L’AMF met en garde contre le retour de la "boiler room", qui fait monter des titres sur du vent

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(BFM Bourse) – Le gendarme de la Bourse met en garde contre la “boiler room”, une technique de vente agressive utilisée depuis de nombreuses années par des opérateurs sans scrupules. Ces profiteurs incitent de nombreux investisseurs à acheter certaines actions pour en faire grimper le cours, avant de revendre celles qu’ils détiennent avec une belle plus-value. Jordan Belfort, le broker dont s’inspire Le loup de Wall Street, avait recours à cette technique.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) invite les épargnants à se méfier d’une technique de démarchage agressif, qui s’opère souvent par téléphone, consistant à solliciter les investisseurs pour les pousser à acheter des produits financiers, selon un communiqué publié vendredi. La “boiler room”, ou technique de la bouilloire, consiste à mettre un titre sous pression en distillant des fausses informations pour en faire grimper le cours, et le revendre ensuite avec une plus-value lorsque des investisseurs naïfs ont massivement acheté.

“L’objectif des manipulateurs”, qui ont recours à des “tactiques agressives de vente” et promettent “des rendements élevés”, est “d’inciter à investir dans l’actif concerné pour leur permettre de céder leurs titres à un cours élevé”, explique le gendarme boursier. Le manipulateur “se présente comme une société de courtage ou une société de gestion d’actifs et approche les investisseurs”, souvent par téléphone, pour “leur vanter le potentiel d’un actif dans lequel elle détient des intérêts”, précise l’AMF.

La technique illustrée par le personnage de Di Caprio dans “Le loup de Wall Street”

Ce genre de fraude, qui “existe depuis de nombreuses années, peut porter sur des sociétés cotées sur différents marchés européens et peut viser les investisseurs particuliers dans toute l’Europe”, ajoute le régulateur, qui incite donc les particuliers “à la plus grande vigilance”. Cette technique de manipulation ne se limite toutefois pas aux marchés boursiers présents sur le Vieux Continent puisque l’exemple le plus connu nous vient des États-Unis.

Rendu célèbre par Martin Scorcese dans le film Le loup de Wall Street, Jordan Belfort avait fait fortune dans les années 1990 grâce à son incroyable talent de persuasion ainsi qu’à la mécanique implacable qu’il avait construit. À savoir acheter des actions qui ne valent presque rien puis poussant les nombreux courtiers travaillant sous ses ordres à convaincre des milliers d’investisseurs d’acheter ces actions, pour faire des plus-values sur leur dos.

Bien avant Le Loup de Wall Street, en 2000, un autre film s’était inspiré de l’affaire Stratton Oakmont, du nom de la maison de courtage fondée par Jordan Belfort : Les Initiés… ou “Boiler Room” en version originale. À noter que ce premier long-métrage est sorti sept ans avant la publication du livre écrit par le trader depuis sa cellule (il a fait 22 mois de prison pour délit de fausse information ayant entraîné une perte avoisinant les 200 millions de dollars pour ses investisseurs).

Des recommandations suspectes sur certains titres cotés à Paris

L’AMF estime ainsi que “des recommandations d’achat suspectes sont actuellement émises sur des actions cotées” à la Bourse de Paris, à savoir: Media Lab, Arthur Maury, Design your Home, Gour Medical, Parx plastics et Italy Innovazioni. Le régulateur français ajoute disposer “d’éléments indiquant que ces recommandations d’achat pourraient se baser sur des informations fausses ou trompeuses et/ou dissimulent des conflits d’intérêts existants. “Certains agissements pourraient constituer des infractions pénales”, poursuit le gendarme boursier.

Ce dernier recommande donc aux épargnants de s’assurer que l’intermédiaire financier qui propose ou conseille des investissements financiers y est bien autorisé. En cas d’infraction supposée, les investisseurs peuvent déposer plainte auprès du tribunal de grande instance en fournissant toutes les informations possibles (références des transferts d’argent, contacts identifiés, adresses, mails, Skype, etc.) aux autorités judiciaires compétentes.

D’une manière générale, l’AMF conseille toujours aux épargnants de conserver les preuves de leurs échanges (enregistrement des conversations téléphoniques, captures d’écran) s’ils décident d’investir.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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