Le prix d’introduction de la Française des Jeux est loin d’être bradé, mais semble justifié

Mots-clefs : , , , , , , , , ,

(BFM Bourse) – Peu d’entreprises bénéficient comme la FDJ d’un monopole légal (confirmé pour les 25 prochaines années) sur un marché (les jeux de loterie) en croissance certes mesurée mais insensible aux aléas économiques. La visibilité peu commune sur les résultats, et donc le dividende, qu’offre cette situation protégée apparaît justifier le prix demandé. Pour autant, l’Etat prend soin de ne pas brader ses parts.

Le commissariat aux participations de l’Etat avait initialement indiqué vouloir retirer au moins 1 milliard d’euros de la vente de la plus grosse partie de sa participation dans la FDJ, soit 52% proposés aux investisseurs. Finalement, le produit de l’opération sera plus proche de 2 milliards, en haut de la fourchette de prix communiquée cette semaine, qui valorise la société d’économie mixte entre 3,1 et 3,8 milliards d’euros. Un prix un peu élevé, beaucoup, ou carrément trop cher ?

Pas aussi bon marché qu’attendu

Certes, le montant de l’opération apparaît largement supérieur aux première annonces, note Michaël Yatime, gérant analyste chez Gaspal Gestion. La santé actuelle des indices boursiers permet ainsi à l’Etat de ne pas brader son actif en autorisant ce niveau de valorisation explique-t-il. “Toutefois, sur le point médian de 3,5 milliards d’euros, cela valorise la Française des Jeux neuf fois l’Ebitda et onze fois l’Ebit, ce qui n’est pas excessif considérant l’excellente visibilité offerte sur le dividende pour les années à venir”.

Par ailleurs, il n’est pas interdit de penser qu’au-delà de la récurrence de ses revenus actuels, l’entreprise dispose d’un réel potentiel de croissance à l’international ou de renforcement de sa position dans les paris en ligne. Une source de création de valeur supplémentaire potentielle pour l’actionnaire, apprécie le gérant.

Néanmoins, évaluer une action reste un art difficile “et c’est encore plus compliqué lorsqu’il s’agit d’une privatisation”, tempère William Higgons, président de la société de gestion Stanwahr, qui gère depuis 1992 la Sicav Indépendance et Expansion (l’un des fonds les plus anciens de la place parisienne). “Par principe, nous avons une approche très négative des introductions en Bourse, dont beaucoup d’études montrent que cela constitue statistiquement un mauvais placement… “

“De plus au lieu de défendre les petits épargnants, le législateur paraît maintenant favoriser la place en tant que telle et a retiré nombre de garde-fous qui existaient auparavant. Notamment, il n’y a plus de justification du prix demandé dans le document d’introduction, il est extrêmement difficile pour quelqu’un dont ce n’est pas le métier de définir si une opération est favorable ou non”, déplore William Higgons. “D’après moi, l’Etat français aime peut être les petits actionnaires, mais il a surtout besoin d’argent !”

Une visibilité sur le rendement plus qu’appréciable

Avec la FDJ, apprécie Nathalie Perlas, directeur de la gestion de Fourpoints, “vous savez précisément ce que vous achetez: pas une valeur de croissance, pas une décote, mais un modèle de visibilité avant tout. Et la visibilité, voilà bien la qualité la plus prisée sur le marché depuis ces deux dernières années !”

Toujours sur la base du point médian de la fourchette de prix, le dividende pourrait atteindre en 2020 l’équivalent de 4,5% du prix de souscription, selon les hypothèses de croissance des résultats modélisées par Michaël Yatime. “Un niveau réellement attractif et amené à croître au fil du temps. La visibilité sur la croissance du rendement est un élément que les investisseurs devraient d’autant plus apprécier dans un contexte de taux négatifs”.

Pour un investisseur “value” tel que Stanwahr, le rendement est en réalité le moins bon des critères… “Néanmoins le rendement proposé ici a au moins le mérite de battre le marché monétaire. On peut donc considérer qu’il y a un intérêt conjoncturel à investir, mais cela découle du contexte extraordinaire qui prévaut aujourd’hui. Il me paraît complètement aberrant que les actions de sociétés au profil de risque aussi mesuré qu’Orange ou Axa -par exemple- offrent des rendements de 4 à 5% via leur dividende alors que les taux des obligations d’Etat sont négatives. Autrement dit, pour trouver du rendement aujourd’hui, la Bourse devient la seule solution. Dans ces conditions, pourquoi pas la FDJ ; mais à condition de détenir un portefeuille déjà bien diversifié”, recommande William Higgons.

“Prix pas bradé mais cohérent avec la valorisation actuelle des marchés et la valeur fondamentale de l’actif, dividende important et prévisible : l’investisseur particulier a bien de quoi être tenté d’ajouter une petite ligne Française des Jeux à son portefeuille”, estime également Michaël Yatime.

Un enjeu politique pour l’Etat

“Politiquement, l’État ne peut pas se permettre que ça se passe mal et le but est d’éviter que les particuliers subissent une perte, surtout que la FDJ doit servir de galop d’essai avant d’autres opérations”, ajoute le spécialiste de Gaspal Gestion.

Plutôt ADP qu’EDF

Si l’on s’en réfère à l’histoire, le profil de cette introduction en Bourse est à rapprocher davantage de celle d’Aéroports de Paris que de celle d’EDF, souligne Michaël Yatime. Lors de la privatisation partielle d’ADP en 2006 (le solde de la participation publique dans l’exploitant aéroportuaire pourrait d’ailleurs faire l’objet d’une prochaine opération), les particuliers avaient pu souscrire à 44 euros -contre 45 euros demandés aux institutionnels- un titre qui en vaut plus de 170 aujourd’hui, et qui n’a jamais manqué à ce jour de verser un dividende annuel. “Le parallèle entre ADP et FDJ est assez clair: deux entreprises régulées sur un marché en expansion, bénéficiant d’un monopole sur l’essentiel de leur activité, une très forte visibilité… Le risque pour l’investisseur est réduit. Avec la décote de 2% offerte aux particuliers et l’action gratuite offerte au bout de 18 mois, il fait peu de doutes que l’opération sera gagnante”.

Guillaume Bayre – ©2019 BFM Bourse

Votre avis

Actu et Conseils – BFM Bourse

Partager cet article