Analyse et Stratégie : « Ce matin, la seule certitude est que Donald Trump n'a pas perdu », petit tour d'horizon des réactions des stratégistes

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Christian Parisot, économiste en chef chez Aurel BGC : « Il n’y aura pas de ‘vague bleue’. Malgré des sondages très favorables, M. Biden n’a pas bénéficié d’un vote massif des Américains en sa faveur. Ce matin, la seule certitude est que Donald Trump n’a pas perdu. Il a réussi à remporter la Floride et le Texas, deux Etats indispensables à sa victoire. […] Le pire des scénarios semble se dessiner ce matin, celui d’une incertitude sur le résultat de l’élection présidentielle pendant plusieurs jours. […] Le Sénat pourrait rester à majorité républicaine. »

Alexandre Baradez, analyste de marché en chef chez IG France : « L’enjeu pour les marchés dans les jours et les semaines qui viennent est d’avoir un maximum de visibilité sur le plan de soutien économique qui n’avait pas pu être négocié au Congrès en raison de l’enjeu électoral et de la composition des deux chambres. On pourrait donc se retrouver avec les mêmes blocages politiques si la configuration politique restait la même qu’avant l’élection [à savoir une Chambre des représentants démocrate et un Sénat républicain]. Le scénario d’une contestation de l’élection par les deux candidats serait le pire pour les marchés financiers car il freinerait la mise en place de mesures importantes. Cela ajouterait également à l’incertitude concernant la politique étrangère des Etats-Unis et notamment vis-à-vis de l’Europe ou encore de la Chine sur les questions commerciales notamment. »

Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank à Londres : « Il y a deux conclusions à tirer de l’élection d’hier soir. 1) Il s’agit de l’une des pires performances des sondages d’opinion de l’histoire, 2) il n’y aura pas de conclusion ferme avant plusieurs heures, probablement plusieurs jours, voire plusieurs semaines, avec un risque élevé de contestation judiciaire. […] Si vous cherchez de l’aide du côté des statistiques, Biden est légèrement favori pour la présidence mais les républicains sont légèrement favoris pour le Sénat. […] Les grandes inconnues [pour la présidence] sont à chercher du côté des principaux États du Midwest (Michigan, Wisconsin et Pennsylvanie) où le dépouillement des votes par correspondance se poursuivra dans les prochains jours. […] La composition du Sénat reste également à déterminer [il y a renouvellement d’un tiers des sénateurs], les démocrates doivent reprendre [aux républicains] trois sièges en cas de victoire de Biden ou quatre en cas de victoire de Trump [car, en cas d’égalité, c’est le vice-président qui tranche] pour contrôler le Sénat après avoir perdu un siège plus tôt dans la nuit en Alabama. Ils ont pu obtenir un siège dans le Colorado, mais sont à la traîne en Caroline du Nord, dans le Maine et dans l’Iowa. Ils ont encore une chance dans le Montana. »

Kit Juckes, stratégiste devises en chef chez Société Générale : « Les sondages se sont trompés, une fois de plus. Les marchés attendent de la clarté, mais je continue de penser que, pour le dollar [qui rebondit], la Fed a plus d’importance que la personne qui vit à la Maison-Blanche. On n’a pas encore les résultats mais les chances de réussite du ‘balayage bleu’ sont beaucoup plus faibles maintenant. Cela signifie certainement une incertitude à court terme, jusqu’à ce que nous obtenions un résultat. Cela signifie notamment un assouplissement budgétaire moins important que ce qui aurait été le cas autrement et une dépendance continue à l’égard de la Fed pour soutenir l’économie, pendant plus longtemps. »

Paul Ashworth, chef économiste pour les Etats-Unis chez Capital Economics : « La ‘vague bleue’ est tombée à l’eau. […] Le meilleur scénario pour Joe Biden est qu’il remporte une courte victoire dans certains de ces États du Midwest, ce qui lui permettrait d’atteindre les 270 voix […]. Mais, même dans ce scénario, les républicains finiraient probablement par détenir le Sénat – ou alors les démocrates détiendraient, au mieux, une majorité d’un siège. Cela les laisserait à la merci des démocrates les plus modérés, comme le sénateur Joe Manchin, qui sont hostiles au Green New Deal et sont plus enclins à s’inquiéter de l’équilibre budgétaire ou à voter contre des hausses d’impôts. Les espoirs d’une relance à grande échelle sous une vague bleue semblent désormais hors de portée, ce qui explique la forte baisse du rendement du Trésor à 10 ans au cours des dernières heures. À ce stade, il y a probablement plus de chance d’avoir une relance budgétaire supplémentaire si M. Trump remporte un second mandat. »

Sébastien Galy, macro-stratégiste chez Nordea Asset Management : « La course à la présidence est serrée, le président s’accroche dans les États rouges alors que des partisans cachés de Trump ont émergé à nouveau. Dans les États charnières, il prend l’Ohio et la Floride et est bien placé au Michigan, en Pennsylvanie et au Wisconsin [dans ce dernier Etat, l’avantage a tourné dans la dernière heure en faveur de Biden]. En revanche, Joe Biden l’emporte probablement en Arizona et en Virginie et est bien placé dans le Minnesota. »

Marco Willner, directeur de la stratégie d’investissement de NN Investment Partners : « La course à la Maison Blanche est beaucoup plus serrée que ne le laissaient penser les sondages. Le Parti républicain a même gagné trois sièges à la Chambre des représentants à ce stade. Le résultat final désignant le prochain président se décidera probablement dans les cinq Etats suivants : l’Arizona, la Géorgie, la Pennsylvanie, le Wisconsin et le Michigan. Le décompte des votes pourrait subir des délais et le risque de voir les élections contestées est très élevé. Les premières réactions des marchés ont été significatives, mais pas extrêmes : les rendements du Trésor américain à 10 ans ont chuté de 10 points de base à 0,79% ; le Nasdaq a gagné environ 1% ; les marchés boursiers européens ont ouvert à la baisse ; l’euro s’est affaibli à 1,16 par rapport au dollar américain. Ces mouvements correspondent à une correction par rapport au scénario initial d’une marée bleue démocrate et à une diminution générale de l’exposition au risque. »

Derek Halpenny, stratégiste chez MUFG Bank : La non-défaite de Donald Trump a, pour le moment, « l’avantage de faire monter le dollar. […] Les États cruciaux qui étaient en jeu pour la victoire des démocrates sont restés républicains. La Floride, la Caroline du Nord et la Géorgie en font partie. La Géorgie reste en jeu, le New York Times donnant à Biden une plus grande probabilité de gagner malgré son retard dans le décompte des voix. L’Arizona est le seul État à avoir été repris par Biden jusqu’à présent […], il n’a potentiellement besoin que de deux des trois États que sont la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin. En gagnant l’Arizona, Biden n’a potentiellement pas besoin de la Pennsylvanie. Il pourrait gagner la présidence tant qu’il remporte les deux autres : le Wisconsin et le Michigan. »

Carlo Alberto De Casa, analyste chez ActivTrade : « Les investisseurs sont en mode risk off, mais ils n’achètent pas encore d’or. Ils recherchent la clarté avant de prendre des positions. »

Investir – Analyses et opinions – Les Echos Bourse

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