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Nintendo : quand son ex-PDG a réduit son salaire de moitié pour éviter des licenciements

Quand un dirigeant réduit sa rémunération pour éviter des suppressions d'emplois — le cas Nintendo analysé par les spécialistes des ressources humaines.

Par La rédaction · 5 min de lecture
Satoru Iwata, président de Nintendo Co.

L’année 2024 a été marquée par une vague de plans de réduction d’effectifs touchant simultanément les secteurs technologique, médiatique et financier, ce qui a conduit plusieurs observateurs à réexaminer une décision prise une décennie plus tôt par l’ancien dirigeant du groupe japonais Nintendo, Satoru Iwata, décédé en 2015 après avoir dirigé l’entreprise basée à Kyoto à partir de 2002.

En 2013, Nintendo avait commercialisé sa console Wii U, conçue comme successeur de la Wii, dont le succès commercial avait été considérable. La Wii U s’est toutefois soldée par un échec commercial, plongeant le groupe dans plusieurs exercices déficitaires consécutifs. Face à cette situation, Satoru Iwata avait choisi de réduire de moitié sa propre rémunération afin de contribuer au financement de la masse salariale, plutôt que de procéder à des suppressions de postes. Sa justification, largement reprise à l’époque, reposait sur l’idée qu’une réduction des effectifs destinée à améliorer les résultats financiers à court terme aurait un effet négatif sur le moral des salariés, et que des employés craignant pour leur emploi seraient moins susceptibles de développer des produits capables de rencontrer un succès international.

Cet épisode a connu une nouvelle diffusion sur les réseaux sociaux le mois précédent, dans un contexte marqué par des annonces de suppressions de postes chez des entreprises du secteur des jeux vidéo telles que Riot Games, ainsi que chez Microsoft, propriétaire des studios Activision Blizzard et de la marque Xbox.

Rohan Verma, coach exécutif basé à San Francisco, a apporté un éclairage sur les raisons ayant pu motiver cette décision et sur les limites de sa reproductibilité dans d’autres contextes d’entreprise. Selon cette analyse, le choix de Satoru Iwata reposait sur une conviction relative à la capacité des équipes internes à redresser la situation du groupe. La réduction de sa propre rémunération aurait permis de maintenir en poste les équipes de développement chargées des projets destinés à inverser la trajectoire financière de l’entreprise, dans un environnement de travail jugé moins anxiogène. Nintendo a ensuite commercialisé sa console suivante, la Switch, en 2017, dont les ventes cumulées dépassaient 139 millions d’unités au mois de décembre 2023.

Selon Rohan Verma, la rétention des compétences internes a constitué un élément déterminant dans la réussite ultérieure du groupe, la stratégie de rémunération ayant joué un rôle dans cette politique de fidélisation des talents. Il souligne toutefois qu’une telle démarche comporte des risques pour tout dirigeant qui chercherait à la reproduire, dans la mesure où elle suppose une certitude quant à la pertinence de la stratégie de l’entreprise et de l’adéquation de ses produits avec les attentes du marché.

Une dimension culturelle est également évoquée pour expliquer la décision de Satoru Iwata. Au Japon, face à des résultats d’entreprise jugés insatisfaisants, il existerait une tradition selon laquelle les dirigeants chercheraient à préserver leur image en acceptant une réduction de leur rémunération. Le concept de « hansei », pratique culturelle traditionnelle japonaise fondée sur l’introspection face aux erreurs commises et l’élaboration de mesures correctives, est cité comme un cadre de référence pertinent dans ce contexte. Sandra Sucher, professeure à la Harvard Business School, avait précédemment indiqué que ce type de comportement contribuait à restaurer la confiance des salariés et du public envers les dirigeants, dans un climat plus généralement marqué par une perception de priorité donnée aux profits au détriment de la responsabilité.

L’analyse souligne par ailleurs que les réductions de rémunération des dirigeants ne permettent pas systématiquement de résoudre les difficultés structurelles à l’origine des suppressions de postes. Lorsque les difficultés financières d’une entreprise résultent principalement d’un excès de dépenses, une réduction de rémunération peut constituer une réponse adaptée. En revanche, lorsque les causes sont plus profondes, telles qu’une stratégie produit inadaptée, une approche commerciale inefficace ou une politique tarifaire erronée, les suppressions de postes ne se limitent généralement pas à une simple problématique de rémunération.

Des suppressions d’emplois peuvent également intervenir afin de corriger des situations de sureffectif, de traiter les doublons de postes résultant de fusions, ou d’ajuster les budgets face à une inflation durable. Le groupe Citigroup avait ainsi annoncé en janvier son intention de supprimer environ 10 % de ses effectifs, soit environ 20 000 postes, sur le moyen terme. Selon les informations rapportées à l’époque, Citigroup figurait parmi les six plus grandes banques américaines présentant la valorisation la plus faible, et comptait parmi les rares établissements bancaires du pays à avoir évité des suppressions de postes l’année précédente, ce qui indique, selon Rohan Verma, que cette décision relevait davantage d’une réorganisation structurelle volontaire que d’une simple réduction de coûts.

Enfin, certains dirigeants disposent de contrats de rémunération contractuellement encadrés, qui ne permettent pas de procéder à une réduction de salaire. Une telle mesure pourrait également envoyer des signaux contraires aux objectifs d’une entreprise souhaitant conserver son équipe dirigeante en place ou attirer un nouveau dirigeant.

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