serveurs MCP en lecture seule prévus
Bloomberg Television, 16 octobre ; TNW
Sources : Axios, CNBC, TNW, Bloomberg Television. Les positions de Morgan Stanley, Bank of America, Wells Fargo et Citi proviennent du compte rendu de l’enquête Axios et n’ont pas été confirmées indépendamment.
JPMorgan : « vous ne voulez pas d’agents voyous »
Le 13 octobre, lors de la présentation des résultats du troisième trimestre, Jamie Dimon a indiqué que JPMorgan n’autoriserait pas pour l’instant les agents IA externes à agir dans ses systèmes, jugés trop risqués pour les clients comme pour la banque. « Vous ne voulez pas d’agents voyous, et il pourrait y en avoir des milliers », a-t-il déclaré (« You don’t want rogue agents, and it could be thousands of them »). Selon Greek City Times, qui rapporte ces propos sans transcription de l’appel, le dirigeant a aussi affirmé que les clients qui laissent un agent accéder à leurs comptes assument eux-mêmes le risque, un « transfert de responsabilité ». Il a demandé aux régulateurs de se préparer aux risques de liquidité que ces outils pourraient créer. Ces citations proviennent d’un média secondaire et n’ont pas été recoupées avec la source primaire. Une porte-parole de la banque, citée par CNBC, a précisé la règle : « nous n’autorisons pas des tiers à accéder aux comptes en obtenant les identifiants bancaires des clients ». Des outils tiers peuvent en revanche consulter certaines données en lecture seule, sans pouvoir envoyer de fonds ni régler de factures. JPMorgan développe par ailleurs ses propres outils et teste « Smart Cash », une fonction qui déplace des fonds entre les comptes JPMorgan d’un même client.
Schwab : des blocages chaque semaine
Le 16 octobre, le directeur général de Charles Schwab, Rick Wurster, a déclaré sur Bloomberg Television que la société bloque les agents IA externes non autorisés qui tentent de déplacer l’argent de ses clients, y compris Muse, l’agent personnel lancé par Meta. D’après TNW, Schwab reçoit un rapport hebdomadaire et constate des blocages d’agents de l’ordre de la dizaine à quelques dizaines par semaine. Le dirigeant a décrit le cœur du problème : le client remet son mot de passe à un agent qui agit ensuite à sa place, sans que ni Schwab ni le client ne puissent contrôler ce que fait ce logiciel. La question de la responsabilité en cas d’incident n’a pas de réponse claire aux États-Unis, où elle est débattue au Congrès. Pour Rick Wurster, ces chiffres montrent que les clients ne sont pas encore prêts à confier leurs comptes à l’IA. Schwab prévoit d’ouvrir des serveurs MCP (Model Context Protocol), des liaisons sécurisées qui permettent au modèle d’IA choisi par le client de se connecter à ses systèmes selon des règles fixées par la firme. Ces accès seraient limités à la lecture, soit la consultation des soldes et la recherche, sans transfert d’argent. Le groupe oriente ses clients vers son propre assistant, Charley, annoncé le 30 septembre.
Meta Muse, l’agent qui a déclenché les craintes
Présenté en septembre, Muse est un agent personnel capable de naviguer sur le web, de remplir des formulaires, de négocier et d’acheter pour le compte de l’utilisateur. Meta lui associe une couverture pouvant atteindre 1 000 dollars par réclamation, soit environ 892 euros. Son arrivée a ravivé la crainte d’une fuite de dépôts bancaires vers des offres mieux rémunérées, repérées et activées automatiquement par des agents. McKinsey avait déjà averti que ces outils pourraient fragiliser la relation directe entre les banques et leurs clients. D’autres plateformes ferment aussi l’accès. Amazon interdit aux agents IA non autorisés d’acheter ou de naviguer pour le compte d’utilisateurs, et prévient que « l’accès continu par un agent IA non autorisé enfreint les conditions d’utilisation d’Amazon ».
Le contexte de sécurité
Cybernews rappelle l’attaque subie l’an dernier par SitusAMC, un prestataire de banques de Wall Street, qui a exposé des données clients de plusieurs institutions, ainsi qu’une intrusion visant les serveurs de Hugging Face en juillet, dans laquelle des agents IA étaient impliqués. Fin septembre, Axios indiquait que des entreprises d’IA enquêtaient sur des dizaines de milliers d’incidents de sécurité. TNW précise que Google et JPMorgan ont corrigé une même faille dans le protocole MCP, sans en donner le détail. Les régulateurs américains et européens interrogent par ailleurs les banques sur leur usage des agents et sur les risques cyber associés.
Date
Événement
Septembre 2026
Meta présente Muse, son agent personnel
30 septembre 2026
Schwab annonce son assistant IA Charley
13 octobre 2026
Jamie Dimon évoque les « agents voyous » lors des résultats de JPMorgan
16 octobre 2026
Rick Wurster explique sur Bloomberg Television que Schwab bloque des agents externes
22 octobre 2026
Axios publie son enquête sur les agents non contrôlés dans les comptes bancaires américains
Sources : CNBC, TNW, Cybernews, Greek City Times, Axios.
Un enjeu qui concerne aussi les clients européens
En Europe, l’accès de tiers aux comptes de paiement est encadré par la directive sur les services de paiement (DSP2), qui impose l’authentification forte du client et réserve l’accès aux prestataires agréés. Les agents d’IA généralistes qui se connectent avec des identifiants remis par l’utilisateur ne relèvent pas de ce cadre, et les banques françaises n’ont pas, à ce stade, publié de position comparable à celles de leurs homologues américaines dans les sources consultées.
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