Salaire : aurez-vous une augmentation plus grosse que celle des autres salariés en 2021 ?

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Face à la crise économique, les entreprises se montrent très prudentes. Le budget dédié aux augmentations n’a jamais été aussi bas depuis une dizaine d’années. Mais certains profils vont, en revanche, voir leur salaire grimper très nettement.

« C’est du jamais-vu depuis la dernière crise mondiale de 2008 ». Pour Franck Chéron, spécialiste des rémunérations au sein du cabinet Deloitte, les augmentations vont être limitées à la portion congrue cette année. L’enveloppe consacrée par les entreprises ne devrait progresser que de 1% (taux médian), selon cet expert interrogé par MoneyVox. Il se base sur les derniers chiffres d’une étude annuelle (1) publiée en septembre par Deloitte, mais qui vient d’être réactualisée au regard des impacts de la crise économique.

Sans surprise, entre les intentions affichées encore à l’automne dernier et aujourd’hui, les revalorisations des salaires sont orientées à la baisse. « Ces dernières années, la médiane des augmentations tournait plutôt autour de 2 à 2,5%. La différence est donc notable. Avec le jeu de l’inflation, le gain de pouvoir d’achat lié à la revalorisation des salaires cette année va être divisée par 2 comparée à 2020 », constate Franck Chéron.

Un cinquième des entreprises gèle les augmentations

Et dans le lot, 20% des entreprises vont encore plus loin avec un gel des augmentations de salaire. Un chiffre inédit confirmé par LHH, un cabinet de conseil en ressources humaines. « Les principales raisons évoquées sont la crainte d’une baisse d’activité et une mesure de prudence face à une situation incertaine. Cette absence de mesures concerne 4% des entreprises du tertiaire financier, 15% de l’industrie et 44% des autres secteurs, ceux-ci comprenant des activités soit très impactées par la crise, soit au contraire plutôt favorisées », souligne son Observatoire annuel de la rémunération (2), publié fin janvier.

Voici pour la photographie globale, mais dans le détail, la situation est plus contrastée en fonction des secteurs d’activité. « Dans la santé, par exemple, on est sur des hausses annoncées entre 1,6% et 2%, +1,3% dans la grande distribution ou encore entre 1 et 1,5% dans la finance. En revanche, dans les transports ou le BTP, particulièrement touchés par la crise, on se rapproche du 0 », explique Franck Chéron.

Des hausses de 10 à 15% pour des profils bien spécifiques

Cette année, pour celles et ceux qui seront augmentés, il y aura aussi un écart en fonction du statut dans l’entreprise : les ouvriers et employés pourront tabler sur +1,2% contre un +1,5% pour les techniciens/agents de maîtrise et les cadres. Chez les cols blancs, certains s’en sortiront même très bien. « Le marché du travail pour les talents les plus recherchés n’est pas atone. Pour fidéliser les profils les plus demandés, il faut les augmenter plus que les autres », souligne Franck Chéron.

« Nous nous attendons également à ce que de nombreuses entreprises distribuent les augmentations salariales en fonction des catégories de salariés : augmentations significatives à leurs meilleurs talents, priorisation des titulaires, ayant des compétences rares, notamment dans le domaine du digital, et ceux ayant des emplois susceptibles de contribuer le plus à la réussite ou à la survie de l’entreprise en 2021 », observe Khalil Ait-Mouloud, responsable de l’activité enquêtes de rémunération au sein du cabinet Gras Savoye Willis Towers Watson.

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Des hausses de plus de 10% sont ainsi attendues pour des métiers bien spécifiques d’après la dernière enquête du cabinet de recrutement Robert Walters, citée par Capital. C’est le cas des directeurs des opérations techniques dans les métiers de la supply chain, des achats et de la logistique, par exemple, mais encore des directeurs financiers ou de trésorerie. Les responsables cybersécurité ou les data scientist seront aussi bien récompensés. La palme revient aux responsables des relations sociales qui s’occupent des instances représentatives du personnel et du dialogue social. Dans un contexte où leurs nerfs sont soumis à rude épreuve, ils devraient se voir gratifier d’une hausse de 15% !

(1) Etude sur les rémunérations, 9ème édition, septembre 2020, actualisée en décembre auprès d’un panel d’entreprises participantes afin d’affiner les prédictions précédentes. L’étude du cabinet Deloitte repose sur l’analyse d’un million de données individuelles (300 entreprises) au sein de tous les secteurs d’activité, tailles d’entreprise et localisations géographiques.

(2) Enquête sur les politiques de rémunérations 2021 du cabinet LHH. Une centaine d’entreprises ont fait part de leurs prévisions budgétaires de NAO dans le cadre de l’enquête menée en janvier 2021, dont 44 dans le secteur industriel, 29% dans le secteur tertiaire financier. Parmi ces sociétés, 70% ont un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros et la moitié situent leur chiffre d’affaires entre 300 millions et 1 milliard d’euros ; 57% ont un effectif supérieur à 1 000 collaborateurs et 33% entre 1 000 et 5 000 collaborateurs.

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