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MaPrimeRénov’ : l’Anah constate un effondrement des dossiers

Par La rédaction · 5 min de lecture

L’Agence nationale de l’habitat a publié le 27 juillet son bilan semestriel de MaPrimeRénov’. Les dépôts de demandes pour le parcours rénovation d’ampleur reculent de 79 % sur un an, ceux du parcours par geste de 34 %, à 68 016 dossiers contre 102 715 au premier semestre 2025. Le montant total des aides accordées diminue de 25 %.

Hors copropriétés, les nouvelles demandes de rénovation globale n’ont pas dépassé 2 500 dossiers mensuels, contre 7 500 à 10 000 un an plus tôt. Copropriétés incluses, un peu plus de 20 000 dossiers de rénovation d’ampleur ont été déposés sur six mois, contre 95 000 sur la période équivalente de 2025.

Un guichet fermé pendant cinq mois

Le premier facteur explicatif est budgétaire au sens strict. Le dépôt de nouveaux dossiers était suspendu de fait depuis le 8 septembre 2025, date de la chute du gouvernement de François Bayrou, la relance du dispositif étant conditionnée à l’adoption de la loi de finances. Celle-ci est intervenue le 2 février 2026 et le guichet a rouvert le 23 février. L’exercice 2026 s’est donc ouvert sans aucun dépôt possible pendant près de deux mois, après un semestre déjà contingenté : la FFB relevait un plafonnement à 13 000 dossiers entre septembre et décembre 2025.

La réouverture a produit un effet d’engorgement. L’Anah a dû absorber le stock accumulé, évalué à 45 000 dossiers hors copropriété fin 2025, dont environ 40 % avaient été traités au 30 juin. Une question écrite déposée à l’Assemblée nationale faisait état de quelque 83 000 dossiers en attente d’instruction ou de validation au titre de l’exercice précédent, pour un objectif annuel affiché par l’agence de 120 000 dossiers de rénovation d’ampleur.

Les volumes de logements effectivement rénovés reflètent ce décalage entre dépôts et instruction. Au 30 juin 2026, 110 835 logements avaient été rénovés au titre du dispositif, dont 41 409 en rénovation d’ampleur, copropriétés comprises pour 17 146 logements, et 69 426 en parcours par geste. Ces subventions portent essentiellement sur des dossiers déposés en 2025.

Une réallocation vers l’électrification

Le repli n’est pas uniforme. La pompe à chaleur air-eau constitue la seule ligne en progression, avec 36 185 dossiers financés en parcours par geste, soit 20 % de plus qu’un an auparavant. Cette trajectoire s’inscrit dans le plan d’électrification des usages porté par l’exécutif, qui concentre les aides sur cet équipement.

Le recentrage doit s’accentuer. Sous réserve de publication des textes, les dossiers déposés à compter du 1er septembre 2026 ne permettraient plus de mobiliser MaPrimeRénov’ pour plusieurs travaux réalisés par geste, et le maintien d’une chaudière gaz ne serait plus admis dans un parcours rénovation d’ampleur. Les organisations professionnelles ont invité les entreprises à faire signer les devis concernés avant le 31 août.

La Capeb conteste ces arbitrages, estimant que le dispositif est piloté par une logique budgétaire et que l’exclusion des gestes d’isolation des murs et des chaudières biomasse affaiblit la cohérence des parcours de rénovation. L’organisation réclame des financements stables, une simplification de l’accès à la qualification RGE et la création d’un parcours par étapes étalé sur cinq ans.

Le levier fiscal en substitution partielle de la subvention

Le retrait de la subvention directe s’accompagne d’un déplacement vers l’outil fiscal. La loi de finances pour 2026 a ouvert le taux réduit de TVA à 5,5 % à certaines pompes à chaleur air-air réversibles fixes, l’arrêté du 13 juillet 2026 fixant les critères techniques applicables depuis le 18 juillet. Les conditions portent sur la puissance, les classes d’efficacité énergétique en chauffage et en refroidissement, le fluide frigorigène et la connectivité de l’appareil, dans des logements achevés depuis plus de deux ans. L’écart de taux atteint 14,5 points par rapport aux 20 % antérieurs sur la pose.

La mesure a été présentée dans le cadre du troisième plan national d’adaptation au changement climatique, dont l’un des axes porte sur le déploiement de solutions de rafraîchissement. Les autres dispositifs mobilisables demeurent les certificats d’économies d’énergie, financés par les fournisseurs d’énergie, l’éco-prêt à taux zéro, accessible sans condition de ressources jusqu’à 50 000 euros, et la TVA à taux réduit sur les travaux d’amélioration énergétique.

Un effet mesurable sur l’activité du bâtiment

Le segment amélioration-entretien-rénovation avait reculé de 1,1 % en 2025, selon le bilan présenté par la Fédération française du bâtiment le 16 décembre, avec un repli de 1,2 % sur le logement résidentiel et de 0,8 % sur le non-résidentiel. La fédération imputait cette contre-performance aux blocages successifs de MaPrimeRénov’ et des certificats d’économies d’énergie. Ses prévisions pour 2026 tablaient sur une progression de 9,5 % en volume, à partir d’une base de comparaison très dégradée, le rebond étant attendu davantage sur le logement neuf.

La plateforme de dépôt a par ailleurs été fermée du 3 au 17 août pour migration vers le portail france-renov.gouv.fr, sans possibilité de création de compte ni de dépôt de dossier durant cette période. L’agence a présenté l’opération comme une mesure d’amélioration de la qualité de service. Tous les usagers doivent désormais créer leur compte sur le nouveau portail.

Les prochaines échéances portent sur la publication des textes encadrant le périmètre applicable aux dossiers déposés à partir du 1er septembre, puis sur l’examen du projet de loi de finances pour 2027 à l’automne, qui déterminera l’enveloppe allouée au dispositif pour l’exercice suivant.

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