OCEASOFT : Quelles leçons tirer du rendez-vous manqué d’Oceasoft avec la Bourse?

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(BFM Bourse) – Introduite en Bourse à 9 euros en 2015, la société montpelliéraine Oceasoft pourrait sortir de la cote à 2,85 euros à l’issue de l’OPA du groupe américain Dickson, un leader des instruments de test et de mesure. L’essor des ventes de la société a été beaucoup moins rapide que ne l’annonçaient ses dirigeants. Et alors que ses finances commençaient à souffrir, Oceasoft a vu sa situation brusquement aggravée par le zèle de l’administration fiscale.

En janvier 2015, les bonnes fées ne manquaient pas autour de l’introduction en Bourse d’Oceasoft, spécialiste des capteurs intelligents et connectés, destinés à mesurer des paramètres critiques (comme la température, le degré d’humidité, le taux de CO2, le niveau de pression différentielle, etc.) utilisés principalement par les secteurs de la santé et de l’agroalimentaire pour surveiller l’intégrité de leurs marchandises depuis la production jusqu’à la livraison aux clients. Objectif: améliorer significativement tous les processus industriels et logistiques et, ainsi, la productivité.

Quelques mois auparavant, l’introduction sur Euronext Paris du premier acteur européen des objets connectés, AwoX, avait connu un succès mémorable : la demande de titres avait représenté plus de cinq fois l’offre, permettant à l’entreprise de décrocher une valorisation proche de 70 millions d’euros, soit plus de dix fois son chiffre d’affaires de l’époque.

Autant dire que la thématique était porteuse pour Oceasoft qui se positionnait non pas sur les applications grand public, parfois plus récréatives qu’utiles, mais sur la “deuxième vague” des objets connectés, celle touchant à l’industrie – un marché potentiellement beaucoup plus important.

Financer le fonds de roulement avec l’argent levé

Proposant ce qui ce faisait de mieux en termes de précision, de consommation ou de portée de transmission, la firme avait déjà aligné des succès encourageants, remportant par exemple un appel d’offre du leader de l’instrumentation ThermoFisher au nez et à la barbe de mastodontes tels que General Electric ou Rees Scientific. Avec entre autres des produits 100% compatibles avec le transport aérien, Oceasoft ayant mis au point une technologie permettant d’interrompre automatiquement l’émission haute fréquence des données au décollage.

Pratiquement autofinancée depuis sa création en 2000 (avec le coup de pouce initial de fonds d’amorçage régionaux, habituel pour une société innovante de ce type) et affichant plusieurs années de croissance à deux chiffres, la société est donc venue chercher en Bourse, très classiquement, les moyens d’accélérer sa croissance, notamment à l’international, et continuer à travailler sa R&D “pour faire d’Oceasoft un acteur incontournable de l’internet des objets pour l’industrie”… Mais aussi pour financer le besoin en fonds de roulement.

Afin d’assurer le succès de l’opération, Oceasoft était notamment allé chercher un directeur financier, Pierre Schwich, habitué à introduire des sociétés innovantes (il a participé à celles de HighCo, Genesys et Pharnext). Première introduction de l’année 2015 sur Euronext, la firme avait levé 9 millions d’euros, lors d’une opération toutefois plus suivie des particuliers (52%) que des institutionnels (48%), certains fonds ayant trouvé la valorisation trop gourmande malgré un prix fixé en milieu de fourchette.

Une action qui chute de 25% dès la première année

Malheureusement, la suite de l’histoire a plutôt donné raison aux sceptiques, avec dès la première année une baisse de 25% du titre Oceasoft, et surtout une chute monumentale à partir du début de 2018, amenant la firme à accueillir favorablement une offre de rachat de l’américain Dickson à un prix de 2,85 euros l’action, qui bien qu’éloigné du cours d’introduction représente une forte prime (+101% par rapport au cours du 23 septembre dernier, précédent l’annonce du projet d’OPA, et +144% par rapport au cours moyen pondéré des trois derniers mois précédant l’annonce). Ouverte jeudi 19 novembre, l’offre publique d’achat court jusqu’au 11 décembre inclus, Dickson ayant en tout état de cause déjà pris le contrôle effectif en rachetant un bloc de 62% du capital aux fondateurs et historiques.

En moins de cinq années de présence en Bourse, que s’est-il passé pour conduire à un épilogue aussi décevant ? Et surtout quelles leçons en tirer ?

Le cas d’Oceasoft est en effet assez représentatif d’un certain nombre d’entreprises, disposant d’une technologie séduisante sur le papier, mais qui se voient “un peu trop belles” en oubliant que les produits ne se vendent pas d’eux-mêmes, face à une concurrence commercialement mieux armée, et qui, passés les premiers succès, échouent à franchir un palier en termes d’activité malgré l’apport de fonds consenti par les boursicoteurs.

Une incapacité à atteindre ses objectifs

Il faut bien reconnaître que la cause première de la dévalorisation boursière d’Oceasoft est son incapacité à atteindre ses objectifs. “Nous évoluons sur un marché des capteurs connectés pour l’industrie qui devrait progresser au rythme de +34% par an en moyenne. Ceci combiné à la pertinence de notre offre et à notre déploiement géographique, nous permet de viser une multiplication par quatre de notre activité d’ici 2017”, déclarait le PDG et fondateur Laurent Rousseau dans un entretien à Boursier.com au moment de l’IPO en 2015.

Sauf qu’en réalité, le chiffre d’affaires est passé de 4,6 millions d’euros en 2014 à 11,15 millions en 2017, soit seulement 2,5 fois plus, malgré quelques beaux comptes remportés dans l’intervalle (EFS, Institut Pasteur, un grand groupe pharmaceutique américain…). Une croissance pas suffisante, en regard des dépenses toujours importantes, pour assurer la rentabilité de l’entreprise, qui est paradoxalement passée dans le rouge à partir de son introduction, et a ainsi consommé progressivement les fonds qui lui avaient été apportés.

Zèle de l’administration fiscale

Ajoutant à ses difficultés, la firme a ensuite été victime du zèle de l’administration fiscale. Fin 2018, le fisc a demandé à vérifier la comptabilité d’Oceasoft sur les déclarations relatives au crédit d’impôt en faveur de la recherche (CIR) au titre des années 2015, 2016 et 2017. Avec pour effet immédiat de suspendre le remboursement anticipé du CIR sur lequel tablait la firme pour boucler son année, l’amenant à se déclarer en difficultés de trésorerie.

Finalement, au terme de ses vérifications, l’administration a jugé en août dernier que le montant des dépenses éligibles correspondant, à 92,5%, aux sommes déclarées par l’entreprises, et validé les créances CIR pratiquement telles quelles. Un peu tard toutefois pour Oceasoft, qui a dû dans l’intervalle demander un différé sur sa dette et lever des fonds à prix cassé (1,25 euro l’action) pour retrouver un peu de marge de manœuvre.

Des conditions de refinancement difficiles

Au final, faute d’une croissance suffisante, Oceasoft s’est retrouvée dans un cercle vicieux: à la fois financièrement vulnérable et incapable de se refinancer à des conditions correctes vu la baisse de son cours de Bourse.

Tout le contraire de The Dickson Company, une société américaine spécialisée dans le contrôle des produits en environnement hautement régulé (santé, agroalimentaire, etc.). Cette dernière n’a pas choisi la Bourse, mais a trouvé l’an dernier le soutien d’un groupe de private equity (May River Capital) avec le projet de construire un acteur de premier plan dans l’instrumentation et les capteurs de mesure, sans la pression trimestrielle de la Bourse.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

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