L’application Yuka et l’association Que Choisir Ensemble, anciennement UFC-Que Choisir, ont publié le 3 novembre une enquête consacrée à ce qu’elles appellent l’« additive washing ». Le terme désigne la pratique consistant, pour une marque, à mettre en avant sur l’emballage l’absence d’un additif ou d’une famille d’additifs, comme les conservateurs ou les colorants, alors que le produit en contient d’autres. Les deux organisations demandent le retrait de ces mentions et l’ouverture d’une enquête nationale par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes.
Vingt produits de grandes marques examinés
L’enquête porte sur vingt produits ultra-transformés vendus en grande surface et affichant des allégations « sans ». Elle cite notamment des références des marques Ker Cadélac, Daunat, Président, Old El Paso, Alsa, Pasquier, Haribo, Findus, Knorr, Blini, Elle & Vire, Père Dodu, Vico, Ben’s Original, Yoplait et Carrefour.
Produit
Mention sur l’emballage
Madeleines Nature Ker Cadélac
Sans colorant, sans conservateur
Cordon-bleu de poulet Père Dodu
Sans colorant, huile de palme, exhausteur de goût
Pommes noisettes Findus
Sans colorant, conservateur, huile de palme
Yaourts Panier de Yoplait 0 %
Sans conservateur, colorant, arôme artificiel
Sandwich Le Moelleux poulet rôti Daunat
Sauce sans conservateur
Source : Yuka et Que Choisir Ensemble, enquête du 3 novembre 2026. Extrait de la liste des vingt produits.
Selon l’enquête, tous les produits contiennent d’autres additifs que ceux dont l’absence est revendiquée, jusqu’à huit pour un même produit. Dix-neuf sur vingt renferment au moins un additif classé « à risque élevé » selon la grille d’évaluation de Yuka, élaborée à partir des travaux de l’Autorité européenne de sécurité des aliments, de la FAO, de l’Organisation mondiale de la santé et du Centre international de recherche sur le cancer. Les deux organisations reconnaissent que les mentions sont exactes, mais estiment qu’elles induisent le consommateur en erreur sur la composition réelle du produit : un aliment « sans colorant ni conservateur » peut contenir des agents de texture, des émulsifiants ou des édulcorants, qui relèvent d’autres familles d’additifs.
Des additifs autorisés mais débattus
Tous les additifs concernés sont autorisés par la réglementation européenne. Certains font toutefois l’objet de travaux scientifiques qui alimentent le débat. Les mono- et diglycérides d’acides gras, codés E471, figurent parmi les émulsifiants associés, dans des études de la cohorte française NutriNet-Santé menées par l’Inserm, à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de certains cancers chez les plus gros consommateurs. Ces travaux établissent des associations statistiques et non un lien de causalité, l’Autorité européenne de sécurité des aliments ne fixant pas de dose journalière admissible pour cet additif. Les phosphates, dont les diphosphates et triphosphates, ont été réévalués par l’Autorité européenne en 2019, qui a fixé une dose journalière admissible de groupe et relevé que certaines populations, notamment les enfants, pouvaient la dépasser, avec des effets potentiels sur la fonction rénale. Les deux organisations soulignent que la pratique cible de nombreux produits destinés aux enfants et recommandent de lire systématiquement la liste des ingrédients.
Un cadre juridique général
Il n’existe pas de règle européenne spécifique encadrant les allégations « sans » appliquées aux additifs. Le règlement européen concernant l’information des consommateurs sur les denrées alimentaires, dit INCO, pose un principe général : l’information ne doit pas induire en erreur, notamment en suggérant qu’une denrée possède des caractéristiques particulières alors que tous les produits similaires possèdent ces mêmes caractéristiques. Les allégations trompeuses relèvent par ailleurs du régime des pratiques commerciales trompeuses du code de la consommation, dont le contrôle incombe à la DGCCRF. Celle-ci n’avait pas réagi publiquement à l’enquête le jour de sa publication. Les marques citées n’avaient pas non plus communiqué de réponse. L’enquête intervient dans un contexte de défiance croissante des consommateurs envers les aliments ultra-transformés, dont témoigne l’audience de Yuka, qui revendique 80 millions d’utilisateurs dans le monde. Les deux organisations estiment que les industriels exploitent cette préoccupation en mettant en avant des absences rassurantes, une stratégie qui brouille selon elles l’information au lieu de l’éclairer.
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