Les actions représentaient 48,2 % des actifs financiers des ménages américains au deuxième trimestre 2026, selon les derniers comptes financiers de la Réserve fédérale (Financial Accounts, publication Z.1). Il s’agit du niveau le plus élevé depuis le début de la série, en 1945, au-dessus des 38,7 % atteints au sommet de la bulle internet et des 41 % relevés en 2021, après l’épisode des actions « mèmes ». Les ménages détiennent environ 74 000 milliards de dollars (près de 66 000 milliards d’euros) d’actions, contre quelque 20 000 milliards de dollars (environ 17 900 milliards d’euros) de dépôts bancaires et de fonds monétaires.
Un ratio de 3,65 dollars d’actions pour 1 dollar de liquidités
Rapporté aux liquidités, le poids des actions atteint aussi un record : les ménages américains détiennent 3,65 dollars d’actions pour chaque dollar placé en dépôts et fonds monétaires. Ce ratio était de 3,00 dollars au sommet de la bulle internet et de 0,99 dollar au point bas de 2009. L’argent qui attendrait « sur la touche », expression courante à Wall Street, est donc proportionnellement plus réduit qu’à aucun moment de l’histoire statistique de la Fed.
| Indicateur | Bulle internet | 2009 ou 2021 | Juin 2026 |
|---|---|---|---|
| Part des actions dans les actifs financiers | 38,7 % | 41,0 % (2021) | 48,2 % |
| Dollars d’actions pour 1 dollar de liquidités | 3,00 | 0,99 (point bas de 2009) | 3,65 |
| Actions détenues par les ménages | Non communiqué | Non communiqué | Environ 74 000 milliards de dollars (66 000 milliards d’euros) |
| Dépôts et fonds monétaires | Non communiqué | Non communiqué | Environ 20 000 milliards de dollars (17 900 milliards d’euros) |
Des chiffres qui valent surtout pour les ménages aisés
La catégorie « ménages » de la Fed regroupe aussi les organisations à but non lucratif, et la banque centrale précise que ses estimations pour ce groupe sont « largement résiduelles, dérivées des données d’autres secteurs ». La définition influe sur le résultat : pour la même publication du 11 septembre, Crypto Briefing cite une part de 46,6 % des actifs financiers des ménages, contre 48,2 % pour Yahoo Finance, qui englobe les fonds et les comptes retraite.
La détention est très inégale. D’après les données de répartition de la Fed, le 1 % de ménages les plus riches possède environ la moitié des actions et des fonds actions, et les 10 % les plus riches en détiennent 88 % (87 % selon Crypto Briefing). La moitié la moins fortunée en possède environ 2 %.
La hausse vient avant tout de l’appréciation des cours plutôt que d’achats massifs : lorsque les actions montent et que le reste du patrimoine stagne, leur poids s’accroît mécaniquement. Au deuxième trimestre, le S&P 500 a gagné 14,9 % et le Nasdaq 21,4 %, selon Crypto Briefing, et le patrimoine net des ménages américains a progressé de 12 800 milliards de dollars (environ 11 400 milliards d’euros), à près de 196 000 milliards de dollars (environ 175 000 milliards d’euros). Les actions ont contribué à hauteur d’environ 10 700 milliards de dollars (9 500 milliards d’euros) à cette hausse.
Ce que l’historique indique sur les rendements à dix ans
À partir des rendements hors dividendes de l’indice depuis 1951, la performance médiane annualisée du S&P 500 sur les dix années suivantes selon la part des actions dans les actifs des ménages au départ. Lorsque cette part était inférieure à 20 %, le rendement médian atteignait 11,2 % par an. Entre 20 % et 30 %, il tombait à 5,6 %, et au-delà de 30 %, à 4,9 %.
L’explication avancée tient à la dynamique d’achat : une part faible laisse beaucoup de capitaux à investir, souvent à des valorisations modérées, tandis qu’une part élevée indique qu’une grande partie des achats a déjà eu lieu. Yahoo Finance souligne que ce repère porte sur une décennie et ne sert pas à anticiper les retournements. La plupart des niveaux élevés de la série correspondent à la fin des années 1990 et aux années précédant la crise de 2008, et le niveau actuel dépasse tout ce que la série a enregistré.
L’effet sur les portefeuilles individuels est tangible. Un investisseur qui aurait fixé une allocation de 60 % d’actions et 40 % d’obligations début 2023, sans jamais rééquilibrer, détiendrait aujourd’hui environ 73 % d’actions.
Un recul des valeurs d’IA qui teste la consommation
Cette exposition rend la consommation plus sensible aux marchés. Le 8 octobre, le S&P 500 a reculé de 0,5 % et le Nasdaq de 1,3 % pour la deuxième séance consécutive, après des records de clôture le 6 octobre, d’après Hargreaves Lansdown. Les valeurs liées à l’intelligence artificielle et aux semi-conducteurs, dont Nvidia et Broadcom, figuraient parmi les plus touchées, dans un marché pénalisé par une hausse du baril de Brent d’environ 4 %, autour de 104 dollars (environ 93 euros).
Les bilans des ménages disposent néanmoins d’un coussin. Dans une note du 24 septembre, l’économiste Aditya Bhave, de BofA Global Research, relève que les actifs des ménages ont dépassé dix fois leurs engagements, grâce à une « envolée du patrimoine en actions ». Avec une chute de 20 % des actions, ce ratio « ne retomberait qu’à 9,5 », soit un niveau encore supérieur à tout ce qui précédait le second semestre 2025. La prochaine mise à jour de la Fed est prévue le 10 décembre, et une estimation approximative de Yahoo Finance situe la part des actions près de 49 %, soit un nouveau record.
Côté français : des flux d’épargne qui se portent sur l’assurance-vie
Les statistiques françaises ne se prêtent pas à une comparaison directe avec la part américaine, car les chiffres publiés par la Banque de France et relayés par la presse spécialisée portent sur des flux trimestriels de placements, et non sur le poids des actions dans l’encours total. Ils donnent toutefois la direction de l’épargne nouvelle : au premier trimestre 2026, les ménages français ont placé 32 milliards d’euros, contre 26,1 milliards au quatrième trimestre 2025, dont 18,2 milliards dans des produits de fonds propres (actions, unités de compte) et 10,3 milliards dans des produits de taux.
| Flux de placements des ménages français | 1er trimestre 2026 (définitif) | 2e trimestre 2026 (estimation provisoire) |
|---|---|---|
| Total des placements | 32 milliards d’euros | Non communiqué |
| Produits de fonds propres (actions, unités de compte) | 18,2 milliards d’euros | Non communiqué |
| Produits de taux (dépôts, livrets, fonds euros) | 10,3 milliards d’euros | Non communiqué |
| Fonds en euros (assurance-vie et épargne retraite) | 13,4 milliards d’euros | 11,1 milliards d’euros |
| Unités de compte | 11,3 milliards d’euros | 13 milliards d’euros |
| Actions cotées | 2,5 milliards d’euros | Non communiqué |
| Actions non cotées | 3,7 milliards d’euros | Non communiqué |
| Épargne réglementée | Décollecte nette de 10,4 milliards d’euros | Décollecte de 3,6 milliards d’euros |
Au deuxième trimestre, l’estimation provisoire place les unités de compte (13 milliards d’euros) légèrement au-dessus des fonds en euros (11,1 milliards), alors que ces derniers dominaient au trimestre précédent (13,4 milliards contre 11,3 milliards). L’épargne réglementée continue de perdre des capitaux.
