Les cinq principaux établissements bancaires américains s’apprêtent à publier des résultats trimestriels traduisant la performance la plus favorable enregistrée par leurs activités de banque d’investissement depuis la période pandémique, selon des données compilées par Bloomberg. JPMorgan Chase, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of America et Citigroup devraient annoncer des revenus combinés issus de la banque d’investissement proches de 10 milliards de dollars pour le quatrième trimestre, soit une progression de 13 % par rapport à la même période de l’année précédente.
Sur l’ensemble de l’exercice 2025, ces résultats porteraient le total des revenus annuels de banque d’investissement générés par ces cinq groupes à près de 38 milliards de dollars, soit une hausse de 50 % par rapport au point bas enregistré en 2023, année durant laquelle ces établissements avaient cumulé environ 25 milliards de dollars de revenus dans ce segment d’activité. Ce niveau constituerait le montant le plus élevé observé depuis 2021.
Parmi les établissements les plus exposés aux activités de banque d’investissement, Goldman Sachs et Morgan Stanley se distinguent particulièrement. Les analystes financiers estiment que les commissions générées par ces deux groupes au titre de l’exercice 2025 dépasseront d’au moins 17 % celles enregistrées l’année précédente. Les prévisions pour l’exercice 2026 anticipent une poursuite de cette dynamique haussière, avec une progression supplémentaire estimée à 11 % pour ces deux établissements.
Erika Najarian, analyste senior couvrant les grandes capitalisations bancaires américaines chez UBS, a indiqué que l’ensemble de ces institutions devrait faire état de carnets de commandes particulièrement solides pour l’exercice 2026.
Cette dynamique s’inscrit dans un contexte de valorisation favorable pour les titres bancaires, soutenue par la demande liée aux actifs associés à l’intelligence artificielle, par un environnement réglementaire américain jugé plus accommodant, ainsi que par une reprise de l’activité dans le secteur du capital-investissement après une période de ralentissement. Les actions de Goldman Sachs et Morgan Stanley s’échangent actuellement à des niveaux de valorisation, mesurés par rapport aux bénéfices anticipés sur les douze prochains mois, qui n’avaient pas été observés depuis plus d’une décennie. Chris Kotowski, analyste senior chez Oppenheimer couvrant les grandes valeurs bancaires, a souligné que ces titres intègrent déjà des anticipations de performance significatives pour l’année 2026, rendant ainsi plus complexe la possibilité de dépasser ces attentes déjà élevées.
Les groupes JPMorgan, Bank of America, Citigroup et Wells Fargo disposent également d’importantes activités de banque d’investissement, mais tirent une part substantielle de leurs résultats de leurs opérations de banque de détail. Selon Chris Kotowski, les établissements bancaires commerciaux traditionnels demeurent valorisés à des niveaux raisonnables par rapport à leurs moyennes historiques.
Alors que les activités de banque d’investissement n’avaient connu qu’une reprise progressive depuis 2022, les activités de négociation sur les marchés actions et obligataires ont contribué de manière significative aux revenus générés sur les activités de marché des banques au cours des dernières années. Selon les estimations des analystes, la part des revenus issus de la banque d’investissement au sein des activités de marché devrait dépasser 25 % au quatrième trimestre, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis 2021.
Sur le plan du calendrier de publication, JPMorgan, première banque américaine par le total des actifs, doit présenter ses résultats en premier, suivie par Bank of America, Citigroup et Wells Fargo le lendemain, puis par Goldman Sachs et Morgan Stanley en fin de semaine. Les prévisions font état d’une hausse des bénéfices trimestriels pour l’ensemble de ces établissements, à l’exception de JPMorgan et Goldman Sachs. Les résultats de JPMorgan devraient être affectés par une augmentation des provisions pour pertes potentielles sur prêts, tandis que les gains de Goldman Sachs liés à ses investissements en actions, segment volatil que la banque cherche à réduire, devraient diminuer. Chris McGratty, analyste chez KBW, a indiqué que les perspectives communiquées par les banques pour les prochains trimestres revêtiraient une importance particulière pour les marchés.
Les données de consensus utilisées par les analystes ont été compilées avant l’annonce d’un accord entre Goldman Sachs et JPMorgan portant sur le transfert du portefeuille de prêts associé à la carte de crédit cobrandée avec Apple, une opération susceptible d’affecter les résultats trimestriels des deux établissements.
Dans un contexte d’assouplissement progressif, sous l’administration Trump, des règles prudentielles introduites après la crise financière de 2008, l’attention des investisseurs se porte également sur les annonces des banques concernant l’utilisation de leurs excédents de capital. Selon les estimations des analystes de Barclays, les six plus grandes banques américaines disposeraient d’environ 182 milliards de dollars de capital excédentaire par rapport aux exigences réglementaires actuelles. Jason Goldberg, analyste chez Barclays, a indiqué que les établissements bancaires orientent une part croissante de ce capital vers des opérations génératrices de revenus, et qu’en l’absence d’opportunités suffisantes pour leurs clients, ces excédents sont restitués aux actionnaires.

