Pétrole Brent : Une semaine marquée par un pic de plus d’un mois, accompagné de fortes fluctuations du brut

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(BFM Bourse) – En repli en début de semaine, le cours du pétrole a profité à partir de mercredi d’un certain apaisement du climat géopolitique, des indicateurs économiques rassurants en Chine, une nouvelle forte baisse des stocks américains ou encore de nouvelles sanctions de Washington à l’encontre de Téhéran. Ce cocktail a permis aux deux références mondiales d’atteindre jeudi leur plus haut niveau depuis début août.

Les cours des barils de Brent de mer du Nord et de brut léger texan (WTI) ont bondi jeudi après-midi de plus de 2% chacun pour atteindre respectivement 62,40 et 57,64 dollars dans le sillage d’un rapport de l’Agence américaine de l’Energie (EIA) faisant état d’un net recul des stocks américain de brut. Au lendemain d’un bond de plus de 4%, cette nouvelle progression a donc permis aux deux références mondiales de pétrole brut de toucher hier un plus haut depuis un mois.

Les tensions commerciales ont pesé à la baisse en début de semaine

Bien que Pékin et Washington s’étaient montrés plus conciliants en fin de semaine dernière -les deux parties ayant affirmé vouloir sincèrement parvenir à un accord et prévu de se retrouver courant septembre à Washington- l’imposition programmée de leurs nouveaux droits de douane respectifs à compter de dimanche a fait craindre aux investisseurs une baisse de la demande mondiale en hydrocarbures.

Côté américain, les droits de douane additionnels de 15% portent sur une partie des 300 milliards de dollars de marchandises importées de Chine qui avaient été jusqu’alors épargnés par les précédentes mesures américaines. Pékin a rétorqué en augmentant des tarifs douaniers sur 75 milliards de dollars de biens américains en deux temps, et le pétrole brut américain fait partie des produits visés, voyant sa taxe d’importation en Chine augmenter de 5%. Des surtaxes qui ont dans un premier temps provoqué un repli d’environ 1% pour le baril de WTI, et de près de 1,5% pour celui de Brent européen.

À ces craintes liées au conflit commercial qui monopolise l’attention des opérateurs sur le marché pétrolier depuis de longs mois est venu s’ajouter, mardi, une estimation de l’agence Bloomberg selon laquelle la production de l’Opep a augmenté de 200.000 barils par jour en août, à 30 millions. Or, “pour protéger les prix du pétrole d’une nouvelle baisse, surtout vis-à-vis des craintes sur la demande, il faudra une grande discipline de production de la part de l’Opep et de ses alliés” pointait Eugen Weinberg, analyste pour Commerzbank.

Autre facteur baissier, mardi, l’arrivée de l’ouragan Dorian sur les côtes américaines a provoqué l’évacuation de plusieurs millions de personnes en Floride, en Géorgie et en Caroline du Nord. Les perturbations de cet aléa climatique, de nature à ralentir l’activité économique donc la demande en énergie, pesaient sur les cours des barils des brut, notamment sur le WTI (-2,1%), le Brent limitant ses pertes à -0,7%.

Net rebond à partir de mercredi

Dès mercredi matin, les cours du pétrole brut ont profité de l’accalmie de la crise politique à Hong Kong, avec le retrait du projet de loi d’extradition des opposants vers la Chine, pour entamer un net rebond. Le texte de loi en question étant à l’origine du mouvement de contestation dans l’ancienne colonie britannique, la mesure d’apaisement prise par l’exécutif de la cité-État a rassuré les investisseurs qui craignaient une nouvelle escalade des tensions.

Par ailleurs, l’activité dans les services en Chine a connu, en août, son rythme de progression le plus rapide en quatre mois (à 52,1 points) selon l’inde PMI des directeurs d’achats pour les services. Ce chiffre a également apaisé les craintes des opérateurs vis-à-vis d’un ralentissement de l’économie chinoise, premier importatrice mondiale d’hydrocarbures.

Surtout, mercredi, le Trésor américain a annoncé de nouvelles mesures punitives à l’encontre de l’Iran, alors que la République islamique a menacé de réduire encore ses engagement nucléaires pris dans le cadre de l’Accord de Vienne de 2015. Ces sanctions concernent un “réseau” de transport maritime -seize entités iraniennes ainsi que onze navires et dix personnes- accusé de vendre illégalement du pétrole iranien au régime syrien de Bachar al-Assad au profit des Gardiens de la révolution, le corps d’élite de l’armée iranienne, et du mouvement chiite libanais du Hezbollah.

L’ensemble de ces facteurs a permis un rebond des deux références, le Brent de mer du Nord prenant 4,2% à la clôture mercredi, quand le WTI américain gagnait 4,3% par rapport à la veille.

Plus haut depuis début août jeudi en séance

Au lendemain de ce rebond d’envergure, les prix du pétrole ont accru leurs gains jeudi après la publication des données sur les stocks américains, portant l’or noir à un sommet depuis début août, respectivement à 62,40 dollars pour le Brent (+2,5%) et 57,64 dollars pour le WTI (+2,3%). Selon le gouvernement américain, les stocks de brut ont en effet reculé plus que prévu (pour la troisième fois consécutive) lors de la dernière semaine du mois d’août, avec une baisse de 4,8 millions de barils quand les analystes interrogés par Bloomberg anticipaient un recul de 2 millions de barils. Le chiffre est d’autant plus important que l’API, la fédération professionnelle du secteur dont les données sont considérées comme moins fiables, avait fait état mercredi soir d’une hausse de 400.000 barils.

“Il est possible que les investisseurs aient décidé d’encaisser leurs profits après la forte hausse des cours”, a avancé Mike Lynch de SEER pour expliquer le repli de la fin de séance. L’analyste a également évoqué les interrogations du marché autour d’une réunion de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui doit se tenir à Abu Dhabi la semaine prochaine. “La production pourrait être encore réduite si l’économie mondiale continuait de s’affaiblir. Je ne suis pas certain que tous les membres soient d’accord avec cela”, a indiqué l’expert.

Entre ces interrogations et les prises de bénéfices, le pétrole a effacé ses gains jeudi en fin de séance, n’affichant que des hausses de 0,4% à 60,95 dollars (Brent) et de 0,1% à 56,30 dollars (WTI) à la clôture.

Après avoir fortement fluctué la veille, les cours du pétrole restaient stables peu avant 11h30 vendredi matin.

Quentin Soubranne – ©2019 BFM Bourse

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