Revolut Bank S.A. a obtenu le 10 août un agrément bancaire de plein exercice en France, au terme d’une instruction conjointe de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution et de la Banque centrale européenne, la décision ayant été formellement adoptée par le conseil des gouverneurs de la BCE. La demande avait été déposée un an plus tôt, en juillet 2025. Il s’agit du deuxième agrément bancaire complet du groupe dans l’Union européenne, après celui délivré par la Banque de Lituanie en 2018.
La fin du passeport européen pour le marché français
Jusqu’à cette décision, les comptes français relevaient de Revolut Bank UAB, entité de droit lituanien, par le jeu de la libre prestation de services. La procédure suivie relève du mécanisme de supervision unique : instruction par l’autorité nationale, décision finale de la BCE, schéma applicable aux établissements significatifs de la zone euro.
Le changement de juridiction emporte deux conséquences pour les titulaires de comptes. Les dépôts basculeront progressivement du dispositif lituanien vers le Fonds de garantie des dépôts et de résolution français, dont la couverture s’établit à 100 000 euros par déposant et par établissement, plafond harmonisé à l’échelle européenne. L’agrément rend par ailleurs juridiquement possible la distribution de produits d’épargne réglementés de droit français, dont le Livret A et le livret de développement durable et solidaire, ainsi que le développement d’une offre de crédit immobilier. Le groupe n’a pas communiqué de calendrier de lancement pour ces produits, dont la commercialisation reste conditionnée à la migration effective des comptes et à des exigences prudentielles spécifiques.
Le déploiement s’effectuera par étapes, la France constituant le premier marché servi par la nouvelle entité. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et l’Irlande seront transférés ultérieurement. Revolut Bank UAB conserve la clientèle du reste de l’Espace économique européen, notamment en Europe centrale et orientale. Les deux entités relèvent de la supervision de la BCE, en coordination avec leurs autorités nationales respectives. Le groupe indique que cette organisation à deux pôles n’emporte pas d’effet immédiat pour les clients existants de l’entité lituanienne.
Le poids du marché français dans les comptes du groupe
La France est devenue le deuxième marché du groupe en nombre de clients. Le décompte oscille selon les sources entre sept et huit millions d’utilisateurs, contre cinq millions au printemps 2025. Les indicateurs d’activité publiés pour l’exercice 2025 font état d’une progression de 81 % des dépôts des clients français, de 92 % des paiements par carte et de 83 % de l’encours d’épargne sur un an, pour une croissance de 55 % de la base clients. Le groupe revendique environ 30 millions de clients en Europe de l’Ouest, dont près de 8 millions acquis sur la seule année 2025, et plus de 75 millions dans le monde.
L’engagement d’investissement porte sur plus d’un milliard d’euros en Europe de l’Ouest sur trois ans, annoncé lors du sommet Choose France de mai 2025. Le groupe fait état du lancement du recrutement de plus de 600 collaborateurs sur ses marchés ouest-européens, dont 400 en France, et de l’ouverture en 2027 d’un siège régional à Paris. La gouvernance de l’entité française associe Frédéric Oudéa, ancien directeur général de Société Générale, à la présidence du conseil d’administration, et Béatrice Cossa-Dumurgier, directrice générale pour l’Europe de l’Ouest.
Des fondamentaux qui pèsent dans le dossier prudentiel
Les comptes de l’exercice 2025, publiés le 24 mars 2026, affichent un chiffre d’affaires de 4,5 milliards de livres, soit environ 5,2 milliards d’euros, en progression de 46 %, et un résultat avant impôts de 1,7 milliard de livres, autour de 2 milliards d’euros, en hausse de 57 %. Le résultat net ressort à 1,3 milliard de livres, en progression de 65 %. Il s’agit du cinquième exercice consécutif de rentabilité. Le portefeuille de crédits a progressé de 120 %, à 2,2 milliards de livres. La base clients mondiale atteignait 68,3 millions à la clôture, en hausse de 30 %, et la clientèle professionnelle 767 000 comptes, en progression de 33 %.
Sur le plan capitalistique, une cession secondaire de titres finalisée en novembre 2025, menée par Coatue, Greenoaks, Dragoneer et Fidelity Management & Research, avec la participation de NVentures, véhicule de capital-risque de Nvidia, d’Andreessen Horowitz, de Franklin Templeton et de fonds conseillés par T. Rowe Price, avait valorisé le groupe 75 milliards de dollars. Une transaction ultérieure a porté cette valorisation à 115 milliards de dollars en juillet 2026, niveau situé au-dessus de la capitalisation boursière de Barclays, de l’ordre de 95 milliards. La comparaison porte toutefois sur des grandeurs de nature différente, l’une issue d’une opération privée de montant non divulgué, l’autre d’une cotation continue. Des projets d’introduction en Bourse sont évoqués par les investisseurs sans calendrier confirmé.
Une séquence d’agréments sur plusieurs juridictions
La licence française s’inscrit dans une série d’autorisations obtenues sur douze mois. Le groupe est sorti de la phase de mobilisation britannique en mars 2026, ce qui lui a permis d’exercer pleinement auprès de ses 13 millions de clients au Royaume-Uni, après une instruction de plusieurs années. Le lancement des activités bancaires au Mexique est intervenu en janvier 2026, et une demande de charte bancaire nationale a été déposée aux États-Unis en mars 2026. Le groupe indique opérer comme banque agréée sur plus de 30 de ses 40 marchés.
L’objectif communiqué porte sur 100 millions de clients d’ici la mi-2027, adossé à un plan d’investissement de 10 milliards de livres sur cinq ans. La croissance du groupe s’est accompagnée ces dernières années d’interrogations sur ses dispositifs de conformité, en particulier en matière de lutte contre le blanchiment et la fraude, sujet régulièrement relevé par les superviseurs des marchés où il opère.
