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La France plus touchée par la pauvreté que l’Allemagne et l’Italie

Par La rédaction · 5 min de lecture

La vingtième édition du baromètre Ipsos pour le Secours populaire français, publiée le 10 septembre 2026, met en évidence une dégradation rapide de la situation économique des ménages en France. L’enquête, réalisée auprès de 10 000 personnes dans dix pays européens entre le 6 mai et le 9 juin 2026, place la France en tête des pays où la précarité progresse le plus vite en Europe de l’Ouest, avec un écart désormais supérieur de près de dix points à celui observé en Allemagne et en Italie.

Le travail ne garantit plus un revenu suffisant

Selon les résultats de l’enquête, 40 % des actifs français estiment que leur emploi ne leur permet plus de couvrir l’ensemble de leurs dépenses, contre 30 % un an plus tôt, soit une progression de dix points en douze mois. Cette évolution touche directement la relation entre revenu du travail et niveau de vie, dans un contexte où l’inflation constatée par les ménages dépasse les indices officiels utilisés pour les négociations salariales. Conséquence directe de cette tension budgétaire, 18 % des Français se déclarent aujourd’hui à découvert bancaire de manière récurrente, soit trois points de plus qu’en 2025.

Sur le plan alimentaire, 37 % des personnes interrogées indiquent ne plus pouvoir s’offrir une alimentation permettant trois repas quotidiens équilibrés, une proportion en hausse de 4 points sur un an. Ce taux atteint 58 % pour les ménages dont les revenus se situent au niveau du SMIC. Près de 29 % des Français déclarent avoir déjà sauté un repas faute de moyens financiers, dont 11 % au cours des six mois précédant l’enquête.

L’énergie, poste budgétaire déterminant dans l’arbitrage des dépenses

Le coût de l’énergie occupe une place centrale dans les arbitrages budgétaires des ménages. Plus d’un quart des Français (26 %) déclarent avoir renoncé à des dépenses essentielles au cours des douze derniers mois pour régler leurs factures d’électricité, de gaz ou de chauffage. Le carburant représente un poste tout aussi contraint, avec 28 % des personnes interrogées ayant sacrifié d’autres dépenses vitales pour financer leurs déplacements, et 46 % déclarant des difficultés à assumer leurs frais de transport, en hausse de douze points sur un an.

Cette pression budgétaire s’est traduite par des comportements de restriction concrets : 53 % des Français indiquent avoir volontairement maintenu la température de leur logement en dessous de 18 degrés au cours de l’année écoulée. Le logement lui-même constitue une charge croissante, puisque 33 % des ménages rencontrent des difficultés à régler leur loyer, leur emprunt immobilier ou leurs charges, soit cinq points de plus qu’en 2025. Pour les foyers dont les revenus sont inférieurs à 1 400 euros mensuels, les écarts avec la moyenne nationale atteignent 17 à 20 points sur les postes transport et logement.

Un décrochage mesuré par rapport aux autres économies européennes

L’enquête Ipsos permet une comparaison directe entre dix pays européens, incluant l’Allemagne, l’Italie, le Royaume-Uni, la Pologne et le Portugal. Selon Pierre Latrille, directeur d’études chez Ipsos, plus d’une personne sur deux en France a récemment connu une privation liée à sa situation financière, un niveau supérieur à celui observé dans les autres économies d’Europe de l’Ouest. Au total, 52 % des Français rapportent une privation récente faute de moyens, contre 43 % en Allemagne et 42 % en Italie.

Les écarts se creusent également sur des indicateurs plus spécifiques. Les renoncements aux loisirs familiaux concernent 73 % des ménages français, contre 48 % des ménages allemands et 59 % des ménages italiens et britanniques. L’incapacité à répondre aux besoins essentiels des enfants touche près d’un quart des foyers français (23 %), contre 13 % en Italie, 12 % en Allemagne et 11 % au Royaume-Uni.

La précarité énergétique inscrite dans la durée

L’enquête relève une dimension prospective concernant l’accès à l’énergie. Sept Français sur dix (73 %) considèrent avoir un accès à une énergie bon marché inférieur à celui de leurs parents au même âge, et 80 % anticipent une poursuite de cette dégradation pour les générations suivantes. Les tensions géopolitiques observées depuis le début de l’année 2026, notamment au Proche-Orient et en Afrique de l’Est, sont identifiées par les auteurs du baromètre comme un facteur pesant sur les prix de l’énergie et du transport maritime à l’échelle européenne, avec des répercussions jugées plus marquées sur le budget des ménages français que sur celui de leurs voisins.

Le Secours populaire français a mené vingt éditions consécutives de ce baromètre depuis sa création, permettant une lecture comparative sur longue période des indicateurs de pauvreté et de précarité en France.

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