CASINO GUICHARD : Les scénarios chocs pour Casino après la mise en sauvegarde de Rallye

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(BFM Bourse) – Rapprochement avec un autre acteur, vente par appartements, accord amiable avec les créanciers… Tous les scénarios semblent sur la table pour Casino en raison des difficultés de son propriétaire. Mais pour les actionnaires en place, mieux vaut que le dénouement quel qu’il soit tarde le moins possible

L’édifice des sociétés holdings de la galaxie Naouri va-t-il s’écrouler comme un château de cartes ? Et quelles seraient les conséquences pour le célèbre groupe de distribution, héritier de l’entreprise stéphanoise fondée par Geoffroy Guichard à la fin du XIXe siècle ?

Pour rappel, l’actionnaire majoritaire de Casino est la holding Rallye, majoritairement détenue elle-même par Foncière Euris, elle-même majoritairement contrôlée par Finatis, principalement possédée en retour par Euris. Et cette dernière est aux mains de Jean-Charles Naouri, qui contrôle ainsi le distributeur Casino en bout de chaîne en ne détenant en direct que l’équivalent de 25% des parts du distributeur.

A entendre les holdings intéressées, on pourrait croire que l’ouverture de procédures de sauvegarde restera anecdotique : elles n’entendent qu’ “assurer l’intégrité du groupe” et “consolider leur situation financière dans un environnement stabilisé”, loin des “attaques spéculatives et massives” dont elles font l’objet en Bourse. Du côté de la filiale opérationnelle Casino, on assure que ces procédures “ne concernent pas le Groupe Casino, ni ses activités, ni ses collaborateurs, ni la poursuite de son plan stratégique en cours d’exécution”.

En réalité, l’opération de réaménagement pour laquelle on a fait appel à la fine fleur des administrateurs judiciaires -Maître Hélène Bourbouloux, intervenue chez Vivarte, Technicolor, Saur ou encore CGG et Maître Frédéric Abitbol, intervenu chez Toys’R’Us, Belvédère ou William Saurin- résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel du capitalisme français. Il devrait s’agir de “la plus importante restructuration de dette d’une société française cotée en Bourse”, note Olivier Pinaud de l’Agefi. Rallye, à elle seule, porte 2,899 milliards d’euros de dette, et le total atteint 3,295 milliards d’euros avec celles de Foncière Euris, Finatis et Euris. Soit quasiment le double de CGG en 2017, rappelle notre confrère.

Les remboursements de dettes en pause

Cette crise a été précipitée par la récente baisse du titre Casino, dans le sillage de résultats décevants au premier trimestre. Cette baisse a encore réduit la valeur de l’actif de Rallye (la holding détient également le groupe Go Sport et un petit portefeuille d’investissements notamment immobiliers, mais 98% de ses revenus viennent de sa participation dans Casino), l’obligeant à hypothéquer encore davantage d’actions Casino pour refinancer sa dette, mais le point limite a été atteint. Rallye a nanti la quasi-totalité de ses actions, a reconnu l’entreprise, et a par ailleurs commencé à tirer sur une ligne de crédit à échéance 30 juin 2020 (plus de 200 millions sur un total de 500), à un taux annuel de 6%.

La mise sous sauvegarde permet aux entreprises concernées de s’abstraire de leurs obligations financières (celles contractées avant l’ouverture de la procédure) le temps de trouver un accord pour réaménager leur dette. La période de départ est de six mois mais peut être prolongée jusqu’à 18 mois. Toute la question est de savoir si à l’issue, Jean-Charles Naouri, PDG de Casino, sera en mesure de conserver le contrôle du capital. En théorie, l’échéancier peut être réaménagé sur une durée de dix ans, ce qui laisse de la marge. Mais tout dépend des discussions avec les créanciers, qui ne seront pas forcément prêts à laisser ouvert le robinet sur une échéance aussi longue, dans un contexte où la rentabilité des acteurs de la distribution -donc leur solvabilité à long terme- n’est pas tendanciellement très bien orientée.

Dès lors, beaucoup d’options sont potentiellement sur la table et le marché les testera probablement les unes après les autres. Les avocats, banquiers et autres spécialistes ès-fusions-acquisitions échafauderont volontiers tous les montages.

Un rapprochement avec Carrefour ?

Le projet de rapprochement évoqué en septembre dernier avec Carrefour ne devrait pas manquer de revenir sur le devant de la scène à un moment ou à un autre. De fait, il découle même du devoir des dirigeants de Carrefour envers leurs actionnaires d’examiner toute opportunité de développement que les difficultés de ceux de Casino pourrait entraîner, note Andrea Felsted chez Bloomberg, même si pour des questions d’antitrust un tel attelage risquerait de se heurter à des obstacles réglementaires et politiques.

Un rachat par Amazon ?

Si les français n’accueillent généralement pas les multinationales étrangères les bras ouverts, la crise de la dette de Rallye pourrait après tout susciter l’attrait de concurrents étrangers. Et pourquoi pas… Amazon, cite l’éditorialiste de Bloomberg. Après tout le géant américain et Monoprix, la pépite de Casino, ont récemment renforcé leur partenariat, initialement noué en septembre 2018. Et Jeff Bezos a déjà opéré une incursion dans le commerce physique en rachetant Whole Foods en 2017. Avec Monoprix et Franprix, Amazon obtiendrait d’un coup un réseau séduisant, largement présent dans la capitale française.

Encore des ventes de murs de magasins ?

Mais pour les investisseurs, c’est probablement une période prolongée sans réelle visibilité qui s’ouvre, redoute Bruno Monteyne, analyste de Berstein -et auteur de plusieurs passes d’armes avec la direction de Casino au sujet de la réelle santé financière du groupe.

Pour Barclays, la procédure de sauvegarde en tant que telle ne résout pas les problèmes fondamentaux de Rallye et de Casino. “Rallye achète du temps, pas une solution”, craignent les analystes de la banque britannique. Sans changement de gouvernance et de stratégie, Casino pourrait poursuivre sa politique de vente de murs de magasins, que Barclays juge à terme destructrice de valeur. “L’issue de la procédure n’est pas évidente et il pourrait s’écouler plusieurs mois avant d’y voir plus clair […] Ce manque de visibilité devrait peser sur les titres Casino“, indique le bureau d’études.

Une chose est sûre en tous cas: plus les mesures nécessaires seront repoussées, et plus l’actionnaire minoritaire risque d’en pâtir.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

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