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Le programme économique de Marine Le Pen passé au crible des marchés

Par La rédaction · 17 min de lecture
Marine Le Pen, qui a lancé dimanche 25 octobre sa campagne présidentielle à Orléans, est donnée en tête du premier tour de 2027 avec 32 à 36 % des intentions de vote et gagnante dans tous les duels de second tour testés. Pour les investisseurs, la question n’est plus seulement politique. Elle porte sur la trajectoire budgétaire d’un pays dont l’écart de taux avec l’Allemagne a dépassé 160 points de base ce mois-ci, un niveau inédit depuis 2011. Le Rassemblement national promet 140 milliards d’euros d’économies nettes et un déficit ramené à 2,2 % du PIB en 2032 ; l’Institut de l’Entreprise, cercle de réflexion patronal, estime que l’essentiel de ces économies n’est pas documenté et que le déficit dépasserait en réalité 6 %. Entre ces deux chiffrages se joue une partie du prix de la dette française.
IndicateurNiveau
Intentions de vote Le Pen, 1er tour32 à 36 % (Ifop-Fiducial, Ipsos-BVA, Cluster 17, octobre 2026)
Rendement de l’OAT à 10 ans4,95 % le 26 octobre, après un pic d’environ 5,15 % le 22 octobre
Écart OAT-Bund à 10 ansEnviron 160 points de base, après un pic de 167,8 le 22 octobre
Déficit public 20265,4 % du PIB attendu
Déficit 2031 promis par le RN2,3 % du PIB
Déficit 2031 recalculé par l’Institut de l’Entreprise6,5 % du PIB
Notes souverainesAa3 négative (Moody’s), A+ stable (S&P, Fitch)
Sources : instituts de sondage, Option Finance, Reuters via Zonebourse, Natixis CIB, Institut de l’Entreprise, agences de notation.

Pourquoi 2027 est déjà dans les prix

Le marché obligataire a un précédent en tête. Après l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale le 9 juin 2024, qui avait ouvert la perspective d’un gouvernement RN, l’écart OAT-Bund était passé d’environ 50 points de base à plus de 84 points en moins de trois semaines. Il évolue aujourd’hui près du double de ce pic. Selon BFM Bourse, Barclays estime que le marché a reclassé la France d’un pays « cœur » de la zone euro à un pays « périphérique ». La présidentielle n’est pas la seule cause. Allianz Trade, dans une note du 9 octobre, attribue d’abord la hausse des taux français au choc pétrolier lié à la crise d’Ormuz et à un mouvement de positionnement des investisseurs : depuis le début de cette crise, le taux à 10 ans français a pris environ 150 points de base, contre 132 pour l’Italie et 83 pour l’Allemagne, tandis que la profondeur du marché tombait à moins de la moitié de son niveau normal. Mais l’élection est désormais l’échéance qui structure les scénarios des gérants. Mike Bell, responsable de la stratégie de marché chez RBC BlueBay Asset Management, l’a résumé le 8 octobre auprès de Reuters : le coût d’emprunt de la France dépendra de l’engagement des candidats, et d’abord de Marine Le Pen, à relever l’âge de départ à la retraite. Si un candidat favorable au maintien de l’âge actuel paraissait en passe de l’emporter, l’écart avec l’Allemagne pourrait selon lui atteindre 200 points de base. Le gérant détient des obligations françaises, sans les surpondérer, et juge risqué de parier contre elles, une grande partie du risque étant déjà intégrée dans les prix.
ScénarioÉcart OAT-Bund estiméHypothèse
Central120 à 150 pbBudget 2027 édulcoré, adopté d’ici la fin de l’année ; croissance de 0,9 % en 2027
Défavorable150 à 175 pbChoc intérieur ou mondial ; croissance nulle en 2027
Récession en zone euro175 à 200 pbPIB français en recul de 0,5 % en 2027
Crise politique et budgétaire après 2027Plus de 200 pbContagion ; seul scénario où Allianz envisage l’activation de l’instrument anti-fragmentation de la BCE
Victoire d’un candidat qui maintient l’âge de départJusqu’à 200 pbEstimation de RBC BlueBay
Sources : Allianz Trade, « Toasted, not burnt », 9 octobre 2026 ; RBC BlueBay via Reuters, 8 octobre 2026. Allianz ne chiffre pas de scénario propre à une victoire du RN.

Le contre-budget du RN en chiffres

Le 6 octobre, Marine Le Pen et le député Jean-Philippe Tanguy ont présenté une trajectoire 2027-2032 de 125 mesures. Le document promet un déficit ramené de 5,4 % du PIB en 2026 à 3,7 % dès 2027, puis 2,3 % en 2031 et 2,2 % en 2032, un solde primaire excédentaire à partir de 2028 et une dette réduite à 112,1 % du PIB en 2032, contre 136,9 % selon le RN sans son programme. L’amélioration nette du solde atteindrait 71,6 milliards d’euros en 2027 et 141,7 milliards en 2031. Fin août, devant les chefs d’entreprise réunis par le Medef, la candidate avait aussi proposé d’inscrire une « règle d’or » budgétaire dans la Constitution. Le document combine des baisses d’impôts, de nouvelles recettes et des économies. Les mesures qui concernent le plus directement les entreprises et les épargnants sont les suivantes.
MesureEffet annoncéMontant (Md€)
Suppression de la CFE, de la CVAE et de la C3S (impôts de production)Baisse d’impôt pour les entreprises17,1 en 2027
TVA sur l’énergie ramenée de 20 % à 5,5 %Baisse d’impôt pour les ménages12,2 en 2027
TVA à 0 % sur 100 produits de première nécessitéBaisse d’impôt pour les ménages3,5 en 2027
Exonération d’impôt sur le revenu des moins de 30 ansBaisse d’impôt pour les ménages2,0 en 2027
Taxe sur les rachats d’actionsRecette nouvelle11,35 en 2027, puis 0,34 par an
Impôt sur les sociétés assis sur le chiffre d’affairesRecette nouvelle7,5 en 2031
Remplacement de l’IFI par un impôt sur la fortune financièreChangement d’assietteNon chiffré publiquement
Taxe de 1 000 euros sur l’embauche de travailleurs extra-européensRecette nouvelle1,0
Fin des subventions aux énergies renouvelablesÉconomieEnviron 5 la première année, selon Jean-Philippe Tanguy
Retour à la retraite à 62 ans, 60 ans pour les carrières longuesDépense nouvelle9 par an selon le RN
Sources : contre-budget du RN du 6 octobre 2026 tel que détaillé par l’Institut de l’Entreprise, Planète Grandes Écoles, La Facture 2027, AFP. Montants annoncés par le parti.
Le programme prévoit au total 30 milliards d’euros de baisses d’impôts sur le quinquennat. Côté patrimoine, il exonérerait de droits de succession les transmissions immobilières familiales jusqu’à 300 000 euros et alignerait l’abattement sur les donations à 100 000 euros, renouvelable tous les dix ans.

L’écart entre le chiffrage du RN et celui de ses critiques

Le chiffrage le plus détaillé publié à ce jour vient de l’Institut de l’Entreprise, un cercle de réflexion financé par de grandes entreprises. Il a classé chacune des mesures selon qu’elle est documentée, juridiquement fragile ou sans effet sur le déficit au sens de Maastricht. Selon lui, treize mesures représentent 127,8 milliards d’euros, soit 91 % de l’amélioration annoncée pour 2031, et environ 80 % des financements de 2031 sont soit non documentés, soit juridiquement fragiles, soit sans effet sur le déficit. Il estime l’amélioration crédible du solde à environ 2,9 milliards en 2027 et 7,5 milliards en 2031, dans une fourchette de -25 à +50 milliards, contre 71,6 et 141,7 milliards annoncés.
MesureGain annoncé en 2031 (Md€)Objection de l’Institut de l’Entreprise
Prélèvement de la TVA à la source18,0Supérieur d’une fois et demie à l’écart total de recouvrement de la TVA, estimé à 12 milliards en 2023
Redressement du système de retraite15,0Aucune mesure concrète décrite
Baisse de la contribution au budget européen13,1Supérieure à la contribution nette de la France, d’environ 9 milliards ; décision européenne prise à l’unanimité
Prestations de solidarité réservées après cinq ans de travail12,2Contraire au principe d’égalité et au droit européen
Suppression ou réinternalisation d’agences10,1Suppose l’abandon de missions publiques
Lutte contre les dépenses indues9,5Rendement des contrôles non garanti
Prix national de l’électricité9,3Comptabilisé en économie sans mécanisme décrit
Coûts hospitaliers et parcours de soins8,3Pas de mesure détaillée
Rebudgétisation des certificats d’économies d’énergie8,0Sans effet sur le déficit sauf suppression de programmes
Source : Institut de l’Entreprise, analyse du contre-budget du RN, octobre 2026. Il s’agit d’une estimation analytique fondée sur la classification propre de l’Institut, et non d’une prévision.
D’autres analyses vont dans le même sens. Dans La Grande Conversation, la revue de Terra Nova, le haut fonctionnaire François Thomazeau et le directeur général du cercle, Thierry Pech, relèvent que cinq mesures portent environ 60 % des économies de 2031 et que les gains attendus de la lutte contre la fraude atteignent huit fois l’estimation du Conseil d’analyse économique. L’économiste Nicolas Bouzou, fondateur du cabinet Asterès, a jugé le travail sous-documenté. Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a qualifié le programme d’irréaliste. Le RN défend de son côté une approche fondée sur la réduction du « train de vie de l’État » et la lutte contre les fraudes, que les gouvernements successifs auraient selon lui sous-estimées.
Déficit public : la promesse du RN et son recalcul
En % du PIB, mêmes hypothèses de croissance et de taux
2027
Trajectoire du RN : 3,7 %
Recalcul de l’Institut de l’Entreprise : 5,9 %
2031
Trajectoire du RN : 2,3 %
Recalcul de l’Institut de l’Entreprise : 6,5 %
Politique inchangée : 7,2 %
Sources : contre-budget du RN (6 octobre 2026) ; Institut de l’Entreprise, qui recalcule la trajectoire en retenant ses propres estimations du rendement des mesures. Le scénario « politique inchangée » est celui que l’Institut retient sans réforme. Estimations, non des prévisions.

Les hypothèses qui comptent pour un investisseur

Au-delà du débat mesure par mesure, trois hypothèses du contre-budget déterminent sa sensibilité aux marchés.
    • Le taux de refinancement. Le RN retient un taux de 4 % à partir de 2028, alors que l’OAT à 10 ans s’échangeait à 4,9 % le 2 octobre. À 5 %, selon l’Institut de l’Entreprise, la charge d’intérêts atteindrait 135 milliards d’euros en 2031 au lieu de 121, et 146 milliards en 2032 au lieu de 127. Autrement dit, la trajectoire suppose une détente des taux que la présentation du programme pourrait elle-même compromettre.
    • La croissance. Le RN anticipe 2,8 % de croissance cumulée sur cinq ans, selon Natixis CIB. Il retient un effet récessif de 0,5 point de ses économies, quand les références du FMI suggèrent environ 1,6 point. Sans effet macroéconomique favorable, la dette atteindrait 118 % du PIB en 2032, et non 112,1 %.
    • Le coût du travail. La taxe de 1 000 euros sur l’embauche de travailleurs extra-européens est comptée sans effet sur l’emploi. Le modèle Mésange du Trésor associe pourtant à chaque milliard de coût du travail supplémentaire la perte de 12 500 emplois, jusqu’à 25 000 sur les bas salaires.
À titre d’ordre de grandeur, Allianz Trade estime qu’une hausse de 100 points de base des taux renchérit d’environ 25 milliards d’euros, soit 0,8 point de PIB, le coût brut des intérêts payés par l’ensemble des ménages, des entreprises et de l’État en trois à six mois. C’est la raison pour laquelle la crédibilité d’un programme compte autant que son contenu : une hausse de la prime de risque peut absorber à elle seule une partie des économies promises.

Les retraites, test décisif pour le marché

Les pensions sont le premier poste de dépense publique : 436 milliards d’euros attendus l’an prochain, soit 14 % du PIB, selon Reuters. La réforme de 2023, qui relevait l’âge légal de 62 à 64 ans, est suspendue jusqu’en janvier 2028. L’âge effectif d’ouverture des droits s’établit autour de 62,9 ans selon l’année de naissance, l’un des plus bas des économies avancées. Marine Le Pen propose de revenir à 62 ans, et à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans et cotisé 40 ans. Devant le Medef, elle a présenté ce choix comme « un choix de société », assumant une dépense estimée par le RN à 9 milliards d’euros par an, et a proposé d’exonérer de cotisations retraite et chômage les salariés qui travaillent au-delà de l’âge du taux plein. Elle annonce aussi un « pilier de capitalisation » individuel et collectif, dont les modalités restent à préciser. Selon l’Institut de l’Entreprise, le coût de la mesure est largement sous-estimé, et Terra Nova juge le chiffrage inférieur à celui de l’Institut Montaigne.
CandidatÂge de départ proposéObjectif de déficit
Marine Le Pen (RN)62 ans, 60 ans pour les carrières longues2,2 % du PIB en 2032
Édouard Philippe (Horizons)65 ansEnviron 2 % en 2032
Gabriel Attal (Renaissance)Non précisé dans les sources consultéesEnviron 2 % en 2032
Jean-Luc Mélenchon (LFI)60 ansNon précisé dans les sources consultées
Source : Natixis CIB, « France at a crossroads », 26 octobre 2026.

BCE et Bruxelles : la question du filet de sécurité

Le scénario le plus redouté par les gérants est celui d’une tension entre un gouvernement RN et les institutions européennes. L’instrument de protection de la transmission (TPI), qui permet à la BCE d’acheter les titres d’un pays dont les taux s’écartent sans justification économique, n’est accessible qu’aux États qui respectent le cadre budgétaire européen. Or la France fait l’objet d’une procédure pour déficit excessif depuis 2024. Mike Bell, de RBC BlueBay, estime que certains à Francfort et à Bruxelles pourraient voir dans des taux élevés un moyen de pousser le prochain président vers la discipline budgétaire, et envisage une confrontation si un gouvernement nationaliste rejetait leurs recommandations. Plusieurs mesures du programme accroîtraient ce risque de conflit : la baisse unilatérale de la contribution au budget européen, la primauté du droit national sur le droit européen, la « priorité nationale » dans les prestations sociales et la fin de l’aide française à l’Ukraine, annoncée mi-octobre. Le RN ne propose plus de sortir de l’euro, ce qui distingue nettement 2027 de 2017. Allianz Trade ne voit d’ailleurs l’activation du TPI que dans un scénario de crise politique et budgétaire avec un écart supérieur à 200 points de base, assorti d’une contagion.

Les secteurs les plus exposés

Les banques, premier canal de transmission

Les banques cotées ont décroché bien plus que le marché : depuis la mi-août, BNP Paribas a reculé de 21 %, Société Générale de 25 % et Crédit Agricole SA de 19 %, contre 10,4 % pour le CAC 40, selon BFM Bourse au 11 octobre. Jefferies chiffre à 120 points de base la hausse du coût des fonds propres des banques françaises depuis fin août, contre environ 30 points pour le secteur européen, et le CDS de BNP Paribas est passé de 0,78 % à 1,41 % en trois mois. L’exposition directe reste limitée. Le système bancaire français détenait 314 milliards d’euros de dette publique française en août 2026, un peu plus de 3 % de son bilan total de 9 537 milliards, selon la Banque de France. Natixis évalue l’exposition directe des banques à environ 115 milliards d’euros pour les seuls titres d’État, soit 1,1 % du bilan. BNP Paribas déclare moins de 20 milliards d’euros pour un bilan de plus de 3 000 milliards. Barclays juge la situation non comparable à la crise de 2010-2012, les banques étant bien mieux capitalisées. Le risque tient davantage à la part des revenus réalisés en France, autour de 45 % pour Société Générale et Crédit Agricole contre environ un quart pour BNP Paribas, et à l’hypothèse d’une taxe bancaire exceptionnelle évoquée par les analystes.

Les grandes capitalisations et la taxe sur les rachats

La taxe sur les rachats d’actions, censée rapporter 11,35 milliards d’euros dès 2027, vise directement les grands groupes cotés, qui ont racheté 34,8 milliards d’euros de leurs propres titres en 2025. L’Institut de l’Entreprise note que ce rendement suppose qu’un tiers des rachats disparaisse sans autre réaction des entreprises. À l’inverse, la suppression de la CFE, de la CVAE et de la C3S, pour 17,1 milliards d’euros, répond à une revendication ancienne de l’industrie et du Medef. Le projet d’impôt sur les sociétés assis sur le chiffre d’affaires soulève, selon l’Institut, des difficultés au regard des conventions fiscales internationales.

Énergie, défense et consommation

    • Énergie : un prix national de l’électricité, la fin des subventions aux renouvelables, une relance du nucléaire et l’abrogation de la loi Hulot qui interdit l’exploration d’hydrocarbures, promise à Orléans. Les producteurs d’éolien et de solaire sont les plus exposés ; Natixis juge en revanche l’effet de l’élection limité sur le secteur, le consensus en faveur du nucléaire étant large.
    • Défense : la base industrielle compte environ 4 500 entreprises et plus de 220 000 emplois, et réalise environ 75 % de son chiffre d’affaires à l’export. Natixis identifie comme principal risque un changement de politique étrangère, comme une sortie du commandement intégré de l’OTAN, que le RN et LFI ont évoquée par le passé.
    • Consommation : la baisse de la TVA sur l’énergie et la TVA à 0 % sur 100 produits de base soutiendraient le pouvoir d’achat, au prix de 15,7 milliards d’euros de recettes en moins dès 2027.

Le risque politique ne s’arrête pas au 2 mai

Trois inconnues pèsent sur l’évaluation du risque. La première est judiciaire : condamnée en appel le 7 juillet dans l’affaire des assistants parlementaires européens mais redevenue éligible, Marine Le Pen attend un arrêt de la Cour de cassation au plus tard début avril 2027. Jordan Bardella, qu’elle a désigné comme futur Premier ministre, constitue la solution de repli du parti. La deuxième est parlementaire. Le nouveau président prendra ses fonctions le 14 mai et une dissolution est jugée probable dans la foulée. Natixis considère qu’une Assemblée fragmentée en trois blocs reste le scénario le plus probable, ce qui limiterait à la fois la consolidation budgétaire et les réformes, quel que soit le vainqueur. Allianz Trade retient en scénario central un président sans majorité absolue, contraint de chercher des alliances, avec un déficit de 4,9 % en 2028 et un écart de taux supérieur à 100 points de base. La troisième tient à la crédibilité de l’équipe économique. Fin août, le conseiller économique François Durvye a quitté la campagne ; Marine Le Pen a assuré ne pas regretter ce départ, qu’elle dit avoir souhaité. Pour les investisseurs, la composition du futur gouvernement, et notamment le titulaire du ministère des Finances, sera un signal suivi de près.

Les arguments en présence

Le RN et ses soutiens font valoir que leur programme est le seul à présenter une trajectoire chiffrée sur cinq ans, avec un solde primaire excédentaire dès 2028 et une règle d’or constitutionnelle. Ils estiment que la baisse des impôts de production renforcerait la compétitivité industrielle, que la lutte contre les fraudes et la réduction des agences ont été négligées par les gouvernements précédents, et que la dégradation actuelle des comptes publics, survenue sans eux au pouvoir, relativise les mises en garde de leurs adversaires. Ils rappellent enfin que l’abandon de la sortie de l’euro écarte le risque qui avait le plus inquiété les marchés en 2017. Leurs critiques jugent que les baisses d’impôts et le retour à 62 ans sont certains, tandis que les économies reposent pour l’essentiel sur des recettes incertaines ou juridiquement contestables. Ils soulignent que le programme suppose une baisse des taux qu’il risque lui-même d’empêcher, et qu’un conflit avec Bruxelles sur la contribution européenne ou la priorité nationale priverait la France de la protection de la BCE au moment où elle en aurait le plus besoin. Pour eux, l’exemple britannique de 2022, quand un budget non financé avait provoqué une crise obligataire et la démission de la Première ministre Liz Truss en quelques semaines, montre la vitesse à laquelle les marchés peuvent sanctionner un programme jugé peu crédible.

Le calendrier à surveiller

DateÉvénementEnjeu pour les marchés
27 novembre 2026Examen de la note de la France par S&PPassage en perspective négative jugé très probable par Natixis
Fin décembre 2026Échéance d’adoption du budget 2027À défaut, loi spéciale et suspension de la trajectoire de réduction du déficit
Novembre-décembre 2026Publication attendue du programme complet du RNPrécision du volet retraites et du pilier de capitalisation
Au plus tard début avril 2027Arrêt de la Cour de cassationConfirmation de la candidature de Marine Le Pen ou bascule vers Jordan Bardella
18 avril et 2 mai 2027Premier et second tours de la présidentielleRéaction de l’écart OAT-Bund
14 mai 2027Prise de fonctions du nouveau présidentDissolution probable et législatives anticipées
Janvier 2028Fin de la suspension de la réforme des retraites de 2023Décision sur l’âge légal
Sources : Natixis CIB, Cour de cassation, LCP, Reuters.
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