| Indicateur | Niveau |
|---|---|
| Intentions de vote Le Pen, 1er tour | 32 à 36 % (Ifop-Fiducial, Ipsos-BVA, Cluster 17, octobre 2026) |
| Rendement de l’OAT à 10 ans | 4,95 % le 26 octobre, après un pic d’environ 5,15 % le 22 octobre |
| Écart OAT-Bund à 10 ans | Environ 160 points de base, après un pic de 167,8 le 22 octobre |
| Déficit public 2026 | 5,4 % du PIB attendu |
| Déficit 2031 promis par le RN | 2,3 % du PIB |
| Déficit 2031 recalculé par l’Institut de l’Entreprise | 6,5 % du PIB |
| Notes souveraines | Aa3 négative (Moody’s), A+ stable (S&P, Fitch) |
Pourquoi 2027 est déjà dans les prix
Le marché obligataire a un précédent en tête. Après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024, qui avait ouvert la perspective d’un gouvernement RN, l’écart OAT-Bund était passé d’environ 50 points de base à plus de 84 points en moins de trois semaines. Il évolue aujourd’hui près du double de ce pic. Selon BFM Bourse, Barclays estime que le marché a reclassé la France d’un pays « cœur » de la zone euro à un pays « périphérique ». La présidentielle n’est pas la seule cause. Allianz Trade, dans une note du 9 octobre, attribue d’abord la hausse des taux français au choc pétrolier lié à la crise d’Ormuz et à un mouvement de positionnement des investisseurs : depuis le début de cette crise, le taux à 10 ans français a pris environ 150 points de base, contre 132 pour l’Italie et 83 pour l’Allemagne, tandis que la profondeur du marché tombait à moins de la moitié de son niveau normal. Mais l’élection est désormais l’échéance qui structure les scénarios des gérants. Mike Bell, responsable de la stratégie de marché chez RBC BlueBay Asset Management, l’a résumé le 8 octobre auprès de Reuters : le coût d’emprunt de la France dépendra de l’engagement des candidats, et d’abord de Marine Le Pen, à relever l’âge de départ à la retraite. Si un candidat favorable au maintien de l’âge actuel paraissait en passe de l’emporter, l’écart avec l’Allemagne pourrait selon lui atteindre 200 points de base. Le gérant détient des obligations françaises, sans les surpondérer, et juge risqué de parier contre elles, une grande partie du risque étant déjà intégrée dans les prix.| Scénario | Écart OAT-Bund estimé | Hypothèse |
|---|---|---|
| Central | 120 à 150 pb | Budget 2027 édulcoré, adopté d’ici la fin de l’année ; croissance de 0,9 % en 2027 |
| Défavorable | 150 à 175 pb | Choc intérieur ou mondial ; croissance nulle en 2027 |
| Récession en zone euro | 175 à 200 pb | PIB français en recul de 0,5 % en 2027 |
| Crise politique et budgétaire après 2027 | Plus de 200 pb | Contagion ; seul scénario où Allianz envisage l’activation de l’instrument anti-fragmentation de la BCE |
| Victoire d’un candidat qui maintient l’âge de départ | Jusqu’à 200 pb | Estimation de RBC BlueBay |
Le contre-budget du RN en chiffres
Le 6 octobre, Marine Le Pen et le député Jean-Philippe Tanguy ont présenté une trajectoire 2027-2032 de 125 mesures. Le document promet un déficit ramené de 5,4 % du PIB en 2026 à 3,7 % dès 2027, puis 2,3 % en 2031 et 2,2 % en 2032, un solde primaire excédentaire à partir de 2028 et une dette réduite à 112,1 % du PIB en 2032, contre 136,9 % selon le RN sans son programme. L’amélioration nette du solde atteindrait 71,6 milliards d’euros en 2027 et 141,7 milliards en 2031. Fin août, devant les chefs d’entreprise réunis par le Medef, la candidate avait aussi proposé d’inscrire une « règle d’or » budgétaire dans la Constitution. Le document combine des baisses d’impôts, de nouvelles recettes et des économies. Les mesures qui concernent le plus directement les entreprises et les épargnants sont les suivantes.| Mesure | Effet annoncé | Montant (Md€) |
|---|---|---|
| Suppression de la CFE, de la CVAE et de la C3S (impôts de production) | Baisse d’impôt pour les entreprises | 17,1 en 2027 |
| TVA sur l’énergie ramenée de 20 % à 5,5 % | Baisse d’impôt pour les ménages | 12,2 en 2027 |
| TVA à 0 % sur 100 produits de première nécessité | Baisse d’impôt pour les ménages | 3,5 en 2027 |
| Exonération d’impôt sur le revenu des moins de 30 ans | Baisse d’impôt pour les ménages | 2,0 en 2027 |
| Taxe sur les rachats d’actions | Recette nouvelle | 11,35 en 2027, puis 0,34 par an |
| Impôt sur les sociétés assis sur le chiffre d’affaires | Recette nouvelle | 7,5 en 2031 |
| Remplacement de l’IFI par un impôt sur la fortune financière | Changement d’assiette | Non chiffré publiquement |
| Taxe de 1 000 euros sur l’embauche de travailleurs extra-européens | Recette nouvelle | 1,0 |
| Fin des subventions aux énergies renouvelables | Économie | Environ 5 la première année, selon Jean-Philippe Tanguy |
| Retour à la retraite à 62 ans, 60 ans pour les carrières longues | Dépense nouvelle | 9 par an selon le RN |
L’écart entre le chiffrage du RN et celui de ses critiques
Le chiffrage le plus détaillé publié à ce jour vient de l’Institut de l’Entreprise, un cercle de réflexion financé par de grandes entreprises. Il a classé chacune des mesures selon qu’elle est documentée, juridiquement fragile ou sans effet sur le déficit au sens de Maastricht. Selon lui, treize mesures représentent 127,8 milliards d’euros, soit 91 % de l’amélioration annoncée pour 2031, et environ 80 % des financements de 2031 sont soit non documentés, soit juridiquement fragiles, soit sans effet sur le déficit. Il estime l’amélioration crédible du solde à environ 2,9 milliards en 2027 et 7,5 milliards en 2031, dans une fourchette de -25 à +50 milliards, contre 71,6 et 141,7 milliards annoncés.| Mesure | Gain annoncé en 2031 (Md€) | Objection de l’Institut de l’Entreprise |
|---|---|---|
| Prélèvement de la TVA à la source | 18,0 | Supérieur d’une fois et demie à l’écart total de recouvrement de la TVA, estimé à 12 milliards en 2023 |
| Redressement du système de retraite | 15,0 | Aucune mesure concrète décrite |
| Baisse de la contribution au budget européen | 13,1 | Supérieure à la contribution nette de la France, d’environ 9 milliards ; décision européenne prise à l’unanimité |
| Prestations de solidarité réservées après cinq ans de travail | 12,2 | Contraire au principe d’égalité et au droit européen |
| Suppression ou réinternalisation d’agences | 10,1 | Suppose l’abandon de missions publiques |
| Lutte contre les dépenses indues | 9,5 | Rendement des contrôles non garanti |
| Prix national de l’électricité | 9,3 | Comptabilisé en économie sans mécanisme décrit |
| Coûts hospitaliers et parcours de soins | 8,3 | Pas de mesure détaillée |
| Rebudgétisation des certificats d’économies d’énergie | 8,0 | Sans effet sur le déficit sauf suppression de programmes |
Déficit public : la promesse du RN et son recalcul
En % du PIB, mêmes hypothèses de croissance et de taux
2027
Trajectoire du RN : 3,7 %
Recalcul de l’Institut de l’Entreprise : 5,9 %
2031
Trajectoire du RN : 2,3 %
Recalcul de l’Institut de l’Entreprise : 6,5 %
Politique inchangée : 7,2 %
Les hypothèses qui comptent pour un investisseur
Au-delà du débat mesure par mesure, trois hypothèses du contre-budget déterminent sa sensibilité aux marchés.- Le taux de refinancement. Le RN retient un taux de 4 % à partir de 2028, alors que l’OAT à 10 ans s’échangeait à 4,9 % le 2 octobre. À 5 %, selon l’Institut de l’Entreprise, la charge d’intérêts atteindrait 135 milliards d’euros en 2031 au lieu de 121, et 146 milliards en 2032 au lieu de 127. Autrement dit, la trajectoire suppose une détente des taux que la présentation du programme pourrait elle-même compromettre.
- La croissance. Le RN anticipe 2,8 % de croissance cumulée sur cinq ans, selon Natixis CIB. Il retient un effet récessif de 0,5 point de ses économies, quand les références du FMI suggèrent environ 1,6 point. Sans effet macroéconomique favorable, la dette atteindrait 118 % du PIB en 2032, et non 112,1 %.
- Le coût du travail. La taxe de 1 000 euros sur l’embauche de travailleurs extra-européens est comptée sans effet sur l’emploi. Le modèle Mésange du Trésor associe pourtant à chaque milliard de coût du travail supplémentaire la perte de 12 500 emplois, jusqu’à 25 000 sur les bas salaires.
Les retraites, test décisif pour le marché
Les pensions sont le premier poste de dépense publique : 436 milliards d’euros attendus l’an prochain, soit 14 % du PIB, selon Reuters. La réforme de 2023, qui relevait l’âge légal de 62 à 64 ans, est suspendue jusqu’en janvier 2028. L’âge effectif d’ouverture des droits s’établit autour de 62,9 ans selon l’année de naissance, l’un des plus bas des économies avancées. Marine Le Pen propose de revenir à 62 ans, et à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans et cotisé 40 ans. Devant le Medef, elle a présenté ce choix comme « un choix de société », assumant une dépense estimée par le RN à 9 milliards d’euros par an, et a proposé d’exonérer de cotisations retraite et chômage les salariés qui travaillent au-delà de l’âge du taux plein. Elle annonce aussi un « pilier de capitalisation » individuel et collectif, dont les modalités restent à préciser. Selon l’Institut de l’Entreprise, le coût de la mesure est largement sous-estimé, et Terra Nova juge le chiffrage inférieur à celui de l’Institut Montaigne.| Candidat | Âge de départ proposé | Objectif de déficit |
|---|---|---|
| Marine Le Pen (RN) | 62 ans, 60 ans pour les carrières longues | 2,2 % du PIB en 2032 |
| Édouard Philippe (Horizons) | 65 ans | Environ 2 % en 2032 |
| Gabriel Attal (Renaissance) | Non précisé dans les sources consultées | Environ 2 % en 2032 |
| Jean-Luc Mélenchon (LFI) | 60 ans | Non précisé dans les sources consultées |
BCE et Bruxelles : la question du filet de sécurité
Le scénario le plus redouté par les gérants est celui d’une tension entre un gouvernement RN et les institutions européennes. L’instrument de protection de la transmission (TPI), qui permet à la BCE d’acheter les titres d’un pays dont les taux s’écartent sans justification économique, n’est accessible qu’aux États qui respectent le cadre budgétaire européen. Or la France fait l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis 2024. Mike Bell, de RBC BlueBay, estime que certains à Francfort et à Bruxelles pourraient voir dans des taux élevés un moyen de pousser le prochain président vers la discipline budgétaire, et envisage une confrontation si un gouvernement nationaliste rejetait leurs recommandations. Plusieurs mesures du programme accroîtraient ce risque de conflit : la baisse unilatérale de la contribution au budget européen, la primauté du droit national sur le droit européen, la « priorité nationale » dans les prestations sociales et la fin de l’aide française à l’Ukraine, annoncée mi-octobre. Le RN ne propose plus de sortir de l’euro, ce qui distingue nettement 2027 de 2017. Allianz Trade ne voit d’ailleurs l’activation du TPI que dans un scénario de crise politique et budgétaire avec un écart supérieur à 200 points de base, assorti d’une contagion.Les secteurs les plus exposés
Les banques, premier canal de transmission
Les banques cotées ont décroché bien plus que le marché : depuis la mi-août, BNP Paribas a reculé de 21 %, Société Générale de 25 % et Crédit Agricole SA de 19 %, contre 10,4 % pour le CAC 40, selon BFM Bourse au 11 octobre. Jefferies chiffre à 120 points de base la hausse du coût des fonds propres des banques françaises depuis fin août, contre environ 30 points pour le secteur européen, et le CDS de BNP Paribas est passé de 0,78 % à 1,41 % en trois mois. L’exposition directe reste limitée. Le système bancaire français détenait 314 milliards d’euros de dette publique française en août 2026, un peu plus de 3 % de son bilan total de 9 537 milliards, selon la Banque de France. Natixis évalue l’exposition directe des banques à environ 115 milliards d’euros pour les seuls titres d’État, soit 1,1 % du bilan. BNP Paribas déclare moins de 20 milliards d’euros pour un bilan de plus de 3 000 milliards. Barclays juge la situation non comparable à la crise de 2010-2012, les banques étant bien mieux capitalisées. Le risque tient davantage à la part des revenus réalisés en France, autour de 45 % pour Société Générale et Crédit Agricole contre environ un quart pour BNP Paribas, et à l’hypothèse d’une taxe bancaire exceptionnelle évoquée par les analystes.Les grandes capitalisations et la taxe sur les rachats
La taxe sur les rachats d’actions, censée rapporter 11,35 milliards d’euros dès 2027, vise directement les grands groupes cotés, qui ont racheté 34,8 milliards d’euros de leurs propres titres en 2025. L’Institut de l’Entreprise note que ce rendement suppose qu’un tiers des rachats disparaisse sans autre réaction des entreprises. À l’inverse, la suppression de la CFE, de la CVAE et de la C3S, pour 17,1 milliards d’euros, répond à une revendication ancienne de l’industrie et du Medef. Le projet d’impôt sur les sociétés assis sur le chiffre d’affaires soulève, selon l’Institut, des difficultés au regard des conventions fiscales internationales.Énergie, défense et consommation
- Énergie : un prix national de l’électricité, la fin des subventions aux renouvelables, une relance du nucléaire et l’abrogation de la loi Hulot qui interdit l’exploration d’hydrocarbures, promise à Orléans. Les producteurs d’éolien et de solaire sont les plus exposés ; Natixis juge en revanche l’effet de l’élection limité sur le secteur, le consensus en faveur du nucléaire étant large.
- Défense : la base industrielle compte environ 4 500 entreprises et plus de 220 000 emplois, et réalise environ 75 % de son chiffre d’affaires à l’export. Natixis identifie comme principal risque un changement de politique étrangère, comme une sortie du commandement intégré de l’OTAN, que le RN et LFI ont évoquée par le passé.
- Consommation : la baisse de la TVA sur l’énergie et la TVA à 0 % sur 100 produits de base soutiendraient le pouvoir d’achat, au prix de 15,7 milliards d’euros de recettes en moins dès 2027.
Le risque politique ne s’arrête pas au 2 mai
Trois inconnues pèsent sur l’évaluation du risque. La première est judiciaire : condamnée en appel le 7 juillet dans l’affaire des assistants parlementaires européens mais redevenue éligible, Marine Le Pen attend un arrêt de la Cour de cassation au plus tard début avril 2027. Jordan Bardella, qu’elle a désigné comme futur Premier ministre, constitue la solution de repli du parti. La deuxième est parlementaire. Le nouveau président prendra ses fonctions le 14 mai et une dissolution est jugée probable dans la foulée. Natixis considère qu’une Assemblée fragmentée en trois blocs reste le scénario le plus probable, ce qui limiterait à la fois la consolidation budgétaire et les réformes, quel que soit le vainqueur. Allianz Trade retient en scénario central un président sans majorité absolue, contraint de chercher des alliances, avec un déficit de 4,9 % en 2028 et un écart de taux supérieur à 100 points de base. La troisième tient à la crédibilité de l’équipe économique. Fin août, le conseiller économique François Durvye a quitté la campagne ; Marine Le Pen a assuré ne pas regretter ce départ, qu’elle dit avoir souhaité. Pour les investisseurs, la composition du futur gouvernement, et notamment le titulaire du ministère des Finances, sera un signal suivi de près.Les arguments en présence
Le RN et ses soutiens font valoir que leur programme est le seul à présenter une trajectoire chiffrée sur cinq ans, avec un solde primaire excédentaire dès 2028 et une règle d’or constitutionnelle. Ils estiment que la baisse des impôts de production renforcerait la compétitivité industrielle, que la lutte contre les fraudes et la réduction des agences ont été négligées par les gouvernements précédents, et que la dégradation actuelle des comptes publics, survenue sans eux au pouvoir, relativise les mises en garde de leurs adversaires. Ils rappellent enfin que l’abandon de la sortie de l’euro écarte le risque qui avait le plus inquiété les marchés en 2017. Leurs critiques jugent que les baisses d’impôts et le retour à 62 ans sont certains, tandis que les économies reposent pour l’essentiel sur des recettes incertaines ou juridiquement contestables. Ils soulignent que le programme suppose une baisse des taux qu’il risque lui-même d’empêcher, et qu’un conflit avec Bruxelles sur la contribution européenne ou la priorité nationale priverait la France de la protection de la BCE au moment où elle en aurait le plus besoin. Pour eux, l’exemple britannique de 2022, quand un budget non financé avait provoqué une crise obligataire et la démission de la Première ministre Liz Truss en quelques semaines, montre la vitesse à laquelle les marchés peuvent sanctionner un programme jugé peu crédible.Le calendrier à surveiller
| Date | Événement | Enjeu pour les marchés |
|---|---|---|
| 27 novembre 2026 | Examen de la note de la France par S&P | Passage en perspective négative jugé très probable par Natixis |
| Fin décembre 2026 | Échéance d’adoption du budget 2027 | À défaut, loi spéciale et suspension de la trajectoire de réduction du déficit |
| Novembre-décembre 2026 | Publication attendue du programme complet du RN | Précision du volet retraites et du pilier de capitalisation |
| Au plus tard début avril 2027 | Arrêt de la Cour de cassation | Confirmation de la candidature de Marine Le Pen ou bascule vers Jordan Bardella |
| 18 avril et 2 mai 2027 | Premier et second tours de la présidentielle | Réaction de l’écart OAT-Bund |
| 14 mai 2027 | Prise de fonctions du nouveau président | Dissolution probable et législatives anticipées |
| Janvier 2028 | Fin de la suspension de la réforme des retraites de 2023 | Décision sur l’âge légal |
