JP Morgan crée un indice pour mesurer l’impact des tweets de Trump sur les marchés

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(BFM Bourse) – L’hyperactivité du président américain sur son réseau social favori -Twitter- engendre un surcroît de volatilité sur les marchés obligataires. Partant de ce constat, JP Morgan a lancé un indice, baptisé “Volfefe” en hommage à un mystérieux tweet de Donald Trump, pour mesurer précisément l’influence de ces tweets présidentiels sur la volatilité des bons du Trésor américain.

14.000, c’est le nombre de tweets publiés par Donald Trump depuis son élection à la présidence des États-Unis, le 8 novembre 2016, soit plus de 10 tweets par jour à destination de ses quelque 64 millions de followers. Et depuis sa prise de fonction, en décembre 2017, on dénombre plus de 10.000 messages postés sur Twitter par le président américain, à un “rythme qui s’est accéléré lors des derniers mois”, à plus de 12 tweets par jour en moyenne. À fin 2018, JP Morgan a calculé que seuls 4.000 d’entre eux avaient été publiés durant les heures d’ouverture des marchés, 146 ayant eu “un impact significatif (plus de 0,5 point de base) sur les taux des Treasuries (les bons du Trésor américain, NDLR)”, notent les analystes de la banque d’investissement américaine.

Ces derniers se sont donc lancés dans une entreprise pour le moins complexe, à savoir analyser et comprendre les tweets de Donald Trump pour en anticiper l’impact potentiel, notamment sur les taux d’emprunts d’État américain. Pour ce faire, JP Morgan lance donc un indice baptisée “Volfefe” en clin d’œil à un un tweet -“Despite the constant negative Covfefe”- mystérieux et toujours inexpliqué du président américain, datant du 31 mai 2017.

La Réserve fédérale en ligne de mire

“Ces tweets sont de plus en plus tournés vers des sujets à même d’avoir “un impact significatif sur les marchés”, politique monétaire de la Fed et guerre commerciale en tête, signalent les experts de JP Morgan, qui “ont trouvé des éléments probants indiquant que ces tweets ont eu une influence croissante sur les taux des emprunts d’État américain, directement après leur publication”. Les analystes relèvent ainsi que si le nombre de messages ayant provoqué une baisse ou une hausse des Treasuries à 10 ans a nettement augmenté au cours des derniers mois, leur modèle conclut que les missives présidentielles ont eu un impact plus prononcé sur la volatilité des taux courts (de 2 à 5 ans). “L’indice explique une fraction mesurable des mouvements de volatilité implicite des taux à 2 et 5 ans” précise JP Morgan.

Les tweets du président américain qui perturbent le plus le marché obligataire comprennent les mots: Chine, milliards, démocrates, “great”, produits ou encore dollars. “La plupart des tweets de Donald Trump ont été focalisés sur la Réserve fédérale américaine”, remarque Munier Salem, analyste chez JP Morgan en charge du rapport. Celui-ci développe : “Les tensions commerciales sont généralement perçues comme fortement perturbatrices des performances économiques à court-terme, la réaction de la Fed aux développements sur le front commercial est désormais scrutée par les marchés”.

Via Twitter, Donald Trump multiplie les attaques à l’encontre de l’institution monétaire américaine, ciblant particulièrement son président Jerome Powell. Le twittos locataire de la Maison Blanche reproche à ce dernier sa politique monétaire, pas suffisamment accommodante, qui ne soutient pas l’économie américaine selon lui. Le président américain s’en prend aussi régulièrement à la Chine, qu’il accuse de dévaluer sa monnaie, et a pris l’habitude d’annoncer les nouvelles sanctions douanières à l’encontre de Pékin à travers des messages de 280 caractères.

Plus Trump écrit sur la Fed et la Chine, plus la volatilité des Treasuries augmente

JP Morgan n’est pas le premier bureau d’études à s’intéresser à l’influence des tweets de Donald Trump sur les marchés financiers. En effet, une étude des analystes de Bank of America Merrill Lynch publiée la semaine dernière montre que, depuis 2016, lorsque le président tweete plus de 35 fois par jour, ce qui n’arrive que dans 10% des cas et correspond statistiquement au dernier décile, on observe des rendements négatifs sur les marchés actions (-9 points de base). Au contraire, lorsqu’il tweete moins de 5 fois par jour (également dans 10% des cas), le marché apprécie (+5 points de base), selon Savita Subreamanian, stratégiste en chef des marchés actions chez BoAML.

Malgré les soubresauts observés sur les marchés depuis sa prise de fonction -en partie liés à son hyperactivité sur Twitter- les principaux indices de Wall Street se portent très bien, le Dow Jones progressant de 35,6% quand le S&P 500 prend de son côté 32%.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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